Hermès: Ventes résilientes au T1, en hausse de 7%, dans un contexte troublé
PARIS (Reuters) – Le groupe de luxe français Hermès a annoncé jeudi un chiffre d’affaires en hausse de 7% à taux de change constants pour le premier trimestre, légèrement en-deça des attentes dans un contexte d’incertitudes mais se distinguant du fort ralentissement du reste de l’industrie.
Le groupe, qui vend les célèbres sacs Birkin ou Kelly, a fait état d’un chiffre d’affaires consolidé de 4,1 milliards d’euros pour les trois mois jusqu’à fin mars, en croissance de 9% à taux de changes courants.
La croissance à taux constants est légèrement inférieure aux attentes des analystes : un consensus compilé par Visible Alpha et cité par HSBC anticipait une progression de 9,8%.
Ce léger manquement s’est répercuté en Bourse, où l’action Hermès perdait 1,65% à 08h31 GMT après avoir cédé jusqu’à 4,2% plus tôt en séance. Le CAC 40 reculait au même moment de 0,29%.
« La croissance organique de 7% de Hermès au premier trimestre confirme la résilience du modèle du groupe » ont estimé des analystes de Jefferies dans une note jeudi. Ceux de Citi ont aussi jugé les ventes du premier trimestre comme étant « résilientes ».
« Il s’agit d’une meilleure performance relativement à celles des concurrents que nous avons vues jusqu’ici (mis à part Brunello), quoique pas à la hauteur de l’habituel standard de Hermès à notre avis », ont nuancé des analystes de JPMorgan, s’attendant donc à une « pression sur l’action ce matin ».
Hermès a annoncé ses ventes quelques jours après celles de son grand concurrent LVMH, qu’il égale désormais en termes de capitalisation boursière en dépit de sa plus petite taille en termes d’effectifs et de chiffre d’affaires.
LVMH a brutalement chuté en Bourse mardi, perdant jusqu’à environ 8% dans la matinée, après l’annonce de ventes inférieures aux attentes du marché pour le premier trimestre. Le géant du luxe a fait état lundi soir d’une baisse organique de 3% de ses ventes.
PRUDENCE
A moyen terme, Hermès a confirmé jeudi un objectif de progression du chiffre d’affaires à taux constants « ambitieux » malgré un environnement mondial incertain.
Lors d’un appel avec des journalistes, le directeur financier Eric du Halgouët a précisé que le groupe demeurait « prudent sur les États-Unis » du fait des « incertitudes géopolitiques ».
Il a affirmé ne pas constater de « rupture de tendance » à ce stade, sur le début du mois d’avril, aux Etats-Unis tout comme en Grande Chine.
Les ventes de Hermès ont augmenté de 11% à taux constants au premier trimestre dans la région Amérique, et de 1% en Asie hors Japon.
Confrontée à une diminution inédite de ses taux de croissance du fait de la morosité du marché chinois, l’industrie du luxe comptait sur les Américains fortunés pour relancer sa croissance.
Mais l’annonce par le président américain Donald Trump de droits de douanes, début avril, a provoqué une chute des marchés boursiers mondiaux et des craintes de récession aux Etats-Unis.
Le secteur du luxe se prépare donc désormais pour ce qui pourrait être sa plus longue crise depuis des années.
HAUSSE DE PRIX
Les droits de douane potentiels annoncés par Donald Trump incluent une taxe de 20% sur la mode et la maroquinerie en provenance de l’Union européenne, et de 31% sur les montres fabriquées en Suisse, s’ils sont entièrement appliqués.
La semaine dernière, Donald Trump a décidé de suspendre l’application de ces droits de douanes pour 90 jours mais a maintenu un taux « plancher » de 10%.
« Nous allons compenser intégralement l’impact [des] nouveaux droits de douane en augmentant nos prix de vente aux États-Unis dès le 1er mai et sur l’ensemble des métiers », a annoncé jeudi Eric du Halgouët.
Le secteur du luxe, dont le modèle repose sur une forte marge dégagée sur des produits très coûteux vendus à une riche clientèle, dispose d’une élasticité des prix favorable par rapport à d’autres industries.
A l’inverse de LVMH, Hermès ne semble pas envisager de développer sa production aux Etats-Unis pour composer avec d’éventuels droits de douanes.
« On est très attachés à garder notre production où elle est », avait affirmé le gérant du groupe Axel Dumas en février.
(Rédigé par Florence Loève, Mimosa Spencer et Tassilo Hummel, édité par Blandine Hénault)
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