Le pape juge moralement acceptable de livrer des armes à l’Ukraine pour qu’elle se défende
par Philip Pullella
A BORD DE L’AVION PAPAL (Reuters) – Le pape François a déclaré jeudi qu’il était légitime du point de vue moral de fournir des armes à l’Ukraine pour l’aider à se défendre face à la Russie.
S’exprimant devant des journalistes à bord de l’avion le ramenant d’un déplacement au Kazakhstan, le souverain pontife a ausi exhorté l’Ukraine à se tenir prête à un dialogue avec la Russie, même « en se pinçant le nez ».
A la question d’un journaliste lui demandant s’il était juste moralement pour certains pays de fournir des armes à l’Ukraine, envahie par la Russie le 24 février, François a répondu : « C’est une décision politique qui peut être morale, moralement acceptée, si elle est faite selon les conditions de moralité. »
Le pape a rappelé les principes de la « guerre juste » selon l’Eglise catholique, lesquels autorisent l’usage proportionné d’armes létales pour un pays désireux de se défendre face à un agresseur.
« Se défendre n’est pas seulement légal, c’est aussi une expression de l’amour de la patrie. Celui qui ne se défend pas, celui qui ne défend pas quelque chose, ne l’aime pas, alors que celui qui défend, aime », a-t-il dit.
Exposant la différence à ses yeux entre le caractère moral ou immoral de la livraison d’armes à un autre pays, François a déclaré : « Elle peut être immorale si elle est faite dans l’intention de provoquer davantage de guerre ou de vendre des armes ou de se débarrasser de celles dont je n’ai plus besoin. La motivation est ce qui qualifie largement la moralité de cet acte. »
Il a aussi été demandé au pape si l’Ukraine devait négocier avec un pays l’ayant envahie et si elle devait se fixer une « ligne rouge » au-delà de laquelle, en fonction des actions attribuées à la Russie, elle pourrait refuser un tel dialogue.
« Je pense qu’il est toujours difficile de comprendre le dialogue avec les Etats qui ont commencé la guerre (…) C’est difficile mais nous ne devons pas l’écarter », a-t-il répondu.
« Je n’exclus le dialogue avec aucune puissance, qu’elle soit en guerre, qu’elle soit l’agresseur (…) parfois il faut dialoguer, (…) ça ‘pue’ mais il faut le faire », a-t-il ajouté.
François a utilisé le terme italien « puzza », qui signifie littéralement « puanteur » mais est aussi communément utilisé pour désigner une chose que l’on préférerait ne pas faire, comme « se pincer le nez » en français.
« (Le dialogue est) toujours un pas en avant, une main tendue, toujours. Parce qu’en faisant le contraire, nous fermons la seule porte raisonnable vers la paix », a-t-il poursuivi.
« Parfois, ils (les agresseurs) n’acceptent pas le dialogue: tant pis! Mais le dialogue doit toujours être fait, au moins offert, et cela fait du bien à celui qui l’offre, cela fait ‘respirer’. »
(Reportage Philip Pullella, version française Bertrand Boucey)
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