Personne ne dirige le Liban, affirme le patron de la banque centrale
par Laila Bassam et Nafisa Eltahir
BEYROUTH (Reuters) – Le gouverneur de la banque centrale du Liban Riad Salamé a déclaré samedi que personne ne gouvernait le pays et a défendu sa décision de suspendre les subventions sur les carburants qui ont épuisé les réserves de devises, affirmant que le gouvernement pouvait résoudre le problème en modifiant le cadre législatif actuel.
Dans une interview diffusée samedi, Riad Salamé s’est défendu des accusations du gouvernement selon lesquelles il aurait agi seul en décidant la fin des subventions mercredi, affirmant que tout le monde savait que la décision allait être prise.
Alors que le Liban est plongé dans une crise profonde tant politique qu’économique, la crise du carburant, qui ne cesse de s’aggraver, a atteint un point critique, obligeant des hôpitaux, des boulangeries et des entreprises à réduire leurs opérations ou à fermer leurs portes faute de carburant.
Des violences ont éclaté sur les voies de ravitaillement, des manifestants ont bloqué des routes et des camions-citernes ont été volés cette semaine.
La décision de la banque centrale de mettre fin aux subventions, qui entraînera de fortes augmentations de prix, est le dernier épisode d’une crise financière qui a fait chuter la monnaie libanaise de 90% en moins de deux ans et qui a plongé plus de la moitié de la population dans la pauvreté.
Rias Salamé a déclaré que le Liban pourrait se redresser, sans toutefois pouvoir dire combien de temps prendrait ce redressement.
« Jusqu’à présent, vous n’avez personne pour diriger le pays », a-t-il déclaré à Radio Liban Libre.
Le bras-de-fer entre le gouvernement et Riad Salamé est une nouvelle illustration de l’incapacité de l’élite libanaise à sortir de la crise.
Pour continuer à fournir un soutien aux carburants et aux importations de première nécessité, la banque centrale libanaise a déclaré qu’elle avait besoin d’une législation pour permettre l’utilisation de la réserve obligatoire, une partie des dépôts qui doit être préservée en vertu de la loi.
« Nous disons à tout le monde: vous voulez dépenser la réserve obligatoire, nous sommes prêts, donnez-nous la loi. Cela prendra cinq minutes », a déclaré Riad Salamé.
(Reportage Nafisa Eltahir et Laila Bassam, version française Matthieu Protard)
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