L’UE s’engage à rester unie face aux USA sur les droits de douane
par Jan Strupczewski et Karol Badohal
VARSOVIE (Reuters) – Les ministres des Finances de l’Union européenne se sont engagés vendredi à maintenir l’unité des Etats membres dans les négociations commerciales avec les Etats-Unis durant le répit de 90 jours offert par la suspension des droits de douane « réciproques » américains.
Donald Trump a annoncé mercredi qu’il suspendait immédiatement pour 90 jours les droits de douane « réciproques » qu’il avait dévoilés seulement une semaine auparavant contre des dizaines de pays, à hauteur de 20% pour les membres de l’UE en plus d’un taux plancher de 10% qui a été en revanche maintenu.
« Tous les ministres des Finances sont convenus de la nécessité d’une position unifiée », a dit l’Irlandais Paschal Donohoe au cours d’une conférence de presse à l’issue d’une réunion à Varsovie, la première entre ministres des Finances de l’UE depuis l’annonce des derniers droits de douane américains.
Valdis Dombrovskis, commissaire européen à l’Economie, a déclaré que, selon les estimations de l’exécutif de l’UE, l’impact négatif des droits de douane américains sur l’économie européenne devrait représenter 0,2% du PIB d’ici 2027 si ces surtaxes sont provisoires et ne font pas l’objet de représailles.
Si les entreprises commencent à envisager ces droits de douane comme une charge permanente, ou si des mesures de rétorsion étaient prises, l’économie européenne pourrait perdre 0,5% à 0,6% de PIB d’ici 2027, a-t-il ajouté.
L’impact serait toutefois plus important pour les Etats-Unis, répètent à l’envi les responsables européens. L’économie américaine serait amoindrie de 0,8% à 1,4% dans le premier scénario et de 3,1% à 3,3% dans le second, selon ces estimations.
« Ces simulations modélisées ne prennent pas en compte une perte de confiance supplémentaire des investisseurs et des entreprises dans l’économie américaine, ce qui amplifierait l’impact négatif sur le PIB », a souligné Valdis Dombrovskis.
AMÉLIORER LE FONCTIONNEMENT DU MARCHÉ UNIQUE
Un accroissement de l’investissement en Allemagne, qui a décidé de réformer son frein à l’endettement et de créer un fonds de 500 milliards d’euros pour les infrastructures, pourrait en revanche fournir un soutien à l’économie européenne, a-t-il dit.
Des responsables de la Banque centrale européenne (BCE) sont plus pessimistes et estiment que les droits de douane américains pourraient avoir un impact négatif de 0,5% à 1% sur la croissance économique, en fonction de l’issue des négociations.
La Commission prévoyant pour l’instant une croissance de 0,9% cette année pour l’ensemble de l’UE, cela signifie que les surtaxes américaines pourraient plonger l’économie européenne en récession.
« Il est très difficile de mettre des chiffres sur tout cela pour le moment mais il est évident que les difficultés commerciales mondiales affecteront la croissance (…) dans la zone euro », a dit Paschal Donohoe, président de l’Eurogroupe, à Bloomberg TV.
Les ministres des Finances de l’UE sont aussi convenus que les turbulences commerciales provoquées par Donald Trump renforçaient la nécessité d’initiatives urgentes pour améliorer le fonctionnement du marché unique européen, fort de 450 millions de consommateurs.
Cela pourrait passer par une accélération du lancement d’un euro numérique, la création d’une union pour l’épargne et l’investissement et la diversification des relations commerciales afin de réduire la dépendance de l’UE à l’égard des Etats-Unis.
Le Fonds monétaire international estime que les barrières internes au sein du marché unique équivalent à 44% de droits de douane sur les échanges de biens et de 110% sur les services.
« UTILISER CES 90 JOURS DE MANIÈRE INTELLIGENTE »
La suspension des droits de douane américains est intervenue alors que la Commission européenne, chargée des questions commerciales pour l’UE, venait d’annoncer à peine une poignée d’heures auparavant une riposte à d’autres surtaxes américaines sur l’acier et l’aluminium. L’exécutif européen a suspendu cette riposte afin de donner une chance à la négociation.
« Nous devons utiliser ces 90 jours de manière intelligente, nous avons besoin d’un bon accord pour les citoyens européens et pour les entreprises européennes », a dit le ministre polonais des Finances, Andrzej Domanski.
Les Vingt-Sept s’emploient cependant à ne pas faire apparaître leur volonté de négociation comme une position de faiblesse.
« La partie américaine doit avoir conscience que si les négociations échouent, nous aurons une autre discussion sur les mécanismes de riposte », a dit le ministre allemand Jörg Kukies.
Jugeant que la pause de 90 jours annoncée par Donald Trump « reste fragile », le président français Emmanuel Macron a résumé sur X l’état d’esprit des Européens: « notre objectif reste simple: négocier pour faire retirer ces tarifs injustes et obtenir un accord équilibré, sans asymétrie ». Mais « l’Europe doit continuer de travailler sur toutes les contre-mesures nécessaires et mobiliser tous les leviers disponibles pour se protéger », a-t-il ajouté.
Face à la perspective d’un échec des négociations, chaque Etat membre s’efforce aussi déjà de préparer des mesures de soutien à ses propres secteurs industriels les plus menacés en cas de guerre commerciale avec les Etats-Unis, alors que des droits de douane américains de 25% sont déjà entrés en vigueur non seulement pour l’acier et l’aluminium, mais aussi l’automobile.
La coordination du soutien aux secteurs industriels fragilisés, différents selon les pays, sera cruciale car certains gouvernements disposent de marges de manoeuvre budgétaires supérieures et peuvent se permettre de soutenir plus vigoureusement leurs entreprises. Ces différences pourraient fausser la concurrence au sein du marché unique européen.
(Avec Benoit van Overstraeten, Karol Badohal, Pawel Florkiewicz et Lewis Macdonald, version française Camille Raynaud et Bertrand Boucey, édité par Blandine Hénault)
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