La BoJ mettra fin aux taux négatifs en 2024 au Japon, selon des économistes
par Satoshi Sugiyama
TOKYO (Reuters) – La Banque du Japon (BoJ) mettra fin à ses taux d’intérêt négatifs l’an prochain, montre une enquête Reuters auprès d’économistes qui sont convaincus dans leur immense majorité que l’institut d’émission se rapproche de la fin de sa politique monétaire ultra accommodante, qui est à contre-courant de celle des autres grandes banques centrales.
Le gouverneur de la BoJ, Kazuo Ueda, doit composer avec la difficile équation de sortir de la politique monétaire menée ces dix dernières années sans provoquer de turbulences sur les marchés ni compromettre une reprise économique fragile.
Si aucun des 26 économistes sondés par Reuters du 15 au 20 novembre ne prévoit de changements lors de la réunion de décembre de la BoJ, nombre d’entre eux anticipent que la politique de taux négatifs, qui a fixé le taux de dépôt à court terme au Japon à -0,1%, arriverait à son terme en 2024.
Selon les résultats de l’enquête, 22 économistes sur 26, soit 85%, ont déclaré que la BoJ mettrait fin à cette politique d’ici la fin de l’année prochaine. Ce taux est en hausse par rapport à l’enquête d’octobre (63%) et à celle de septembre (52%).
Sur les 26 économistes sondés, seuls quatre ont dit tabler sur « 2025 ou plus tard ».
Lors d’une réunion d’octobre, la BoJ a assoupli sa politique de contrôle de la courbe des taux (YCC), en redéfinissant la fourchette de fluctuation de 1% sur les rendements obligataires à dix ans comme une « limite supérieure » plutôt que comme un plafond fixe et a mis fin à son engagement de défendre cette limite avec des offres d’achats d’obligations en quantité illimitée.
Selon des sources, après cet assouplissement, la BoJ a désormais pour objectif de mettre fin à sa politique de taux d’intérêt négatifs et de ramener les taux à court terme à zéro.
Près de 85% des économistes sondés prévoient que la banque centrale mettra fin à sa politique sur le YCC, tandis que les autres estiment qu’elle modifiera à nouveau ce contrôle, montre l’enquête.
LES YEUX RIVÉS SUR L’AN PROCHAIN
Sur les 22 économistes interrogés qui ont choisi 2024 pour la fin des taux négatifs, plus de la moitié, soit 12, ont opté pour la réunion des 25 et 26 avril. Trois ont choisi le mois de juillet, deux le mois de juin et un le mois d’octobre.
Quatre économistes – Capital Economics, Dai-ichi Life Research Institute, Mitsubishi UFJ Morgan Stanley Securities et T&D Asset Management – ont estimé que ce changement aurait lieu dès le mois de janvier.
D’ici là, il y aura plus de clarté pour la BoJ de décider du sort des taux à court terme en tenant compte des pressions inflationnistes et de la tendance sur les négociations salariales, relève Hiroshi Namioka, chef stratège et gestionnaire de fonds chez T&D Asset Management.
« Il sera mis fin au taux d’intérêt négatif comme ‘réponse à l’inflation’ si elle est soutenue ou comme moyen d’une ‘poursuite de l’assouplissement’ si les pressions inflationnistes semblent diminuer », ajoute-t-il. Selon Hiroshi Namioka, la BoJ pourrait en outre expliquer que fixer les taux à court terme à 0,00% relève toujours de l’assouplissement.
INTERROGATIONS SUR LES SALAIRES ET MESURES ÉCONOMIQUES
L’enquête montre aussi que 74% des économistes ont déclaré s’attendre à ce que la croissance des salaires et les revalorisations salariales en moyenne pour 2024 dépassent les 3,58% de cette année dans les grandes entreprises japonaises.
Ils ne sont en revanche que 65% à penser qu’une telle tendance s’observera dans les entreprises japonaises en général, notamment dans les petites et moyennes sociétés.
Par ailleurs, près des deux tiers des économistes, soit 16 sur 25, ont jugé « très improbable » que le dernier programme économique du gouvernement permette de tirer le taux de croissance du produit intérieur (PIB) à 1,2%.
Parmi ces mesures figurent une baisse de l’impôt sur le revenu annuel et d’autres taxes de 40.000 yens (242,58 dollars) par personne et le versement de 70.000 yens aux ménages à faible revenu. L’impopularité du programme, y compris dans des enquêtes d’opinion, est citée comme l’un des facteurs de la chute du soutien au Premier ministre Fumio Kishida.
« Des réductions ponctuelles de l’impôt sur le revenu auraient un effet de relance très limité », souligne Chiyuki Takamatsu, chef économiste chez Fukoku Mutual Life Insurance.
(Reportage Satoshi Sugiyama, enquête réalisée par Veronica Khongwir et Sujith Pai, version française Claude Chendjou, édité par Blandine Hénault)
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