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Les États-Unis accordent une dérogation de 30 jours pour l’achat de pétrole russe

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par Ismail Shakil et Gleb Bryanski

13 mars (Reuters) – Les États-Unis ont accordé une dérogation de 30 jours pour l’achat, malgré les sanctions américaines, de pétrole et produits pétroliers russes actuellement bloqués en mer, une mesure visant à stabiliser les marchés énergétiques mondiaux perturbés par la guerre en Iran.

Les prix du pétrole ont légèrement baissé dans un premier temps sur les marchés asiatiques vendredi matin après l’annonce, mais ils restent à des niveaux élevés, le Brent dépassant la barre des 100 dollars le baril ​et le brut léger ‌américain évoluant autour de 96 dollars.

La dérogation, accordée jeudi par Washington, autorise la livraison ​et la vente de pétrole brut et ⁠de produits pétroliers russes qui ont été chargés sur des navires au plus tard le 12 mars.

Elle sera ‌valable jusqu’au 11 avril prochain à ‌minuit, heure de Washington, selon un texte publié sur le site internet du département du Trésor.

Selon l’émissaire présidentiel russe Cyrille Dmitriev, la dérogation concernerait 100 millions de barils de pétrole, soit près d’une journée de production mondiale.

INQUIÉTUDES EUROPÉENNES

Même si l’allègement des sanctions devrait stimuler l’offre mondiale de pétrole, il pourrait ​également compliquer les efforts des Occidentaux visant à priver la Russie des revenus nécessaires à sa guerre en Ukraine et mettre Washington en désaccord avec ses alliés.

L’Europe a déploré cette dérogation, à l’image du chancelier allemand Friedrich Merz, qui a qualifié cette décision de « mauvaise ».

« Il y a actuellement un problème avec les prix, mais pas avec l’approvisionnement. A cet égard, j’aimerais savoir quels autres facteurs ont poussé le gouvernement américain à prendre cette décision », a-t-il déclaré en marge d’un déplacement en Norvège.

« Six membres du G7 ont exprimé une opinion très ⁠claire sur le fait que ce n’était pas le bon signal. Nous avons ensuite appris ce matin que le gouvernement américain en avait apparemment décidé autrement », a-t-il ⁠ajouté.

Antonio Costa, président du Conseil européen, s’inquiète pour sa part des conséquences de la décision unilatérale de Washington sur la sécurité des Européens.

« La pression économique grandissante sur la Russie est décisive pour qu’elle accepte une négociation sérieuse sur une paix juste et durable », a-t-il écrit sur X.

Le Premier ministre norvégien, Jonas Gahr Store, a aussi déclaré que les sanctions sur le pétrole russe ne devaient pas être assouplies, faisant écho aux déclarations plus tôt dans la semaine du président français, Emmanuel Macron, et de ⁠la ‌présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

Cette mesure est la dernière tentative en date de l’administration Trump pour contrôler ⁠les prix de l’énergie après que les attaques américaines et israéliennes contre l’Iran ont fortement perturbé le trafic maritime ​dans le détroit d’Ormuz, ​une voie clé pour l’approvisionnement mondial en hydrocarbures.

DEUXIÈME ASSOUPLISSEMENT DES SANCTIONS US

Elle constitue aussi le deuxième assouplissement significatif des sanctions américaines liées à la guerre en Ukraine ​en un peu plus d’une semaine, le Trésor américain ayant accordé le 5 mars une dérogation de 30 jours spécifiquement à l’Inde, permettant ainsi à New Delhi d’acheter du pétrole russe bloqué en mer.

La décision de Washington ‌met en évidence l’inquiétude de la Maison ​blanche face à la hausse des prix du pétrole à l’approche des élections de mi-mandat de novembre, lors desquelles les républicains espèrent conserver le contrôle du Congrès.

Le secrétaire ​au Trésor Scott Bessent a précisé que la mesure était « étroitement ciblée » et « à court terme » et qu’elle n’apporterait pas de coup de pouce financier significatif au gouvernement russe.

L’assouplissement des sanctions est intervenu après un appel téléphonique entre Donald Trump et le président russe Vladimir Poutine le 9 mars dernier, puis une visite de Cyrille Dmitriev aux États-Unis pour discuter de la crise énergétique avec une délégation américaine comprenant l’envoyé spécial de Donald Trump, Steve Witkoff, et le gendre de Donald Trump, Jared Kushner.

La décision américaine vise à stabiliser les marchés mondiaux de l’énergie, un intérêt ⁠partagé par Moscou, selon le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

« La situation est difficile avec le risque d’une crise grandissante dans le secteur mondial de l’énergie (…) sans des volumes importants de pétrole russe, la stabilisation des marchés est impossible », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.

(Reportage ​Ismail Shakil, Christian Martinez, Jasper Ward et Gleb Bryanski ; avec la contribution de James Williams à ​Londres ; version française Diana Mandia, édité par Benoit Van Overstraeten)

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