Orange acte le départ de Stéphane Richard, condamné dans l’affaire Tapie-Lyonnais
Orange a annoncé mercredi soir avoir accepté la démission de son PDG Stéphane Richard, qui sera remplacé d’ici le 31 janvier prochain, après sa condamnation en appel à un an de prison avec sursis et 50.000 d’euros d’amende dans l’affaire de l’arbitrage entre Bernard Tapie et le Crédit lyonnais.
A l’issue d’une réunion organisée dans la foulée du verdict prononcé par la Cour d’appel de Paris, le conseil d’administration du géant français des télécoms a fait savoir dans un communiqué que Stéphane Richard serait remplacé le 31 janvier au plus tard dans le cadre de la mise en place d’une nouvelle gouvernance.
Stéphane Richard a été reconnu coupable mercredi par la Cour d’appel de Paris de complicité de détournement de fonds publics lors de la procédure d’arbitrage qui a permis à Bernard Tapie d’encaisser 403 millions d’euros en 2008.
Dans une déclaration à la presse, Stéphane Richard, qui à l’époque était directeur de cabinet de la ministre de l’Economie Christine Lagarde, a dénoncé des accusations sans fondement, rappelé qu’il avait été relaxé en première instance et annoncé son intention de se pourvoir en cassation.
« Je remets mon mandat entre les mains du CA d’Orange », a-t-il dit.
L’ancien haut fonctionnaire avait par le passé déclaré qu’il ne s’accrocherait pas à son poste de directeur général à l’issue de son mandat actuel de quatre ans, qui devait prendre fin en mai 2022, mais qu’il souhaitait rester à la présidence d’Orange.
Dans cette perspective, le chasseur de têtes Spencer Stuart a été recruté il y a plusieurs semaines par le conseil d’administration du groupe, ont indiqué mardi plusieurs sources à Reuters.
« DES ACTES GRAVES »
Christine Lagarde, désormais présidente de la Banque centrale européenne (BCE), a été condamnée mais dispensée de peine en 2016 pour négligence par la Cour de justice de la République dans cette affaire.
Stéphane Richard, qui nie toute infraction et assure n’avoir joué qu’un rôle secondaire dans le processus d’arbitrage, avait été relaxé à l’issue du procès en première instance en 2019, comme tous les prévenus dans ce dossier, dont Bernard Tapie.
En appel, le parquet général avait requis en juin dernier une peine d’emprisonnement de trois ans, dont deux avec sursis, et une amende de 100.000 euros à l’encontre du PDG d’Orange pour son implication présumée dans le versement contesté effectué par l’Etat pour régler le litige entre Bernard Tapie et le Crédit Lyonnais.
La présidente de la Cour d’appel, Sophie Clément, a estimé que Stéphane Richard avait « commis des actes graves en privilégiant les intérêts de Bernard Tapie au détriment de ceux de l’Etat ».
Elle a ajouté que le préjudice subi du fait des sommes détournées avait jeté le « discrédit » sur la haute fonction publique et contribué à « l’affaiblissement de l’Etat ».
« Ces actes ne peuvent pas être considérés comme une simple négligence compte tenu de leur qualité répétée et délibérée », a encore estimé la magistrate.
La Cour d’appel n’a en revanche pas retenu la charge de complicité d’escroquerie à son encontre.
« Les griefs sont passés d’escroquerie à complicité puis à la relaxe totale et aujourd’hui de nouveau à une relaxe sur la complicité d’escroquerie (…) mais une condamnation pour complicité de détournement public », a réagi Stéphane Richard dans son communiqué. « C’est à ne rien y comprendre et profondément injuste. »
La mort de Bernard Tapie le 3 octobre dernier avait conduit la Cour d’appel à annoncer l’extinction des actions judiciaires à son encontre, rendant définitive la relaxe de l’homme d’affaires, mais elle devait encore se prononcer sur le sort des autres prévenus, parmi lesquels Stéphane Richard.
(Reportage Mathieu Rosemain, avec Gwenaëlle Barzic et Silvia Aloisi; version française Jean-Stéphane Brosse, édité par Jean-Michel Bélot et Jean Terzian)
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