Les Juifs de France pris entre les extrêmes dans un scrutin très polarisé
A cinq jours du premier tour des élections législatives anticipées, Maury et Alain Fischler se sentent, en tant que Juifs français, pris au piège entre deux extrêmes, alors que le Rassemblement national (RN) est en tête des sondages, devançant une coalition de gauche dont ils considèrent qu’elle accueille en son sein des personnalités antisémites.
Le président de la République Emmanuel Macron a convoqué au début du mois des élections législatives, prévues les 30 juin et 7 juillet, un coup de tonnerre déclenché peu après l’annonce des résultats des élections européennes donnant une large victoire au RN en France.
La situation politique inquiète profondément Maury et Alain Fischler, hostiles à l’extrême droite, qui considèrent que la dénonciation de l’antisémitisme par le RN n’est qu’une ruse pour gagner en respectabilité.
« Ce n’est pas parce qu’ils ont ripoliné la porte, qu’ils ont mis dix belles gueules avec de la rhétorique impeccable qu’on peut les croire », lance Alain Fischler, 61 ans, créateur de meubles, dans l’appartement du couple à Paris.
Marine Le Pen a adopté une stratégie dite de « dé-diabolisation » depuis qu’elle a pris les rênes du Front national (devenu RN) puis évincé son père, Jean-Marie Le Pen, condamné pour incitation à la haine raciale en 1988 pour avoir qualifié les chambres à gaz de « point de détail de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale ».
Elle s’est notamment jointe, en novembre, à la centaine de milliers de personnes qui défilait à Paris pour dénoncer la recrudescence des incidents antisémites depuis la reprise de la guerre entre le Hamas et les forces israéliennes dans la bande de Gaza. Le RN a adopté une position résolument pro-israélienne.
Cette position a permis au parti d’attirer vers lui certains Juifs français, le ralliement le plus remarquable étant celui de Serge Klarsfeld, 88 ans, avocat et militant pour la mémoire de la Shoah, qui a déclaré qu’en cas de second tour entre le RN et la gauche, il voterait pour le RN, qu’il a qualifié de « pro-juif ».
Cependant, beaucoup restent sceptiques, comme Alain Fischler, fils de déporté, qui accuse le RN de courtiser les Juifs pour masquer sa stigmatisation des musulmans.
« L’ANTISÉMITISME N’EST PAS RÉSIDUEL »
Maury et Alain Fischler sont tout aussi alarmés par la montée en puissance du « Nouveau Front populaire », une coalition de gauche rassemblée à la hâte pour faire barrage à l’extrême droite, et qui se positionne actuellement à la deuxième place dans les sondages, devant le parti d’Emmanuel Macron.
L’alliance inclut notamment La France insoumise (LFI) qui est accusée par ses détracteurs d’avoir franchi une ligne entre défense de la cause palestinienne et antisémitisme, des accusations démenties par les membres du parti.
« J’ai l’impression d’être entre la peste et le choléra », déplore Maury Fischler, une opticienne âgée de 61 ans.
Le conflit israélo-palestinien était déjà source de tensions en France, où vivent les plus grandes communautés juive et musulmane d’Europe, mais l’annonce des élections anticipées a renforcé les tensions politiques.
Les incidents antisémites, qui vont des insultes au vandalisme et aux agressions physiques, ont augmenté de 300% sur un an au cours du premier trimestre 2024, selon les chiffres publiés par le Premier ministre Gabriel Attal. Le nombre d’incidents visant des musulmans a également augmenté, mais moins fortement.
Au début du mois, le chef de file de LFI, Jean-Luc Mélenchon, a estimé dans une note de blog que l’antisémitisme était « résiduel » en France. Ces propos, s’ajoutant à ceux d’autres membres de son parti ont, selon les critiques, attisé et normalisé la haine anti-juive dans le pays.
Après le viol la semaine dernière d’une jeune fille juive de 12 ans à Courbevoie, qui s’est accompagné d’injures à caractère antisémite, des manifestants ont brandi à Paris des pancartes portant des slogans tels que « L’antisémitisme n’est pas résiduel » et « Vous êtes-vous habitués à l’antisémitisme ? Pas nous ».
Pour Sidney Azoulay, venu manifester, les positions de certains partis jettent de l’huile sur le feu.
« C’est une honte qu’en France, au 21e siècle, les juifs fassent encore la une des journaux pour ce genre de raisons. »
Jean-Luc Mélenchon, qui a réfuté les accusations d’antisémitisme, a condamné le viol, tout comme l’ensemble de la classe politique, RN compris. Une enquête de police est en cours et trois adolescents ont été arrêtés.
Présent à la manifestation, Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), a appelé les électeurs à se rallier aux valeurs de la République française et à rejeter les deux extrêmes.
« Notre responsabilité, pour l’instant, c’est d’abord de faire que ni la France insoumise, ni le Rassemblement national n’accèdent au pouvoir. »
(Reportage Elizabeth Pineau ; avec la contribution de Nicolas Coupe ; rédigé par Estelle Shirbon ; version française Augustin Turpin, édité par Blandine Hénault)
Campagne annuelle de financement 2026-2027 du Journal Chrétien
Le Journal Chrétien lance sa campagne de dons 2026-2027 pour financer sa plateforme de médias chrétiens visant à financer le site d'information Chretiens.com, l'application de ressources bibliques Bible.audio, et la chaîne de télévision chrétienne Chrétiens TV diffusée sur le canal 483 de Free en France. La concentration des médias aux mains d'un petit nombre d'acteurs économiques et de milliardaires représente une menace sur le pluralisme et l'indépendance de la presse.
Les dangers de la concentration des médias aux mains des milliardaires
A cause de la crise économique, de nombreux médias en difficulté financière ont été rachetés par des industriels puissants pour assurer leur survie. Les dangers de cette concentration des médias aux mains des milliardaires sont nombreux :
1. Menace sur le pluralisme et la diversité des opinions : En France, une poignée de milliardaires ou de grands groupes industriels (actifs dans le luxe, l'armement, le BTP ou les télécommunications) détiennent l'immense majorité des quotidiens nationaux, des chaînes de télévision et des radios. Cette emprise réduit la variété des points de vue, appauvrit le débat public et favorise les conflits d'intérêts.
2. Perte d'indépendance et autocensure des rédactions : Les journalistes risquent de subir des pressions directes ou indirectes de la part des actionnaires. De plus, les médias appartenant à des groupes industriels peuvent hésiter à enquêter de manière transparente sur les activités de leurs propres propriétaires ou de leurs partenaires économiques.
3. Uniformisation et baisse de la qualité de l'information : Pour des raisons de rentabilité, certains groupes privilégient des contenus à bas coût, comme des plateaux d'experts et des commentaires en continu, au détriment du travail d'investigation et de terrain.
Les églises évangéliques, une cible privilégiée des médias grand public
Le traitement des Églises évangéliques par les médias grand public suscite de vives tensions et est souvent perçu par les chrétiens et les instances représentatives comme un vecteur de stigmatisation ou de caricature.
Les critiques envers les médias traditionnels
1. Les amalgames et le sensationnalisme : Des reportages télévisés (comme celui d' Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » diffusé fin 2025) ont mis en lumière la vulnérabilité des églises évangéliques face à aux médias hostiles à ce courant du protestantisme.
Les institutions comme le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) et la Fédération Protestante de France (FPF) ont dénoncé des méthodes journalistiques contestables et des généralisations hâtives.
2. La méconnaissance du fait religieux : Les grands médias utilisent parfois un vocabulaire inadapté (confondant les pratiques, les rites ou la structure des petites églises locales avec de grandes mega-churches ou des mouvements ultra-minoritaires).
3. Le sentiment de rejet : Pour la majorité des communautés évangéliques, qui sont modestes et ancrées dans le bénévolat, ces portraits médiatiques renvoient une image de « monstres » ou de sectarisme éloignée de leur réalité quotidienne.
Le piège de l’uniformisation de l'information
L’uniformisation de l'information constitue un obstacle à un débat citoyen éclairé sur des sujets de société susceptibles d’intéresser la communauté chrétienne tels que :
1. l’éthique de la vie et de la famille (avortement et fin de vie, sexualité et genre, la place de la famille);
2. l’engagement citoyen et le vivre ensemble (participation civique, action caritative et humanitaire);
3. la sauvegarde de la Création (Ecologie) et l’éco-théologie qui invite les chrétiens à repenser leur style de vie et à agir pour la protection de l'environnement, perçue comme un mandat biblique de « gestion » de la Création confiée par Dieu;
4. les dérives et controverses médiatiques :
- Les dérives sectaires et l'emprise mentale : Les médias séculiers estiment que l’expansion rapide de nouvelles structures de type « méga-églises » suscite l'attention des autorités (comme la Miviludes en France) face aux risques d'emprise psychologique, de pressions financières (la dîme) ou d'abus spirituels.
- Les influences politiques : Certains reportages et enquêtes (notamment menés par des émissions comme Envoyé spécial) interrogent également les liens discrets qui existeraient entre des courants évangéliques radicaux et la sphère politique, y compris l'extrême droite.
Agissez avec notre plateforme de médias chrétiens !
Les instances protestantes et la communauté chrétienne ont vivement réagi contre les amalgames présentés à l'antenne à la suite de la diffusion du numéro d’Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » sur France 2 fin septembre 2025. Il a été reproché à l'émission des méthodes journalistiques qualifiées de contestables : montage à charge, questions orientées et absence d'experts nuancés.
Le reportage est accusé de réduire à des caricatures sectaires ou mercantiles la réalité des églises évangéliques et de généraliser des pratiques observées seulement dans certaines méga-églises.
Dans ce contexte, deux médias chrétiens, qui fonctionnent sans actionnaires milliardaires et sans subvention de l’Etat, offrent une information alternative fiable, en collaboration avec des agences de presse internationales.
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