Eutelsat pourrait-il remplacer Starlink en Ukraine ?
par Supantha Mukherjee et Gianluca Lo Nostro
STOCKHOLM/GDANSK (Reuters) – L’éventualité que l’Ukraine perdre l’accès à internet par satellite fourni par le système Starlink d’Elon Musk, vital pour le maintien de ses communications militaires dans la guerre contre la Russie, attire l’attention des investisseurs sur l’alternative européenne que pourrait constituer Eutelsat.
Les négociateurs américains ont déclaré à Reuters le mois dernier qu’ils pourraient utiliser l’accès à Starlink comme levier dans les discussions avec Kyiv sur ses minerais, tandis que le groupe franco-britannique Eutelsat a fait savoir qu’il discutait avec l’Union européenne (UE) pour fournir des services supplémentaires à l’Ukraine.
Le cours de l’action Eutelsat a plus que quadruplé depuis l’altercation publique du 28 février entre le président ukrainien Volodimir Zelensky et son homologue américain Donald Trump, à la suite de laquelle Washington a suspendu son aide militaire à l’Ukraine.
Voici un tour d’horizon des enjeux liés à la façon dont Eutelsat pourrait aider l’Ukraine à répondre à ses besoins en matière de communication :
QUELLE EST L’IMPORTANCE DE STARLINK POUR L’UKRAINE ?
Les utilisateurs de Starlink accèdent à internet pour des données ou des communications vocales en utilisant des petites antennes paraboliques relayant les signaux à travers une constellation de satellites.
Les réseaux fixes et mobiles de l’Ukraine ont été gravement endommagés par des bombardements depuis l’invasion russe survenue en février 2022 et Starlink a aidé Kyiv à compenser leur perte en envoyant des dizaines de milliers de ses antennes paraboliques avec des terminaux.
Certaines sont mises à la disposition des civils, qui tentent souvent de contacter leurs proches à l’aide de leur téléphone.
Mais la plupart sont utilisées par les forces armées ukrainiennes, qui doivent également faire face au brouillage des signaux et à l’interception des communications sur les lignes de front.
Les unités ukrainiennes se parlent fréquemment par l’intermédiaire de Starlink, dont les services sont devenus pratiquement indispensables pour le commandement et le contrôle sur le champ de bataille.
L’Ukraine a également utilisé Starlink pour guider des drones d’attaque jusqu’à ce que SpaceX, la société d’Elon Musk, mette un terme à cette pratique il y a deux ans.
À l’origine, SpaceX a contribué à financer la fourniture de Starlink à l’Ukraine. Le gouvernement américain a ensuite pris le relais, mais la Pologne a indiqué en février qu’elle payait l’abonnement de l’Ukraine à Starlink et continuerait à le faire.
COMMENT EUTELSAT SE COMPARE-T-IL À STARLINK ?
Eutelsat prend déjà en charge les communications gouvernementales et institutionnelles de l’Ukraine. La société a déclaré à Reuters qu’elle pouvait fournir une alternative pour certaines applications gouvernementales et de défense.
Depuis sa fusion en 2023 avec le britannique OneWeb, Eutelsat contrôle la seule autre constellation opérationnelle de satellites en orbite terrestre basse (OTB) à couverture mondiale, en dehors de celle de Starlink.
Les plus de 7.000 satellites OTB de Starlink, adaptés aux échanges en temps réel, lui permettent d’atteindre davantage d’utilisateurs à travers le monde et d’offrir des débits plus élevés.
Mais Eutelsat affirme que, même avec seulement 630 satellites OTB, avec l’appui de 35 satellites en orbite géostationnaire plus élevée, elle offre les mêmes capacités que Starlink en Europe.
Starlink promet un débit pouvant atteindre 200 mégabits par seconde, tandis qu’Eutelsat en affiche 150.
Les terminaux OneWeb coûtent cependant jusqu’à 10.000 dollars, auxquels s’ajoute un abonnement mensuel. Starlink demande pour sa part aux utilisateurs ukrainiens un paiement unique de 589 dollars en plus d’un abonnement mensuel de 95 à 440 dollars, en fonction de l’utilisation.
On ignore si un donateur serait prêt à financer davantage d’abonnements ukrainiens à OneWeb. La France et le Royaume-Uni, à la tête des partisans d’un accord de paix à présenter aux États-Unis, détiennent ensemble 24,8% du capital d’Eutelsat.
Y A-T-IL D’AUTRES ALTERNATIVES ?
La concurrence mondiale de Starlink se dessine, mais lentement.
La société luxembourgeoise SES fournit des services à l’Otan via sa constellation de satellites O3b mPOWER, déployée en orbite terrestre moyenne.
Mais comme nombre d’autres opérateurs de satellites traditionnels, elle donne la priorité aux entreprises, aux gouvernements et aux armées et ne propose pas de services directs et aux consommateurs, ni des terminaux facilement utilisables.
Par ailleurs, certaines initiatives de l’UE comme « IRIS² » et GOVSATCOM – qui intéressent Kyiv – mettront des années à devenir pleinement opérationnelles.
(Reportage de Supantha Mukherjee à Stockholm et de Gianluca Lo Nostro à Gdansk, avec Michal Aleksandrowicz, version française Benjamin Mallet, édité par Kate Entringer)
Campagne annuelle de financement 2026-2027 du Journal Chrétien
Le Journal Chrétien lance sa campagne de dons 2026-2027 pour financer sa plateforme de médias chrétiens visant à financer le site d'information Chretiens.com, l'application de ressources bibliques Bible.audio, et la chaîne de télévision chrétienne Chrétiens TV diffusée sur le canal 483 de Free en France. La concentration des médias aux mains d'un petit nombre d'acteurs économiques et de milliardaires représente une menace sur le pluralisme et l'indépendance de la presse.
Les dangers de la concentration des médias aux mains des milliardaires
A cause de la crise économique, de nombreux médias en difficulté financière ont été rachetés par des industriels puissants pour assurer leur survie. Les dangers de cette concentration des médias aux mains des milliardaires sont nombreux :
1. Menace sur le pluralisme et la diversité des opinions : En France, une poignée de milliardaires ou de grands groupes industriels (actifs dans le luxe, l'armement, le BTP ou les télécommunications) détiennent l'immense majorité des quotidiens nationaux, des chaînes de télévision et des radios. Cette emprise réduit la variété des points de vue, appauvrit le débat public et favorise les conflits d'intérêts.
2. Perte d'indépendance et autocensure des rédactions : Les journalistes risquent de subir des pressions directes ou indirectes de la part des actionnaires. De plus, les médias appartenant à des groupes industriels peuvent hésiter à enquêter de manière transparente sur les activités de leurs propres propriétaires ou de leurs partenaires économiques.
3. Uniformisation et baisse de la qualité de l'information : Pour des raisons de rentabilité, certains groupes privilégient des contenus à bas coût, comme des plateaux d'experts et des commentaires en continu, au détriment du travail d'investigation et de terrain.
Les églises évangéliques, une cible privilégiée des médias grand public
Le traitement des Églises évangéliques par les médias grand public suscite de vives tensions et est souvent perçu par les chrétiens et les instances représentatives comme un vecteur de stigmatisation ou de caricature.
Les critiques envers les médias traditionnels
1. Les amalgames et le sensationnalisme : Des reportages télévisés (comme celui d' Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » diffusé fin 2025) ont mis en lumière la vulnérabilité des églises évangéliques face à aux médias hostiles à ce courant du protestantisme.
Les institutions comme le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) et la Fédération Protestante de France (FPF) ont dénoncé des méthodes journalistiques contestables et des généralisations hâtives.
2. La méconnaissance du fait religieux : Les grands médias utilisent parfois un vocabulaire inadapté (confondant les pratiques, les rites ou la structure des petites églises locales avec de grandes mega-churches ou des mouvements ultra-minoritaires).
3. Le sentiment de rejet : Pour la majorité des communautés évangéliques, qui sont modestes et ancrées dans le bénévolat, ces portraits médiatiques renvoient une image de « monstres » ou de sectarisme éloignée de leur réalité quotidienne.
Le piège de l’uniformisation de l'information
L’uniformisation de l'information constitue un obstacle à un débat citoyen éclairé sur des sujets de société susceptibles d’intéresser la communauté chrétienne tels que :
1. l’éthique de la vie et de la famille (avortement et fin de vie, sexualité et genre, la place de la famille);
2. l’engagement citoyen et le vivre ensemble (participation civique, action caritative et humanitaire);
3. la sauvegarde de la Création (Ecologie) et l’éco-théologie qui invite les chrétiens à repenser leur style de vie et à agir pour la protection de l'environnement, perçue comme un mandat biblique de « gestion » de la Création confiée par Dieu;
4. les dérives et controverses médiatiques :
- Les dérives sectaires et l'emprise mentale : Les médias séculiers estiment que l’expansion rapide de nouvelles structures de type « méga-églises » suscite l'attention des autorités (comme la Miviludes en France) face aux risques d'emprise psychologique, de pressions financières (la dîme) ou d'abus spirituels.
- Les influences politiques : Certains reportages et enquêtes (notamment menés par des émissions comme Envoyé spécial) interrogent également les liens discrets qui existeraient entre des courants évangéliques radicaux et la sphère politique, y compris l'extrême droite.
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Les instances protestantes et la communauté chrétienne ont vivement réagi contre les amalgames présentés à l'antenne à la suite de la diffusion du numéro d’Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » sur France 2 fin septembre 2025. Il a été reproché à l'émission des méthodes journalistiques qualifiées de contestables : montage à charge, questions orientées et absence d'experts nuancés.
Le reportage est accusé de réduire à des caricatures sectaires ou mercantiles la réalité des églises évangéliques et de généraliser des pratiques observées seulement dans certaines méga-églises.
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