Manifestation à Ouagadougou contre la présence française au Burkina
par Thiam Ndiaga
OUAGADOUGOU (Reuters) – Plusieurs centaines de manifestants sont descendus vendredi dans le centre de Ouagadougou pour protester contre la présence française au Burkina Faso, où le sentiment contre l’ancienne puissance coloniale, vif depuis des mois, s’est encore accentué depuis le coup d’Etat du 30 septembre dernier.
Au cri de « France dégage », les protestataires ont notamment réclamé le départ des quelque 400 membres des forces spéciales françaises stationnées dans la base de Kamboinsin près de la capitale burkinabè. Certains ont brûlé le drapeau français.
« Nous voulons (…) montrer à la France que nous n’avons plus besoin d’elle », a déclaré un manifestant, Adama Sawadogo.
Les tensions entre le Burkina et la France sont en partie alimentées par les violences djihadistes qui ensanglantent le nord du pays depuis 2015, certains Burkinabè reprochant aux militaires français de ne pas avoir mis fin à l’insécurité et réclamant l’aide de la Russie.
La manifestation s’est déroulée sans incident, alors que l’ambassade de France avait été violemment prise pour cible le 1er octobre dernier, au lendemain du limogeage du chef de la junte Paul-Henri Damiba, le deuxième putsch en moins d’un an dans le pays.
Les nouvelles autorités militaires dirigées par le capitaine Ibrahim Traoré, devenu président de la transition, ont suspendu début décembre la diffusion de Radio France Internationale (RFI) et ont réclamé début janvier le remplacement de l’ambassadeur de France à Ouagadougou, Luc Hallade.
« Il y a eu un coup d’État, et il y a un discours antifrançais qui est parfois diffusé, de façon organisée, méthodique (…) avec potentiellement, des liens, peut-on imaginer, oui, entre cette campagne antifrançaise et (le groupe paramilitaire russe) Wagner », a déclaré la ministre française des Affaires étrangères Catherine Colonna le 5 janvier dernier sur la chaîne LCI.
Paris a décidé de retirer l’an dernier ses troupes du Mali, citant le retard pris par la junte pour restaurer un régime constitutionnel et la décision de Bamako de faire appel au groupe Wagner pour combattre les rebelles islamistes.
Aucune décision n’a encore été prise sur les soldats français stationnés à Ouagadougou mais toutes les options sont sur la table dans le cadre d’un réexamen global du dispositif militaire français en Afrique, dit-on au ministère des Armées.
(version française Jean-Stéphane Brosse)
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