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Démission suspecte à la tête des chrétiens protestants suisses

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Suite au départ intriguant de l’un des sept membres de l’Exécutif de l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS), l’Église vaudoise s’allie avec d’autres Églises cantonales du pays, pour réclamer des clarifications.
«Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on a affaire à une situation pour le moins nébuleuse», lâche Marie-Claude Ischer, présidente du Conseil synodal (exécutif) de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud (EERV). Le 24 avril, les délégués au Synode de l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS) ainsi que les présidences des Églises cantonales ont en effet appris, en deux temps, la démission de la pasteure Sabine Brändlin, membre du Conseil (exécutif) de l’EERS.

Dans un communiqué de presse, la pasteure bâloise annonçait sa soudaine démission en invoquant «des raisons personnelles ainsi que des divergences insurmontables». De son côté, le Conseil de l’EERS s’en est tenu à annoncer le départ «d’un de ses membres», sans le nommer, précisant juste que cette démission «est liée à un dossier en cours», duquel cette personne «s’est récusée à cause d’une possible partialité». «Pour des raisons de protection de la vie privée, aucune autre information ne peut être donnée pour le moment», conclut-il.

Des explications qui n’ont pas satisfait les directions des Églises réformées du pays, à l’instar de l’Église vaudoise qui a déposé une interpellation commune, avec les Églises d’Argovie, Berne-Jura-Soleure, Zurich et d’autres encore, pour réclamer des clarifications concernant «le conflit considérable» alors soupçonné au sein de leur Exécutif national.

Dossier ou comportement problématique?

«Ces explications très lacunaires et laconiques de la part de l’EERS nous laissent présager qu’il y a de grosses difficultés au sein du Conseil», formule à son tour Marie-Claude Ischer. Différents éléments viennent en effet renforcer la suspicion d’une affaire de taille, comme le soulève le texte de l’interpellation: «Contrairement à l’usage, la communication de l’EERS n’exprime par ailleurs aucun regret ni remerciement.»

Contactée par Protestinfo, la démissionnaire se refuse à tout commentaire. La présidente de l’Église vaudoise n’est pas vraiment surprise: «Je pense qu’elle est certainement muselée, qu’elle ne peut rien dire de plus, car ça risque de se retourner contre elle.» Dans leur interpellation, les Églises cantonales demandent d’ailleurs des précisions sur les termes employés par le communiqué de l’EERS. «Récusation, partialité, motifs personnels et protection de la vie privée relèvent de différents contextes juridique. De quel genre de dossier s’agit-il?» interrogent-ils.

«C’est la grande question», expose Marie-Claude Ischer. «S’agit-il d’un problème avec un dossier, ou ce conflit concerne-t-il une personne, ou le comportement d’une personne? Les incidences ne seront pas les mêmes.»

Mettre fin aux rumeurs

En tout, ce sont douze questions très pointues qui sont adressées au Conseil de l’EERS, comme par exemple «quelle personne est-il ici question de protéger?» , «qui réclame la « protection de la vie privée »?» mais aussi s’il faut s’attendre à ce que des moyens financiers soient réclamés pour de potentiels «frais d’avocat».

«Il nous paraissait important, en tant que l’une des quatre plus grandes Églises cantonales, de montrer notre souci de clarification face à cette démission étrange», exprime encore la présidente de l’EERV. «Ce manque d’information vient à laisser circuler les spéculations et autres rumeurs, ce qui n’est pas très sain», regrette-t-elle. «Ce d’autant plus qu’aura lieu dans un mois le premier synode (législatif) de la nouvelle EERS et que le moment était à la construction de l’avenir.»

De son côté, le Conseil de l’EERS promet d’«analyser les questions posées et de donner dans les délais requis réponse au Synode», qui se tiendra de manière virtuelle, le 15 juin.

Les questions de l’interpellation

1. Récusation, partialité, motifs personnels et protection de la vie personnelle sont des termes provenant de différents contextes juridiques. De quel genre de dossier s’agit-il?

2. S’agit-il d’un dossier concernant la gestion des affaires ou celle du personnel?

3. S’agissant d’un dossier relatif à la gestion du personnel : concerne-t-il un membre du Conseil et/ou le président ou une personne externe?

4. S’agissant d’un dossier relatif à la gestion des affaires: en quoi consiste la partialité d’un ou plusieurs membres du Conseil ?

5. Qui s’est récusé dans le cadre du dossier en question ? Est-ce que plusieurs personnes se sont récusées?

6. Dans quelle mesure s’agit-il de la « possible partialité » du membre du Conseil démissionnaire ? Pourquoi la partialité n’est-elle pas claire et entraîne-t-elle cependant l’obligation de se récuser ?

7. Est-ce que d’autres membres du Conseil sont concernés par la partialité ou une possible partialité dans ce dossier?

8. Qui réclame la «protection de la vie privée»? S’agit-il d’un membre du Conseil? Si oui, lequel?

9. À quel moment le Conseil envisage-t-il d’informer le Synode de manière exhaustive sur le contenu du dossier ?

10. Comment le Conseil évalue-t-il le risque de dégât d’image qu’encourent l’EERS et ses Eglises membres ?

11. Dans quelle mesure le Conseil et son président sont-ils capables d’agir afin aussi bien d’accomplir l’énorme travail qui attend la nouvelle EERS (champs d’activité, règlement sur les finances, œuvres d’entraide et missions, défis financiers, etc.) que de résoudre les problèmes supplémentaires liés à la pandémie de coronavirus ?

12. Est-ce que des moyens financiers additionnels seront réclamés, par exemple pour la communication (envisageables: agences de relations publiques ou de communication) et pour des frais d’avocat ? Si oui, de quelle ampleur, qui les autorise et qui paie pour cela?

MISE A JOUR: Dans un communiqué de presse, parvenu le 13 mai en début de soirée, la présidence du Synode de l‘Église évangélique réformée de Suisse EERS,  communique sa décision de modifier l’ordre du jour du Synode du 15 juin 2020, pour y ajouter un point relatif à la question de la démission du Conseil de l’EERS de Sabine Brändlin.
Après avoir constaté l’existence d’événements d’une grande portée et complexité, sur lesquels il est indispensable de faire la lumière, la présidence du Synode va proposer à ses membres de décider de l’institution d’une commission temporaire. Cette commission temporaire aura le mandat d’effectuer toutes les investigations nécessaires dans ce sens, de formuler des propositions de solutions et d’en rendre compte, en bonne et due forme au Synode de juin 2021.

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