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En France, une nouvelle loi pour protéger les libraires de l’ogre Amazon

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Le combat entre David le libraire indépendant et Goliath le géant du numérique se poursuit en France, où plus de 3.000 librairies de quartier résistent aux assauts d’Amazon avec la complicité active du gouvernement et du législateur.

Quarante ans après l’instauration du prix unique du livre, Sénat et Assemblée ont récemment adopté une proposition de loi « visant à améliorer l’économie du livre et à renforcer l’équité entre ses acteurs », dont la mesure-phare consiste à instaurer un prix plancher pour les livraisons.

Portée par la sénatrice Les Républicains (LR) Laure Darcos avec le soutien de la ministre de la Culture Roselyne Bachelot, le texte voté le 6 octobre devrait déboucher sur un arrêté, attendu « d’ici la fin de l’année » par la profession, conduisant à facturer quelques euros l’envoi d’un livre – là où Amazon, suivi par d’autres groupes comme la Fnac, le limite à un centime d’euro.

L’impulsion avait été donnée avant l’été par Emmanuel Macron lui-même.

« Il faut qu’il y ait un prix unique de tous les livres, le livre qu’on va acheter à la librairie comme le livre qu’on reçoit à la maison », avait dit le président en mai lors d’un déplacement à Nevers (Nièvre).

CONCURRENCE ACHARNÉE

Alors que plus de 20% des 435 millions de livres achetés en France en 2019 l’ont été via internet, « on observe une concurrence acharnée sur les tarifs de livraison, variable non réglementée jusqu’alors », souligne le ministère de la Culture dans un message transmis à Reuters. « Cette concurrence génère une concentration de plus en plus forte des ventes dans les mains d’un seul opérateur qui applique la quasi gratuité systématique de tous les envois de livres ».

Un prix plancher « permet une équité totale. Tous les acteurs du e-commerce devront respecter les mêmes frais de port que n’importe quel petit libraire », explique Laure Darcos, qui ne cache pas avoir reçu « beaucoup de pressions » de la part d’Amazon pour renoncer à son texte de loi.

Dans une tribune signée Frédéric Duval, directeur général d’Amazon France, le géant de Seattle argumente : « Grâce au commerce en ligne, les Français ont un accès égal à la lecture, qu’ils habitent à Paris ou en province », écrit-il. « A l’heure où l’inflation fait un retour remarqué et où les pouvoirs publics appellent à tout faire pour l’enrayer, avons-nous besoin d’une loi qui renchérisse le coût des livres et pénalise les habitants des petites villes et des zones rurales ? »

Laure Darcos s’inscrit en faux. « Ce n’est pas du tout dans les milieux ruraux que les lecteurs achètent le plus sur Amazon mais dans les grandes métropoles par facilité, rapidité, et au fond ils pourraient très bien descendre de chez eux et faire 500 mètres pour commander leurs livres en librairie, si ce n’est pas une urgence », dit-elle. « Si ça remet les gens dans les libraires, j’aurai encore plus gagné mon combat. »

La sénatrice repousse également l’idée d’une mesure qui handicaperait les jeunes au pouvoir d’achat limité. « Je n’ai jamais vu un jeune apprendre à aimer lire en cherchant des livres sur Amazon », dit-elle.

« VOIR DES LIVRES EN VRAI »

L’équité est un argument repris par Guillaume Husson, délégué général du Syndicat de la librairie française, qui rappelle qu’Amazon pratique la quasi-gratuité des frais d’envoi pour les livres, mais pas pour les autres produits.

« Avec l’envoi à un centime d’euro contre environ sept euros par la Poste, le libraire avait jusqu’ici le choix entre se caler sur Amazon ou perdre sa marge. Soit il perdait de l’argent, soit il perdait le client », résume-t-il.

Selon les professionnels, l’envoi des livres représente en moyenne entre 3% et 5% du chiffre d’affaires des 3.300 librairies de France, davantage pour de grands magasins comme Le Furet du Nord à Lille et Mollat à Bordeaux.

Les indépendants espèrent que la loi encouragera le regain d’intérêt pour les librairies de quartier constaté à l’occasion des confinements liés à l’épidémie de COVID-19. Selon l’observatoire du Syndicat des libraires, le chiffre d’affaires des librairies indépendantes a bondi de 16% entre janvier et septembre 2021 par rapport à 2019.

« N’oublions pas que [le propriétaire d’Amazon, NDLR] Jeff Bezos a commencé par vendre des livres sur internet, détruisant pratiquement toutes les libraires aux Etats-Unis », dit Sophie Fornairon, propriétaire de La librairie du Canal, florissante boutique de l’Est parisien.

« Nous sommes dans un quartier touristique et nous voyons des Américains entrer et nous dire ‘On ne savait même pas que ça pouvait encore exister une librairie indépendante, qu’est-ce que c’est beau !’, raconte-t-elle. « On voit ce que peut représenter pour eux de voir des livres en vrai. Nous existons encore. »

(Reportage Elizabeth Pineau, avec la contribution de Mathieu Rosemain, édité par Blandine Hénault)

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