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France: L’horizon électoral et économique reste source d’inquiétude pour le patronat

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PARIS (Reuters) – Les forces politiques en lice pour les élections législatives anticipées françaises ont passé jeudi leurs programmes au crible du réalisme économique, un inventaire entre sérieux budgétaire et « quoi qu’il en coûte » accusé de mettre sous tension des finances publiques déjà dégradées.

Représentants de la majorité sortante, du Rassemblement national (RN), du « Nouveau Front populaire », de la droite conservatrice se sont efforcés de rassurer des patrons inquiets face à l’incertitude économique née de la décision d’Emmanuel Macron de dissoudre l’Assemblée nationale et de convoquer des élections les 30 juin et 7 juillet.

Après la victoire du RN aux élections européennes du 9 juin (31,37%), les sondages confirment à ce stade la dynamique en faveur du parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella, sans toutefois discerner de majorité absolue à l’Assemblée pour cette formation sans expérience du pouvoir exécutif.

Prudents dans un premier temps, les grands patrons français sont intervenus lundi dans une campagne heurtée et indécise en appelant les partis politiques à la « responsabilité budgétaire ».

« Le risque majeur est celui du décrochage durable de l’économie française et européenne », a estimé l’Association française des entreprises privées (Afep), réunissant les 117 plus importantes sociétés françaises, sans nommer les partis.

Jeudi, des chefs d’entreprise ont interrogé les trois « blocs » à l’initiative des trois organisations patronales (Medef, CPME et U2P), notamment sur la faisabilité de leurs promesses en faveur du pouvoir d’achat des Français, l’une des pierres angulaires de la campagne.

Ce « grand oral », qui n’a guère convaincu les patrons, intervenait au lendemain de l’ouverture par la Commission européenne d’une procédure pour déficit excessif contre la France, notamment. Le déficit public français a atteint 5,5% du produit intérieur brut (PIB) en 2023 et le gouvernement prévoyait de le réduire à 5,1% cette année.

Le premier intervenant, l’ancien Premier ministre Edouard Philippe pour Horizons, composante de la majorité sortante, a plaidé pour la continuité d’une politique « pro business ».

« PATRIOTISME »

« Il faut créer les conditions d’une économie compétitive », a-t-il dit, suggérant d’associer plus avant les salariés « à la valeur du capital créée dans l’entreprise » pour améliorer leur pouvoir d’achat.

Au même moment, le Premier ministre Gabriel Attal, fer de lance de la campagne du camp macroniste sous la bannière « Ensemble pour la République », fustigeait lors d’une conférence de presse un « saut en parachute sans parachute », visant le « Nouveau Front populaire » et le RN.

Devant les chefs d’entreprise, le ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire s’est assigné pour « priorité absolue » le redressement des comptes publics. « On est peut-être moins ‘glamour’, mais plus efficaces », a-t-il lancé.

Le député socialiste sortant Boris Vallaud et Eric Coquerel, député sortant de La France insoumise (LFI), qui fut président de la commission des Finances dans l’Assemblée sortante, se sont employés à défendre le programme de « rupture » de l’alliance de gauche, jugé irréaliste et dispendieux dans les rangs patronaux.

« Nous ne comptons pas sur une explosion des déficits pour financer ce que nous allons proposer. Nous croyons plus au fait que développant la croissance, ça va faire des rentrées fiscales, des rentrées de cotisation », a expliqué Eric Coquerel, promettant un programme économique détaillé « dans deux jours ».

Boris Vallaud en a appelé pour sa part au « patriotisme économique » des patrons pour la mise en oeuvre du programme.

L’examen de passage valait également pour le RN, accusé d’atermoiements et de reniements dans son programme économique mais aussi de promesses onéreuses et difficilement réalisables.

« Je suis venu pour vous rassurer », a souligné le président du parti d’extrême droite, Jordan Bardella, au côté du président des Républicains Eric Ciotti, rallié au parti à la flamme.

« DOUTES »

Celui qui sera nommé Premier ministre en cas de victoire du RN a déclaré qu’il serait « appelé à un principe de réalité et à un principe de responsabilité ». « Les marges financières nous obligent à faire des choix », a-t-il justifié, donnant la priorité au pouvoir d’achat, à la sécurité et à l’immigration.

L’institut Montaigne, « think tank » français qui défend une vision libérale de l’économie, a chiffré les propositions en faveur du pouvoir d’achat des trois principaux « blocs » en lice.

« On peut avoir des doutes sur la faisabilité de certaines mesures », déclare dans Les Echos Marie-Pierre de Bailliencourt, directrice générale de l’Institut Montaigne.

Elle cite notamment la proposition du « Nouveau Front populaire » de porter le smic à 1.600 euros nets, mesure qui nécessiterait un décret – signé par Emmanuel Macron – et l’adoption de textes financiers au Parlement, difficilement envisageable en l’absence de majorité absolue.

Le blocage des prix des produits de première nécessité représenterait en outre 24 milliards d’euros de dépenses publiques, selon l’institut.

L’institut juge également incertaine la promesse du RN d’une baisse de la TVA sur les produits énergétiques, inopérante sans l’accord de Bruxelles pour le gaz et l’électricité et une renégociation de la directive européenne de 2006 fixant les seuils pour la TVA pour les carburants.

Le RN prône une baisse de la TVA sur l’électricité, le gaz, les carburants et le fioul de 20% à 5,5%. Une mesure dont le coût est estimé entre 11 et 12 milliards d’euros.

A l’issue du plaidoyer des différentes forces politiques, la scepticisme et l’inquiétude dominaient chez les patrons.

« On n’est pas là pour distribuer des points. On est là pour voir quelle formation politique prend le mieux en compte nos attentes. De part et autre, nous ne sommes pas rassurés », a résumé Patrick Martin, président du Medef, auprès de la presse.

(Rédaction de Reuters avec Elizabeth Pineau et Leigh Thomas, édité par Nicolas Delame)

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