La survie d’Airbus en question sans action immédiate
PARIS (Reuters) – Airbus a fait état de sombres perspectives liées à l’impact de la crise du coronavirus, demandant notamment à ses 135.000 salariés de se préparer à des coupes plus importantes que prévu car la survie du groupe est menacée s’il n’agit pas dans l’immédiat.
Dans une lettre adressée au personnel vendredi, et que Reuters a pu consulter, Guillaume Faury, le président exécutif d’Airbus, indique que l’avionneur européen « perd de l’argent à une vitesse inédite » et qu’une baisse d’un tiers ou plus de la production ne constitue pas le pire des scénarios, l’entreprise étant susceptible de réexaminer ce plan.
Sollicité, Airbus s’est refusé à tout commentaire.
Réagissant à la lettre de Guillaume Faury, le syndicat Force ouvrière, majoritaire dans le groupe européen, a mis en garde contre des licenciements secs.
« Dans toute crise, les grands groupes trouvent l’opportunité de réduire leurs coûts de structure. Il faut garder la tête froide. C’est une crise grave mais dont nous mesurerons l’impact dans quelques semaines et quelques mois, à l’été, quand on verra quelles compagnies ont tenu le coup et lesquelles ont coulé », a dit à Reuters Jean-François Knepper, délégué syndical central FO chez Airbus Avions.
« Nous sommes prêts à négocier socialement pour partager le travail entre les salariés mais nous refuserons toutes mesures drastiques sur l’emploi comme des licenciements secs », a-t-il ajouté.
Xavier Petrachi, délégué syndical CGT, a pour sa part estimé que « ce courrier préparait les esprits à un plan structurel de grande ampleur de même niveau que Power8 », un plan de restructuration lancé en 2007.
« Lors de Power8, il y a eu 5.000 suppressions d’emplois sans licenciement en interne et 5.000 suppressions d’emplois dans la sous-traitance », a-t-il rappelé. « On peut redouter un plan de même nature dans quelques mois », a-t-il ajouté.
RÉSULTATS DU T1 MERCREDI
A la Bourse de Paris, l’action Airbus reculait de 3,36% à 50,64 euros à quelques minutes de la clôture, signant l’une des plus fortes baisses du CAC 40.
Pour Howard Wheeldon, spécialiste de l’aéronautique, la lettre d’Airbus montre qu’il est peu probable que les commandes se redressent dans un proche avenir.
Le groupe aéronautique et de défense a commencé à mettre en place des mesures de chômage partiel pour 3.000 salariés en France, financées par l’Etat, « mais il se peut que nous devions prévoir des mesures supplémentaires », a dit Guillaume Faury.
« La survie d’Airbus est en jeu si nous n’agissons pas maintenant », a-t-il ajouté.
Selon des sources du secteur, un nouveau plan de restructuration inspiré de Power8 pourrait être mis en oeuvre cet été.
Guillaume Faury a pour sa part déclaré que le constructeur étudiait « toutes les options » et que les nouvelles mesures de production pourraient rester en place le temps de réévaluer la demande, qui pourrait prendre entre deux et trois mois.
D’après des sources proches du dossier, Airbus est également en intenses discussions avec plusieurs Etats en Europe sur les différents plans d’aide au secteur.
Airbus doit publier ses résultats du premier trimestre mercredi alors que dans la pandémie de coronavirus a mis les compagnies aériennes en grande difficulté et provoqué pratiquement une interruption des livraisons depuis la mi-mars.
(Avec Johanna Decorse à Toulouse, version française Camille Raynaud et Claude Chendjou)
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