Les pasteurs nigérians en danger ?
Les enlèvements et les assassinats de pasteurs et de prêtres par des islamistes sont devenus monnaie courante au Nigéria.
Bobbo Paschal est prêtre de la paroisse Saint-Étienne, à Kushe Gudu (zone de gouvernement local (LGA) de Kagarko, État fédéré de Kaduna), au nord du Nigéria. Il a été enlevé par des islamistes peuls aux premières heures du 17 novembre 2025, selon une déclaration du chancelier du diocèse catholique de Kaduna, Christian Okewu Emmanuel, en ajoutant : « Au cours de l’attaque, de nombreuses autres personnes ont été enlevées et le frère du révérend père Anthony Yero a été tué. »
Les enlèvements et les meurtres d’ecclésiastiques sont devenus endémiques depuis l’émergence de Boko Haram et d’autres groupes djihadistes au tournant du millénaire, et en particulier depuis la déclaration de Boko Haram en 2010 visant à éliminer les chrétiens.
Envoyer un message clair aux chrétiens
La décapitation du président de la Christian Association of Nigeria (CAN) de l’État fédéré d’Adamawa en janvier 2020 visait à envoyer un message clair à la communauté chrétienne.
L’enlèvement plus récent du révérend Paul Musa et de sa femme en 2023 dans l’État fédéré de Borno, dans le nord-est du pays, et leur captivité prolongée même après le versement d’une rançon, s’inscrit dans la continuité de la campagne menée de longue date par le groupe contre le christianisme.
Au début de cette année, Boko Haram a enlevé puis libéré un partenaire local de CSI, le père Alphonsus Afina, dans l’État fédéré de Borno.
Les milices peules copient les tactiques de Boko Haram
Dans la ceinture centrale, située entre le nord et le sud du Nigéria, les milices peules emploient des tactiques similaires.
« Des groupes terroristes islamiques radicaux tels que Boko Haram et les milices islamistes peules, qui ont été associées à Boko Haram, se sont lancés dans une campagne visant à tuer, détruire des biens et asservir les chrétiens, a déclaré à CSI Mark Mukan, ancien président de CAN dans la LGA de Bassa dans l’État fédéré de Plateau. Ils appauvrissent encore davantage les communautés en kidnappant des femmes chrétiennes, en les violant dans le but de les féconder avec des enfants musulmans et en forçant les villages à leur verser de l’argent. Il s’agit d’une campagne triste et dévastatrice contre les chrétiens du centre du Nigéria. »
La veuve du pasteur raconte sa torture
James Audu Issa était un pasteur qui a servi pendant vingt ans au sein de l’Evangelical Church Winning All (ECWA). Il a été enlevé dans son village d’Ekati, dans l’État fédéré de Kwara, au centre-ouest du Nigéria, par une milice islamiste peule, puis finalement tué.
Son épouse, Beshi James, a raconté sa souffrance à CSI par l’intermédiaire d’un interprète : des hommes armés ont fait irruption dans leur maison vers 23 heures le 27 août 2025 et ont emmené son mari. « Ils ont contacté la famille et ont exigé 100 millions de nairas [soit plus de 68 000 dollars américains]. Pendant environ quarante jours, nous avons négocié sans relâche », a-t-elle déclaré.
Les membres de l’Église, le village, la communauté, les membres de la famille et les dirigeants d’Église ont contribué à réunir les 5 millions de nairas finalement versés aux ravisseurs. « La nouvelle du meurtre du révérend James Issa a été dévastatrice pour le village », a déclaré le secrétaire du District Church Concil (DCC).
La famille n’a été informée de son décès qu’environ dix jours après les faits. « Les ravisseurs nous ont dit qu’il était mort, mais nous ne les avons pas crus. Nous avons exigé de parler à deux membres de l’Église qui avaient été enlevés avec lui », a déclaré Beshi James.
Contraints de creuser la tombe du pasteur
« Ce n’est qu’après le paiement de la rançon et leur libération que les deux membres d’Église ont confirmé qu’il avait été tué et qu’ils avaient été contraints de creuser sa tombe et de l’enterrer. Nous n’avons pas vu son corps, personne ne peut se rendre dans cette zone. Plus tard, les ravisseurs ont rappelé pour répéter qu’il était mort. »
Beshi James n’a pas pu retourner dans son village depuis l’enlèvement et le meurtre. Elle vit actuellement avec ses enfants dans un appartement loué dans la ville de Pategi.
Le secrétaire du DCC a déclaré à CSI que l’Église préparait un service commémoratif pour le pasteur James Audu Issa le 22 novembre 2025.
Des pasteurs tués, des membres d’Église enlevés
Le révérend Anthony Lamba a été enlevé le 24 juillet 2025, avec son épouse Christiana Anthony et une autre personne, Danlami Zana, alors qu’ils travaillaient dans leur ferme dans le sud de Kaduna. Un autre pasteur, Alari Alari, président du DCC de l’ECWA Kasuwan Magani, a déclaré : « Sa femme a ensuite été libérée après le paiement d’une rançon de 5 millions de nairas. Les ravisseurs ont ensuite exigé une moto. Alors que la communauté collectait des fonds pour l’acheter, les ravisseurs ont déclaré qu’Anthony Lamba était tombé gravement malade et était mort en captivité. »
De même, Yahaya Kambasaya, pasteur de l’United Church of Christ in Nigeria (UCCN), également connue sous le nom de HEKAN, a été tué lors d’une attaque le 28 octobre 2025 au cours de laquelle vingt fidèles ont été enlevés.
Le président d’UCCN, le révérend Amos Kiri, a déclaré : « Les bandits ont envahi la communauté et ont commencé à tirer, capturant de nombreuses personnes. Yahaya Kambasaya et quelques autres se sont cachés dans une ferme voisine jusqu’à la fin des coups de feu. Croyant que les assaillants étaient partis, il est sorti de sa cachette, mais a été abattu d’une balle dans le dos et il est mort sur le coup. »
Quelques jours plus tôt, le 19 octobre, quatre membres de la branche locale de l’Église HEKAN Kakude avaient été kidnappés. Ils sont toujours en captivité.
Abattu dans une église
Emmanuel Na’allah Auta, pasteur de l’Église baptiste Bege dans le village de Yaribori, dans l’État fédéré voisin de Katsina, au nord du Nigéria, a été tué le 11 juillet 2025 lors d’un service religieux en soirée.
Un membre d’Église a déclaré à CSI : « Une vingtaine d’islamistes peuls armés sont entrés dans l’église en tirant et en criant Allahu Akbar ! » Le révérend Na’allah s’est interposé entre les membres et les assaillants, demandant aux gens de rester calmes, mais ils l’ont abattu, ainsi qu’un autre membre, Samaila Gidan Taro, et ont emmené une femme. »
Cibler les pasteurs est « logique »
Selon Mark Mukan le fait que les islamistes ciblent les pasteurs et les responsables d’Églises s’inscrit dans leur stratégie globale.
« Pourquoi ne pas cibler les pasteurs, si l’objectif est de détruire l’Église et les chrétiens, comme Boko Haram et la milice djihadiste peule l’ont fait dans le centre et le nord-est du Nigéria ? Il est logique de s’en prendre aux pasteurs. »
Les partenaires de CSI notent que ce sont souvent les dirigeants chrétiens qui jouissent d’une grande considération au sein de leur communauté qui sont enlevés et tués, parfois même après le paiement d’une rançon. L’idée est de détacher la communauté de son centre, afin de faciliter la destruction de ces communautés chrétiennes.
Mark Mukan souligne que les enlèvements sont « lucratifs » pour les islamistes, car ils génèrent des richesses grâce aux rançons versées par les Églises et les communautés chrétiennes.
Campagne annuelle de financement 2026-2027 du Journal Chrétien
Le Journal Chrétien lance sa campagne de dons 2026-2027 pour financer sa plateforme de médias chrétiens visant à financer le site d'information Chretiens.com, l'application de ressources bibliques Bible.audio, et la chaîne de télévision chrétienne Chrétiens TV diffusée sur le canal 483 de Free en France. La concentration des médias aux mains d'un petit nombre d'acteurs économiques et de milliardaires représente une menace sur le pluralisme et l'indépendance de la presse.
Les dangers de la concentration des médias aux mains des milliardaires
A cause de la crise économique, de nombreux médias en difficulté financière ont été rachetés par des industriels puissants pour assurer leur survie. Les dangers de cette concentration des médias aux mains des milliardaires sont nombreux :
1. Menace sur le pluralisme et la diversité des opinions : En France, une poignée de milliardaires ou de grands groupes industriels (actifs dans le luxe, l'armement, le BTP ou les télécommunications) détiennent l'immense majorité des quotidiens nationaux, des chaînes de télévision et des radios. Cette emprise réduit la variété des points de vue, appauvrit le débat public et favorise les conflits d'intérêts.
2. Perte d'indépendance et autocensure des rédactions : Les journalistes risquent de subir des pressions directes ou indirectes de la part des actionnaires. De plus, les médias appartenant à des groupes industriels peuvent hésiter à enquêter de manière transparente sur les activités de leurs propres propriétaires ou de leurs partenaires économiques.
3. Uniformisation et baisse de la qualité de l'information : Pour des raisons de rentabilité, certains groupes privilégient des contenus à bas coût, comme des plateaux d'experts et des commentaires en continu, au détriment du travail d'investigation et de terrain.
Les églises évangéliques, une cible privilégiée des médias grand public
Le traitement des Églises évangéliques par les médias grand public suscite de vives tensions et est souvent perçu par les chrétiens et les instances représentatives comme un vecteur de stigmatisation ou de caricature.
Les critiques envers les médias traditionnels
1. Les amalgames et le sensationnalisme : Des reportages télévisés (comme celui d' Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » diffusé fin 2025) ont mis en lumière la vulnérabilité des églises évangéliques face à aux médias hostiles à ce courant du protestantisme.
Les institutions comme le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) et la Fédération Protestante de France (FPF) ont dénoncé des méthodes journalistiques contestables et des généralisations hâtives.
2. La méconnaissance du fait religieux : Les grands médias utilisent parfois un vocabulaire inadapté (confondant les pratiques, les rites ou la structure des petites églises locales avec de grandes mega-churches ou des mouvements ultra-minoritaires).
3. Le sentiment de rejet : Pour la majorité des communautés évangéliques, qui sont modestes et ancrées dans le bénévolat, ces portraits médiatiques renvoient une image de « monstres » ou de sectarisme éloignée de leur réalité quotidienne.
Le piège de l’uniformisation de l'information
L’uniformisation de l'information constitue un obstacle à un débat citoyen éclairé sur des sujets de société susceptibles d’intéresser la communauté chrétienne tels que :
1. l’éthique de la vie et de la famille (avortement et fin de vie, sexualité et genre, la place de la famille);
2. l’engagement citoyen et le vivre ensemble (participation civique, action caritative et humanitaire);
3. la sauvegarde de la Création (Ecologie) et l’éco-théologie qui invite les chrétiens à repenser leur style de vie et à agir pour la protection de l'environnement, perçue comme un mandat biblique de « gestion » de la Création confiée par Dieu;
4. les dérives et controverses médiatiques :
- Les dérives sectaires et l'emprise mentale : Les médias séculiers estiment que l’expansion rapide de nouvelles structures de type « méga-églises » suscite l'attention des autorités (comme la Miviludes en France) face aux risques d'emprise psychologique, de pressions financières (la dîme) ou d'abus spirituels.
- Les influences politiques : Certains reportages et enquêtes (notamment menés par des émissions comme Envoyé spécial) interrogent également les liens discrets qui existeraient entre des courants évangéliques radicaux et la sphère politique, y compris l'extrême droite.
Agissez avec notre plateforme de médias chrétiens !
Les instances protestantes et la communauté chrétienne ont vivement réagi contre les amalgames présentés à l'antenne à la suite de la diffusion du numéro d’Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » sur France 2 fin septembre 2025. Il a été reproché à l'émission des méthodes journalistiques qualifiées de contestables : montage à charge, questions orientées et absence d'experts nuancés.
Le reportage est accusé de réduire à des caricatures sectaires ou mercantiles la réalité des églises évangéliques et de généraliser des pratiques observées seulement dans certaines méga-églises.
Dans ce contexte, deux médias chrétiens, qui fonctionnent sans actionnaires milliardaires et sans subvention de l’Etat, offrent une information alternative fiable, en collaboration avec des agences de presse internationales.
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