Nestlé examine ses options après la décision du Kremlin de saisir ses activités en Russie
par John Revill
ZURICH, 18 septembre (Reuters) – Nestlé a déclaré vendredi examiner toutes les options possibles pour protéger ses intérêts en Russie à la suite de la décision du Kremlin de transférer les actifs du groupe agroalimentaire suisse dans le pays, ainsi que ceux du distributeur français Auchan, à des sociétés russes.
Le fabricant du café Nescafé et des barres chocolatées KitKat a précisé avoir pris acte de cette décision, annoncée jeudi par décret présidentiel, ajoutant qu’il évaluait la situation.
« Nestlé s’engage à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger ses droits et assurer la continuité de ses activités dans l’intérêt de toutes les parties prenantes, en particulier de ses employés », dit la société suisse dans un communiqué.
Vers 15h00 GMT, l’action Nestlé reculait de 2,5%, accusant l’une des plus fortes baisses de la Bourse de Zurich.
Le titre pâtit également de l’annonce faite dans la matinée par l’autorité indienne de la régulation alimentaire qu’elle avait constaté qu’un échantillon d’aliments pour bébés de Nestlé ne répondait pas aux normes, ajoutant avoir engagé une procédure judiciaire à l’encontre de l’entreprise.
Auchan, qui emploie environ 30.000 personnes en Russie dans 230 magasins et une activité de commerce en ligne, s’est refusé à tout commentaire.
Moscou a renforcé son contrôle sur les avoirs détenus par des étrangers en Russie depuis le début de son invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022.
En vertu d’un décret signé par Vladimir Poutine en 2023, le pays peut placer sous administration temporaire les avoirs de pays qu’elle juge « hostiles ».
Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a d’ailleurs dit aux journalistes que la politique avait joué un rôle dans ces décisions.
Sans les citer nommément, il a affirmé que la Suisse et la France étaient « activement impliqués dans des actions militaires » contre la Russie, notamment « les frappes menées par le régime de Kyiv contre des infrastructures économiques pacifiques ».
Le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) suisse a dit dans un communiqué être « préoccupé par la mise sous administration forcée des activités de Nestlé en Russie », ajoutant travailler en étroite collaboration avec l’entreprise.
« L’objectif du soutien apporté par la Suisse est de permettre à Nestlé de faire valoir sa position auprès des autorités russes et d’œuvrer en faveur de la levée de cette mise sous administration forcée », ajoute le SECO.
ADMINISTRATION PROVISOIRE
Nestlé possède six usines en Russie qui produisent du café, des aliments pour animaux de compagnie et des préparations pour nourrissons.
L’entreprise a réalisé un chiffre d’affaires d’environ deux milliards de francs suisses (2,11 milliards d’euros) en Russie en 2021, dernière année pour laquelle elle a publié des données financières, et y emploie environ 7.000 personnes.
Ce chiffre d’affaires représente environ 2% des ventes totales de Nestlé, mais les analystes financiers pensent que cette part a diminué du fait de la réduction des activités du groupe en Russie depuis la guerre.
D’autres entreprises occidentales ont vendu leurs actifs russes ou les ont confiés à des dirigeants locaux afin de se conformer aux sanctions ou en réponse aux menaces de Moscou de saisir les actifs détenus par des étrangers.
Nestlé a justifié la poursuite de ses activités en Russie en faisant valoir qu’en tant que producteur alimentaire, elle fournit des biens de première nécessité.
En 2023, Moscou a pris le contrôle des activités russes du groupe agroalimentaire français Danone et de la participation du brasseur danois Carlsberg dans une brasserie locale.
Au sujet des actifs de Nestlé et d’Auchan qui viennent d’être saisis, Dmitri Peskov, a précisé que, à ce stade, seule une mise sous administration provisoire était à l’ordre du jour.
(John Revill, avec la contribution de Makini Brice à Paris et de Dmitry Antonovin à Moscou, Version française Benoit Van Overstraeten, édité par Augustin Turpin)
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