Au procès Le Scouarnec, l’exemple de Gisèle Pelicot est une source de courage
par Juliette Jabkhiro
VANNES, Morbihan (Reuters) – Lorsque les gendarmes l’ont appelé à l’été 2019 pour l’informer qu’il avait probablement été abusé sexuellement une vingtaine d’années auparavant par le chirurgien l’ayant opéré, enfant, pour une appendicite, Louis-Marie ne les a d’abord pas crus. Aujourd’hui, il témoigne, encouragé par l’exemple de Gisèle Pelicot.
A 35 ans, Louis-Marie est l’une des 299 victimes présumées du docteur Joël Le Scouarnec, dont le procès s’est ouvert lundi à Vannes pour viols et agressions sexuelles aggravés, essentiellement sur des mineurs, la plus grande affaire de pédocriminalité jamais jugée en France.
Louis-Marie, qui a décidé de témoigner à visage découvert, a dit à Reuters avoir été inspiré par l’exemple de Gisèle Pelicot, qui a renoncé l’an dernier à son droit à l’anonymat lors du procès des viols de Mazan, lors duquel son mari a été condamné en décembre à 20 ans de prison pour viol et pour avoir permis pendant des années à des dizaines d’hommes de la violer après l’avoir droguée.
« Il y a eu le mouvement #MeToo, il y a eu Mme Pelicot qui a été extrêmement courageuse, et je pense qu’elle a raison, la honte c’est pas à nous (les victimes) de l’avoir », dit-il.
Reuters a accepté de ne pas donner son identité complète afin de préserver sa famille.
Le mouvement #MeToo sur la dénonciation des violences sexuelles a débuté en 2017 avec les accusations portées aux Etats-Unis contre le producteur de cinéma Harvey Weinstein, désormais emprisonné.
Selon les journaux électroniques trouvés à son domicile et versés à la procédure, Joël Le Scouarnec a détaillé le viol et l’agression sexuelle commis sur Louis-Marie, qui était alors âgé de neuf ans. Il a aussi reconnu les faits auprès des enquêteurs.
L’ex-chirurgien, âgé de 74 ans, a admis lundi devant la cour criminelle départementale du Morbihan avoir commis des « actes odieux » et avoir infligé des blessures « irréparables » à ses victimes. Il a reconnu la vaste des majorité des faits pour lesquels il est jugé.
LOI DU SILENCE
Pour l’avocate de Louis-Marie, les victimes de violences sexuelles se réfugient souvent dans le silence en raison de la honte qu’elles éprouvent, mais le procès de Dominique Pelicot, le mari de Gisèle Pelicot, est en train de faire évoluer les mentalités.
« Le courage de Gisèle Pelicot a énormément changé la façon de penser des victimes », dit Myriam Guedj Benayoun. « Elles se disent ‘on ne peut plus se taire, ça suffit’. »
Malgré l’émotion, Louis-Marie dit vouloir témoigner publiquement afin de briser la « loi du silence » autour des violences sexuelles.
Il dit ne pas se souvenir des actes subis de la part de Joël Le Scouarnec. L’expertise psychiatrique menée dans le cadre de l’enquête montre qu’il souffre de stress post-traumatique.
« Une des raisons qui me pousse à prendre la parole, c’est que je ne veux absolument pas de ça pour mes enfants, et que de parler, je me dis que ça peut permettre de les protéger », dit-il.
Malgré une première condamnation en 2005 à quatre mois de prison avec sursis pour détention d’images pédopornographiques, Joël Le Scouarnec, chirurgien viscéral marié et père de trois enfants, a continué à exercer jusqu’à son arrestation en 2017, ce qui interroge sur les failles des institutions du secteur de la Santé et de la protection de l’enfance, qui font l’objet d’une enquête distincte.
L’hôpital public de Quimperlé (Finistère), qui a embauché Joël Le Scouarnec en 2006, n’a pas répondu aux questions relatives à ce recrutement malgré la première condamnation du chirurgien et à son maintien en poste en dépit des alertes émises par un membre de son personnel.
« Pour moi, c’est important que tous ceux qui n’ont rien fait aient des comptes à rendre, que ce soit par le biais d’un procès ou par d’autres moyens », dit Louis-Marie. « Pour que tout le monde sache que la loi du silence n’est plus permise. »
Le ministère de la Santé a refusé de s’exprimer alors que le procès est en cours.
Le Conseil national de l’Ordre des médecins et son antenne locale dans le département du Finistère, dont les documents judiciaires montrent qu’elle avait connaissance de la condamnation de Le Scouarnec en 2005, n’ont pas répondu aux sollicitations de Reuters.
(Reportage Juliette Jabkhiro, version française Bertrand Boucey, édité par Kate Entringer)
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