Laïcité, sécularisation et évangélisation
À l’heure où l’Église protestante de Genève se bat pour sa survie financière, sa présidente Eva Di Fortunato parle laïcité, sécularisation et évangélisation.
L’Église protestante de Genève (EPG) subit actuellement une massive baisse du nombre de ses membres. Vivant uniquement de leur contribution, laïcité oblige, l’institution se retrouve face à de graves difficultés financières, les dons ayant reculé de 40% ces six dernières années. État des lieux avec la présidente de l’EPG, Eva Di Fortunato.
La baisse des dons que reçoit l’EPG provient notamment d’une désaffection des croyants. Combien reste-t-il de membres contributeurs de l’EPG et combien en avez-vous perdu sur les 5 dernières années?
Il ne s’agit pas d’une désaffection des croyants. En réalité, nous peinons à remplacer les générations qui nous quittent. Selon l’Office fédéral de la statistique, il y a 38’000 réformés à Genève et 5000 foyers qui donnent directement à l’EPG, ce qui n’inclut pas les dons faits directement aux paroisses. Depuis 2017, nous avons perdu 900 foyers donateurs.
Vous misez actuellement sur l’immobilier de rendement ou l’aide des paroisses pour sauver les finances de l’EPG. L’évangélisation pourrait aussi être un moyen de ramener des croyants. Qu’est-il prévu de ce côté-là?
Chez les réformés, l’évangélisation de rue et le prosélytisme ne se pratiquent pas. Il s’agit, chez nous, de témoignage indirect. Évangéliser, pour nous, c’est simplement vivre sa foi et faire Église. Toutefois, nous avons prévu d’aller voir des gens hors de notre institution pour leur demander ce qu’ils attendent de nous. Une journée de travail est prévue en ce sens, en mars, avec l’aide du sociologue des religions Jörg Stolz, afin de déterminer le rôle d’une Église comme la nôtre dans un monde laïc. Nous avons également un projet autour des valeurs protestantes, afin de tenter de faire valoir notre spécificité réformée au milieu de la pluralité de religions et courants spirituels.
L’EPG a réalisé en 2019 une campagne d’affichage. Quels effets a-t-elle eu sur le plan financier et l’adhésion de nouveaux membres? Est-il possible que vous en relanciez une?
Cette campagne a eu un impact sur la notoriété de notre Église. Elle n’a toutefois pas été suivie par une augmentation des dons. Dans un futur proche, nous avons prévu de créer une brochure tout-ménage pour faire connaître les activités de notre Église, et nous sommes en train de refondre notre site Web.
Outre les répercussions sur les finances de l’Église, de quelle manière la loi sur la laïcité genevoise impacte-t-elle l’EPG?
J’ai l’impression que cette loi est une opportunité. C’est notamment grâce à cette dernière que certains services de l’Église, comme les aumôneries en hôpital ou en prison, offerts à la population sans distinction de confession, ont été reconnus d’utilité publique. Toutefois, avec cette loi, notre position au sein de la société n’est plus une donnée acquise mais requiert que nous démontrions notre pertinence au quotidien en termes d’utilité publique. En bref, nous devons être proactifs!
L’EPG est l’Église historique de Calvin, le grand réformateur. De fait, les Églises réformées romandes ont-elles à vos yeux également une responsabilité face à l’avenir de l’EPG?
Oui. Mais l’EPG a également une responsabilité envers les autres Églises romandes. Si elles restent dans leur coin, les Églises réformées n’ont d’ailleurs pas de futur. L’EPG bénéficie déjà du soutien financier d’un certain nombre d’Églises cantonales, tandis que certaines d’entre elles bénéficient de notre expérience en tant qu’Église réformée du canton le plus laïc de Suisse.
À la différence des Églises réformées, les Églises évangéliques sont pleines. Comment le comprenez-vous?
Je crois que c’est un fantasme. Les Églises évangéliques sont elles aussi confrontées au problème d’un monde post-chrétien. Toutes les Églises sont dans le même bateau. J’ai parlé à certains évangéliques qui m’ont dit accuser le coup d’une baisse des dons et peiner à enrôler les jeunes, c’est la même chose…
Toutefois, le dimanche, leurs églises sont pleines…
C’est que les évangéliques ont moins de lieux que nous! À Genève, l’EPG compte 33 paroisses! Ce qui montre qu’en termes structurels, il y a bien un défi à relever de notre côté.
Une megachurch réformée, ça vous plairait?
Pourquoi pas! Je n’ai pas de tabous. En tout cas, le défi de notre Église, c’est aussi cette implantation historique dans de si nombreuses communes. Car si nous nous regroupions par régions, nous aurions la même participation aux cultes que les évangéliques.
Cela voudrait donc dire moins de pasteurs…
De toute manière, cela arrive. 25 de nos pasteurs sur les 44 actuels partiront à la retraite dans les dix ans à venir. Nous aurons donc forcément à faire avec moins de ministres, la relève étant trop faible.
Selon différentes études, les Églises affichant une position conservatrice sont les plus pérennes. Y aurait-il également une composante de positionnement théologique pour un renouvellement réformé?
L’Église réformée ne va pas renoncer à sa théologie pour faire revenir du monde. L’identité réformée, c’est la liberté, la responsabilité et une éthique qui n’entre pas dans la chambre à coucher des gens. Nous n’exerçons aucune pression morale auprès de nos croyants et cela n’est pas prêt de changer.
En dehors du positionnement théologique, y aurait-il quelque chose à apprendre des évangéliques?
Oui. Leur souci de la vie communautaire est exemplaire.
Y a-t-il autre chose à revoir chez les réformés? Quelles pistes sont à envisager pour rendre l’Église protestante plus attractive?
Ce n’est pas l’Église que nous voulons rendre plus attractive, mais le message que nous annonçons. Ce qui est extrêmement important, c’est que les personnes engagées dans l’Église soient convaincues de la mission et de leur travail. Ce n’est que comme ça que nous pourrons mettre en avant la pertinence de notre message et l’attractivité du personnage de Jésus-Christ, le premier dans l’histoire du monde à prouver que de l’échec peut naître le succès et de la mort, la vie.
Campagne annuelle de financement 2026-2027 du Journal Chrétien
Le Journal Chrétien lance sa campagne de dons 2026-2027 pour financer sa plateforme de médias chrétiens visant à financer le site d'information Chretiens.com, l'application de ressources bibliques Bible.audio, et la chaîne de télévision chrétienne Chrétiens TV diffusée sur le canal 483 de Free en France. La concentration des médias aux mains d'un petit nombre d'acteurs économiques et de milliardaires représente une menace sur le pluralisme et l'indépendance de la presse.
Les dangers de la concentration des médias aux mains des milliardaires
A cause de la crise économique, de nombreux médias en difficulté financière ont été rachetés par des industriels puissants pour assurer leur survie. Les dangers de cette concentration des médias aux mains des milliardaires sont nombreux :
1. Menace sur le pluralisme et la diversité des opinions : En France, une poignée de milliardaires ou de grands groupes industriels (actifs dans le luxe, l'armement, le BTP ou les télécommunications) détiennent l'immense majorité des quotidiens nationaux, des chaînes de télévision et des radios. Cette emprise réduit la variété des points de vue, appauvrit le débat public et favorise les conflits d'intérêts.
2. Perte d'indépendance et autocensure des rédactions : Les journalistes risquent de subir des pressions directes ou indirectes de la part des actionnaires. De plus, les médias appartenant à des groupes industriels peuvent hésiter à enquêter de manière transparente sur les activités de leurs propres propriétaires ou de leurs partenaires économiques.
3. Uniformisation et baisse de la qualité de l'information : Pour des raisons de rentabilité, certains groupes privilégient des contenus à bas coût, comme des plateaux d'experts et des commentaires en continu, au détriment du travail d'investigation et de terrain.
Les églises évangéliques, une cible privilégiée des médias grand public
Le traitement des Églises évangéliques par les médias grand public suscite de vives tensions et est souvent perçu par les chrétiens et les instances représentatives comme un vecteur de stigmatisation ou de caricature.
Les critiques envers les médias traditionnels
1. Les amalgames et le sensationnalisme : Des reportages télévisés (comme celui d' Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » diffusé fin 2025) ont mis en lumière la vulnérabilité des églises évangéliques face à aux médias hostiles à ce courant du protestantisme.
Les institutions comme le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) et la Fédération Protestante de France (FPF) ont dénoncé des méthodes journalistiques contestables et des généralisations hâtives.
2. La méconnaissance du fait religieux : Les grands médias utilisent parfois un vocabulaire inadapté (confondant les pratiques, les rites ou la structure des petites églises locales avec de grandes mega-churches ou des mouvements ultra-minoritaires).
3. Le sentiment de rejet : Pour la majorité des communautés évangéliques, qui sont modestes et ancrées dans le bénévolat, ces portraits médiatiques renvoient une image de « monstres » ou de sectarisme éloignée de leur réalité quotidienne.
Le piège de l’uniformisation de l'information
L’uniformisation de l'information constitue un obstacle à un débat citoyen éclairé sur des sujets de société susceptibles d’intéresser la communauté chrétienne tels que :
1. l’éthique de la vie et de la famille (avortement et fin de vie, sexualité et genre, la place de la famille);
2. l’engagement citoyen et le vivre ensemble (participation civique, action caritative et humanitaire);
3. la sauvegarde de la Création (Ecologie) et l’éco-théologie qui invite les chrétiens à repenser leur style de vie et à agir pour la protection de l'environnement, perçue comme un mandat biblique de « gestion » de la Création confiée par Dieu;
4. les dérives et controverses médiatiques :
- Les dérives sectaires et l'emprise mentale : Les médias séculiers estiment que l’expansion rapide de nouvelles structures de type « méga-églises » suscite l'attention des autorités (comme la Miviludes en France) face aux risques d'emprise psychologique, de pressions financières (la dîme) ou d'abus spirituels.
- Les influences politiques : Certains reportages et enquêtes (notamment menés par des émissions comme Envoyé spécial) interrogent également les liens discrets qui existeraient entre des courants évangéliques radicaux et la sphère politique, y compris l'extrême droite.
Agissez avec notre plateforme de médias chrétiens !
Les instances protestantes et la communauté chrétienne ont vivement réagi contre les amalgames présentés à l'antenne à la suite de la diffusion du numéro d’Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » sur France 2 fin septembre 2025. Il a été reproché à l'émission des méthodes journalistiques qualifiées de contestables : montage à charge, questions orientées et absence d'experts nuancés.
Le reportage est accusé de réduire à des caricatures sectaires ou mercantiles la réalité des églises évangéliques et de généraliser des pratiques observées seulement dans certaines méga-églises.
Dans ce contexte, deux médias chrétiens, qui fonctionnent sans actionnaires milliardaires et sans subvention de l’Etat, offrent une information alternative fiable, en collaboration avec des agences de presse internationales.
1. Le Journal Chrétien, un service de presse en ligne reconnu par l’Etat
Le Journal Chrétien est historiquement le premier pure-player chrétien francophone dont le but est d’offrir au quotidien une information fiable et de qualité avec un regard chrétien.La ligne éditoriale du Journal Chrétien est généraliste, s’intéressant particulièrement aux actualités politiques, économiques, sportives et religieuses.
Il est le média chrétien le plus ancien et le plus lu dans Google actualités, principal canal de visibilité et d'audience pour les médias d'information en ligne.
Lorsqu’une église ou un pasteur doit faire face à des accusations calomnieuses dans le paysage médiatique ou devant les tribunaux français, les publications du Journal Chrétien sont toujours accueillies avec beaucoup de considération.

