Société Générale n’exclut pas de perdre ses actifs bancaires en Russie
PARIS/LONDRES (Reuters) – Société générale a averti jeudi d’un « scénario extrême » dans lequel la banque pourrait perdre la propriété de ses actifs bancaires en Russie où elle chiffre son exposition à 18,6 milliards d’euros.
L’invasion de l’Ukraine décidée par Moscou a provoqué une salve de sanctions des Etats-Unis et de l’Union européenne notamment à l’encontre de personnalités et entités russes et a poussé de nombreuses entreprises occidentales à se retirer de Russie.
« Le groupe est tout à fait en mesure d’absorber les conséquences d’un éventuel scénario extrême qui affecterait les droits de propriété sur ses actifs bancaires en Russie », a indiqué dans un communiqué Société générale.
Ce commentaire de la troisième plus grande banque cotée française illustre le risque de représailles de la part des autorités russes auquel est confronté le secteur financier, qui pourrait voir ses actifs en Russie purement et simplement confisqués.
La banque italienne Intesa a dit jeudi conduire une revue stratégique de sa présence en Russie et sa concurrente américaine Citigroup a prévenu pour sa part qu’elle pourrait faire face à plusieurs milliards de dollars de pertes sur ses activités dans le pays où son exposition atteint près de 10 milliards de dollars.
« L’exposition relativement importante de Société générale à la Russie jette une ombre sur les perspectives pour 2022 », ont souligné dans une note les analystes de DBRS Morningstar.
Même si Société générale se dit en mesure de faire face à une saisie de ses actifs en Russie, la banque française devrait néanmoins être affectée par l’impact économique des sanctions et une augmentation des défauts de ses clients russes.
« A ce stade, le groupe ne change pas sa cible de coût du risque et l’actualisera, le cas échéant, à l’occasion de la publication de ses résultats au premier trimestre 2022 », a-t-il indiqué jeudi.
Société générale estime que la perte éventuelle de ses actifs en Russie devrait coûter 50 points de base à son ratio CET1 qui atteignait 13,7% à fin décembre. Pour les analystes de DBRS Morningstar, le risque est gérable mais il devrait mettre la pression sur la banque pour restructurer ou réduire les coûts.
« GRANDE ATTENTION » À LA SITUATION
L’exposition de Société générale à la Russie, qui représente 1,7% de son exposition totale, se répartit entre 15,4 milliards d’euros comptabilisés dans SG Russie – qui regroupe les sociétés Rosbank, Rosbank Insurance et ALD automotive OOO Russia – et 3,2 milliards d’euros provenant d’expositions off-shore essentiellement constituées d’opérations mises en place dans le cadre des activités de financement de la banque de grande clientèle et solutions investisseurs.
« Le groupe assure avec la plus grande prudence et sélectivité la conduite de ses activités en Russie, en accompagnant ses clients historiques », a indiqué la banque, ajoutant suivre « avec la plus grande attention » le développement de la situation en Ukraine et en Russie.
La filiale Rosbank, détenue à 99,97% par Société générale, emploie environ 13.000 personnes en Russie et affiche cinq millions de clients.
Interrogé pour savoir si Société générale envisageait de sortir du marché russe ou de vendre Rosbank, un porte-parole n’a pas souhaité faire de commentaires sur ce sujet.
En 2021, les activités localisées en Russie ont représenté 2,8% du produit net bancaire en 2021 et 2,7% du résultat net de la banque.
Société générale a également une exposition de moins de 80 millions d’euros en Ukraine via sa filiale ALD.
A la Bourse de Paris, l’action Société générale gagnait 0,15% à 23,335 euros à 11h18 quand le CAC 40 reculait de 0,34% au même moment.
Depuis le lancement de l’offensive russe en Ukraine le 24 février, le cours de Bourse a chuté de plus de 24% contre un repli de près de 12% pour l’indice bancaire européen Stoxx.
(Reportage Blandine Hénault et Laurence White à Londres, avec la contribution de Julien Ponthus, édité par Jean-Stéphane Brosse et Sophie Louet)
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