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Zone euro: La BCE réduit ses taux d’intérêt alors que la croissance s’essouffle

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PARIS/FRANCFORT (Reuters) – La Banque centrale européenne (BCE) a de nouveau réduit ses taux directeurs jeudi, alors que l’inflation ralentit et que la croissance économique s’essouffle dans le bloc monétaire, mais n’a fourni aucun indice substantiel sur ses prochaines décisions.

L’institution de Francfort a, comme prévu, réduit de 25 points de base son principal taux directeur, deuxième baisse des coûts d’emprunt dans un cycle de resserrement monétaire entamé en juillet 2022 pour lutter contre une inflation qui a culminé à deux chiffres.

Une enquête publiée ce mois-ci montrait qu’une large majorité d’économistes interrogés par Reuters anticipait une réduction d’un quart de point du taux de dépôt de la BCE.

Le taux de facilité de dépôt, monté à 4,0%, son niveau le plus élevé depuis la création de l’euro en 1999 à la suite de dix relèvements consécutifs des coûts d’emprunt entre juillet 2022 et septembre 2023, passe ainsi à 3,50%, après la baisse de 25 points de base décidée en juin.

Le taux de refinancement et le taux de facilité de prêt marginal sont eux abaissés respectivement à 3,65% et 3,90%.

Cet assouplissement monétaire étant largement attendu, l’attention des investisseurs s’est déjà portée sur la suite des événements et sur la manière dont les décisions de la BCE seront influencées par la Réserve fédérale américaine (Fed), qui se réunit la semaine prochaine et devrait procéder à sa première baisse des taux.

La BCE n’a cependant rien laissé filtrer de ses intentions.

« Le Conseil des gouverneurs maintiendra une approche s’appuyant sur les données pour déterminer de manière appropriée, réunion par réunion, le degré et la durée de cette orientation restrictive », écrit la BCE dans son communiqué de politique monétaire.

« Nous ne nous engageons pas à l’avance sur une trajectoire de taux particulière », a dit pour sa part Christine Lagarde, la présidente de l’institution, lors d’une conférence de presse qui a suivi ces annonces.

« Nous examinons toute une série d’indicateurs », a-t-elle ajouté, notant que le mois de septembre était susceptible de fournir une faible estimation de l’inflation simplement en raison d’effets de base statistiques.

Les actifs financiers en Europe ont peu varié après les annonces de la BCE en l’absence d’indices sur la trajectoire future des taux, ce que les analystes ont interprété comme une preuve de la prudence de l’institution.

« Étant donné que les antécédents de la BCE en matière de prévision de l’inflation à la hausse sont plutôt faibles, la BCE voudra être tout à fait sûre avant de s’engager dans des réductions de taux plus agressives », écrit Carsten Brzeski, responsable mondial de la macroéconomie chez ING.

NOUVELLES PRÉVISIONS

Christine Lagarde a dressé un tableau mitigé de l’inflation dans la zone euro, qui continue d’être soutenue par la hausse des salaires, même si les pressions globales sur les coûts de main-d’oeuvre se sont atténuées et ont été absorbées par les entreprises.

La BCE a revu à la baisse ses prévisions de croissance économique pour cette année, mais continue de considérer que l’inflation sera largement conforme à son objectif de 2% d’ici à la fin de l’année 2025.

L’indice des prix à la consommation en zone euro, calculé aux normes européenne (IPCH), a décéléré en août à 2,2% en rythme annuel, son niveau le plus bas en trois ans.

L’inflation devrait s’élever à 2,2% l’année prochaine, ce qui est supérieur à l’objectif de la BCE, mais la trajectoire des prévisions suggère un recul par rapport à l’objectif au cours du second semestre de l’année.

Les responsables de la BCE les plus « dovish » (« colombes » ou accommodants), principalement ceux du sud de la zone euro, ont fait valoir que les risques de récession augmentaient et que les taux élevés de l’institution limitaient désormais la croissance bien plus que nécessaire, augmentant ainsi le risque que l’inflation ne dépasse pas l’objectif fixé.

Dans le camp des responsables de la BCE dits « hawkish » (« faucons », plus restrictifs), qui sont encore majoritaires, on affirme que le marché du travail demeure trop tendu pour que la BCE reste inactive et que les pressions sous-jacentes sur les prix, notamment dans les services, augmentent le risque d’une nouvelle résurgence de l’inflation.

Les nouvelles prévisions économiques de la BCE n’ont guère contribué à trancher le débat.

Elles montrent que la croissance économique prévue pour cette année sera légèrement inférieure aux prévisions établies en juin, tandis que l’inflation ne devrait retrouver son niveau cible qu’au second semestre 2025.

Cela donne à penser que peu de responsables de la BCE, voire aucun, sont susceptibles de s’opposer à un nouvel assouplissement monétaire, le principal clivage portant sur le rythme de la réduction des coûts d’emprunt.

Les responsables de la BCE les plus hawkish ont clairement indiqué qu’ils considéraient des baisses de taux à un rythme trimestriel comme appropriées, au regard des principaux indicateurs de croissance et de salaire, qui servent de base à l’élaboration des projections de l’institution. Ces indicateurs sont publiés tous les trois mois.

Les investisseurs sont également divisés sur la trajectoire des taux, une nouvelle baisse des coûts d’emprunt d’ici décembre étant entièrement intégrée dans les marchés financiers, tandis que la probabilité d’une voie médiane, avec une baisse en octobre, oscillent entre 30% et 50%.

RÉDUCTION TECHNIQUE DES TAUX

La BCE a expliqué que la baisse du taux de refinancement de 60 points de base, à 3,65%, a été définie dans le cadre d’un ajustement technique annoncé de longue date.

L’écart entre ce taux et le taux de dépôt était fixé à 50 points de base depuis septembre 2019, lorsque la BCE injectait des liquidités dans l’économie pour écarter la menace d’une déflation.

Elle a annoncé en mars son intention de réduire l’écart à 15 points de base à partir de la réunion de jeudi, afin d’encourager une éventuelle reprise des prêts entre les banques.

Une telle reprise n’interviendra pas avant plusieurs années, de sorte que la décision de la BCE constitue un ajustement préventif de son cadre opérationnel.

Pour l’instant, les banques disposent de 3.000 milliards d’euros de liquidités excédentaires qu’elles déposent auprès de la BCE au jour le jour, ce qui fait du taux de dépôt son principal instrument de politique monétaire.

Au fil du temps, ces liquidités devraient s’amenuiser, poussant les banques à emprunter à nouveau auprès de la BCE au taux de refinancement, qui est traditionnellement le taux d’intérêt de référence de la banque centrale.

Dès lors, le taux principal retrouvera son statut d’instrument principal, tandis que l’écart de taux plus étroit devrait aider la BCE à mieux gérer les taux du marché.

(Rédigé par Claude Chendjou, avec la contribution de Balazs Koranyi, édité par Kate Entringer)

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