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Comment l’Iran a maintenu ses importations chinoises grâce à un système de troc

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par John Irish, Parisa Hafezi et Joe Cash

PARIS, 10 septembre (Reuters) – L’Iran a eu recours à un mécanisme proche du troc pour contourner les sanctions sur son pétrole et acheter pour plusieurs milliards de dollars de marchandises chinoises, dont des équipements militaires, ont déclaré à Reuters deux hauts responsables iraniens et trois autres personnes proches du dossier.

Selon ces sources, qui ont requis l’anonymat, le pétrole iranien est échangé contre des crédits permettant de financer des importations chinoises, offrant à Téhéran une bouée de sauvetage financière face aux sanctions américaines, tout en garantissant à la Chine un accès à du pétrole brut à prix réduit et en protégeant les entreprises impliquées des sanctions.

Les États-Unis ont déjà sanctionné certaines entités ​chinoises impliquées dans le commerce du ‌pétrole iranien, sans recourir aux mesures les plus sévères. Washington a toutefois accentué la pression ces derniers mois dans le ​cadre du conflit avec l’Iran. En août, le secrétaire ⁠américain au Trésor, Scott Bessent, a averti les pays commerçant avec l’Iran qu’ils risquaient d’être exclus du système financier fondé sur le dollar.

Reuters n’a pas été ‌en mesure de déterminer les répercussions du blocus ‌naval imposé par les États-Unis à l’Iran sur ce mécanisme. Aucun chargement de brut iranien n’est parvenu en Chine via le détroit d’Ormuz depuis le rétablissement du blocus le 14 juillet, a rapporté Reuters la semaine dernière.

Pékin et Téhéran dénoncent régulièrement ce qu’ils considèrent comme des sanctions occidentales illégales et affirment vouloir préserver leurs intérêts économiques communs, mais ont peu communiqué sur les mécanismes qui leur permettent de poursuivre leurs échanges malgré ​les restrictions internationales.

Selon les sources, ce mécanisme a servi à financer l’achat de médicaments, de véhicules et d’équipements de communication, mais aussi, au moins une fois l’an dernier, d’équipements de défense aérienne valant des millions de dollars.

Reuters n’a pas pu vérifier de manière indépendante l’existence de ces transactions.

L’embargo des Nations unies sur la plupart des exportations d’armes vers l’Iran a été rétabli en septembre 2025 avec d’autres sanctions, après le retrait des États-Unis de l’accord nucléaire de 2015 et les manquements de Téhéran à certains de ses engagements.

L’Iran et la Chine ont estimé que cette réactivation automatique des sanctions à l’initiative de pays européens reposait sur des bases « juridiquement et procéduralement contestables ».

Interrogé par Reuters sur ce mécanisme commercial, le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré ne ⁠pas être « au courant de la situation décrite ».

« La Chine s’est toujours opposée aux sanctions unilatérales qui ne reposent sur aucun fondement en droit international et n’ont pas été approuvées par le Conseil de sécurité des Nations unies », a-t-il ajouté.

Un responsable ⁠américain a déclaré à Reuters que l’administration de Donald Trump travaillait avec ses partenaires, dont l’Union européenne, afin de « priver l’Iran des moyens matériels de poursuivre ses ambitions nucléaires », sans commenter le mécanisme évoqué.

CONTOURNER LES CIRCUITS BANCAIRES INTERNATIONAUX

Des décennies de sanctions américaines ont considérablement réduit le nombre d’acheteurs de pétrole iranien.

La Chine est aujourd’hui son principal client, absorbant plus de 80% des exportations pétrolières iraniennes en 2025, soit 1,4 million de barils par jour en moyenne, selon le cabinet d’analyse Kpler. Les deux pays sont liés depuis 2021 par un partenariat stratégique de 25 ans couvrant notamment l’énergie et les infrastructures, dont les détails restent largement méconnus du public.

Selon trois sources, le dispositif décrit à Reuters fait partie d’une ⁠série de mécanismes ‌permettant à l’Iran d’acheter des biens et services chinois sans passer par les circuits bancaires internationaux.

Plusieurs sources affirment qu’une entité financière peu connue appelée ChuXin reçoit les paiements liés ⁠au pétrole iranien avant de les redistribuer à des entreprises chinoises.

Environ 70% des fonds seraient consacrés à des projets d’infrastructure en Iran, le reste transitant par ​un véhicule ad hoc (SPV), utilisé pour ​régler les fournisseurs chinois, ont indiqué trois sources.

Les sources iraniennes ont confirmé l’existence du SPV, qui n’avait jusqu’ici jamais été révélée. Selon elles, les fonds du SPV sont gérés par une société agissant pour le compte du ministère chinois ​du Commerce et une autre liée à la Banque centrale iranienne.

Reuters n’a trouvé aucune trace de ChuXin dans les registres d’entreprises chinois. Selon l’une des sources, cette entité pourrait n’exister que sur une feuille de calcul.

Des sociétés portant les mêmes noms que celles citées par les sources figurent dans le registre des entreprises ‌de Hong Kong, mais Reuters n’a trouvé aucun document ​public permettant d’établir leur structure de propriété ou leurs activités.

DÉNI PLAUSIBLE

Le négociant pétrolier public chinois Zhuhai Zhenrong fait depuis plusieurs années l’objet de sanctions américaines en raison de ses liens présumés avec l’Iran. Une source a partagé avec Reuters ​ce qui semble être une lettre datée du 22 juillet 2025 adressée par la NIOC au groupe chinois afin d’obtenir la confirmation d’un solde impayé, un document qui, selon elle, atteste de relations d’affaires entre les deux parties.

Reuters n’a pas pu authentifier ce document. Ni la NIOC, ni Zhuhai Zhenrong n’ont répondu aux questions de l’agence.

Selon trois sources, ce dispositif est en place depuis au moins 2021 et a d’abord servi à l’approvisionnement de l’Iran en médicaments et en vaccins contre le COVID-19.

Alors que Washington a intensifié sa pression sur les entreprises commerçant avec l’Iran, ce mécanisme est devenu de plus en plus important pour les échanges entre les deux pays, ont-elles ajouté. Elles estiment qu’entre 2 milliards et 2,5 milliards de dollars (entre 1,7 et 2,1 milliards d’euros) ont transité par le SPV au cours ⁠de l’année écoulée.

La Chine utilise ce type d’arrangements pour contrer les États-Unis et démontrer qu’elle ne se laissera pas intimider par la menace de sanctions secondaires, a déclaré Andrea Ghiselli, professeur de politique internationale à l’université d’Exeter.

Il a toutefois souligné que les dirigeants chinois ne souhaitent pas voir leurs banques ou leurs entreprises exclues du système financier international.

« Ils recherchent un déni plausible », a-t-il déclaré.

(Reportage par ​John Irish à Paris, Parisa Hafezi à Dubaï et Joe Cash à Pékin avec la contribution d’Anne Marie Roantree à Hong Kong; ​Rédigé par John Irish; Version française par Aleksandra Kret, édité par Benoit Van Overstraeten)

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