Pécresse, la « femme de faire » qui veut remplacer Macron
par Elizabeth Pineau
PARIS (Reuters) – « Femme de faire » revendiquée, Valérie Pécresse rappelle volontiers comment elle a résisté il y a 15 ans au long conflit contre son texte sur l’autonomie des universités pour illustrer sa capacité à réformer dans l’adversité, qualité essentielle à ses yeux si elle est élue présidente de la République française.
A 90 jours du premier tour, le 10 avril, la présidente de la région Ile-de-France, gagnante de la primaire des Républicains, est envisagée par les sondages comme l’une des potentielles adversaires de second tour d’Emmanuel Macron, qui a dit son « envie » d’être candidat sans officialiser son choix. Les enquêtes d’opinion la présentent comme la candidate la plus dangereuse pour le président sortant en cas de duel final.
Si Valérie Pécresse réussit son pari, elle deviendra la première femme à accéder en France aux plus hautes fonctions de l’Etat.
Dans son bureau orné de souvenirs, d’affiches de cinéma, de photographies de ses trois enfants et de figures emblématiques de son parcours – Jacques Chirac, dont elle fut la conseillère, Simone Veil, qui la prit sous son aile -, l’ancienne ministre de l’Enseignement supérieur et du Budget affirme vouloir « remettre de l’ordre » dans un pays endetté, en « grave crise d’autorité. »
« Il faut remettre de l’ordre dans la rue, de l’ordre dans les comptes », dit-elle. « La France est un pays très fracturé, très fragile, il faut revaloriser le travail et pour cela faire des réformes de l’Etat, une réforme des retraites. »
Sur son style de gouvernance, Valérie Pécresse se revendique « deux tiers (Angela) Merkel, un tiers (Margaret) Thatcher ».
« Je suis une femme qui concerte, qui décide, qui fait. Je suis aussi une femme qui tient. Et le tiers thatchérien c’est pour dire ‘moi je ne reculerai pas' », dit-elle. « J’ai fait cette réforme de l’autonomie des universités en maintenant en permanence le dialogue social malgré des oppositions très fortes. J’ai ensuite géré l’Ile-de-France en lien avec les syndicats pour la développer économiquement et socialement ».
A la tête depuis 2015 de la région qui produit 30% de la richesse nationale, elle a été réélue l’an dernier et revendique une gestion rigoureuse des comptes, la suppression de centaines d’emplois au siège et la création de postes dans les lycées.
A 54 ans, celle que ses adversaires surnommaient naguère « la blonde » pense que le temps est venu d’élire une femme à l’Elysée.
« Je suis convaincue que les Français sont prêts. D’ailleurs les électeurs de la droite ont montré qu’ils étaient prêts alors que peut-être ce sont ceux qui ont le plus de réticence à faire confiance au pouvoir au féminin », dit-elle.
UN PORTRAIT DE SAMUEL PATY DANS SON BUREAU
Née à Neuilly-sur-Seine, formée à l’Ecole nationale d’administration, magistrate de profession, Valérie Pécresse est entrée en politique sous Jacques Chirac, dont elle a toujours revendiqué la filiation, avant de devenir députée puis ministre.
Aujourd’hui déportée sur sa droite par un paysage politique dominé par une poussée des nationalistes, représentés par les candidats Eric Zemmour et Marine Le Pen dont les scores de premier tour sont voisins du sien dans les sondages, Valérie Pécresse met les questions de sécurité et d’immigration en haut de sa feuille de route.
Elle dit vouloir « éradiquer les ghettos » en dix ans, mettre fin au droit du sol automatique et « ressortir le Kärcher de la cave » contre les délinquants, en référence à une expression utilisée par l’ancien président Nicolas Sarkozy qui la nomma ministre.
« J’ai été la première à alerter sur cette question du séparatisme urbain et de l’enfermement qui mène au communautarisme, voire au séparatisme islamiste », dit-elle à propos de certains quartiers difficiles, où elle se rend ce lundi en région parisienne.
Après avoir dominé la vie politique française après-guerre, le camp conservateur auquel appartient Valérie Pécresse a été pour le moins déstabilisé par l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée, au détriment des partis traditionnels.
Depuis lors, Les Républicains cherchent l’unité dans une famille fracturée dont l’ancien vice-président Guillaume Peltier a annoncé dimanche qu’il rejoignait Eric Zemmour.
Aux électeurs de l’ancien journaliste, qui met en garde contre ce qu’il considère comme une menace islamiste en France, Valérie Pécresse répond qu’elle gouvernera en « femme de faire », sachant qu' »il y a un certain nombre de constats que fait Eric Zemmour que je partage et que j’ai été la première à faire. »
« Nous devons être inflexibles dans le respect de nos valeurs », dit-elle. « Dans l’espace public, la loi passe avant la foi. Ce sont les mêmes droits, les mêmes devoirs pour tous. »
Sur une tablette proche de son bureau, Valérie Pécresse a posé une photographie de Samuel Paty, professeur décapité en octobre 2020 par un adolescent d’origine tchétchène qui lui reprochait d’avoir montré des caricatures de Mahomet à ses élèves.
« Ce portrait de Samuel Paty il restera dans mon bureau, y compris quand je serai la présidente de la République. Parce que je ne veux jamais oublier pour ne jamais rien céder à la barbarie, au terrorisme, à l’obscurantisme », dit-elle.
(Reportage Elizabeth Pineau, édité par Blandine Hénault)
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