Birmanie: Au moins douze morts lors de manifestations
(Reuters) – Douze personnes au moins ont été tuées par les forces de sécurité en Birmanie, ont rapporté des témoins et des médias locaux, alors que les opposants à la junte au pouvoir commémoraient le décès d’un étudiant en 1988 qui avait déclenché une révolte contre le pouvoir militaire de l’époque.
Lors d’un discours, le leader d’un gouvernement civil parallèle a promis de poursuivre ce qu’il a appelé une « révolution » pour renverser la junte.
Cinq manifestants sont morts et plusieurs autres ont été blessés lorsque la police a ouvert le feu contre un « sit-in » à Mandalay, la deuxième ville du pays, ont déclaré deux témoins à Reuters.
Une personne a été tuée à Pyay, dans le centre du pays et deux autres à Rangoun, la capitale économique, selon des médias.
«Ils agissent comme s’ils étaient dans une zone de guerre, avec des gens non armés», a déclaré Myat Thu, un manifestant à Mandalay, ajoutant que les morts comprenaient un enfant de 13 ans.
« Les forces de sécurité ont d’abord empêché l’ambulance d’arriver jusqu’aux personnes blessées et ne l’ont autorisée à le faire que plus tard », a déclaré à Reuters un manifestant de 23 ans qui a requis l’anonymat de crainte de représailles. « Le temps qu’elles l’autorisent, l’un des blessés était dans un état critique et il est décédé par la suite. »
Des appels avaient auparavant circulé sur les réseaux sociaux appelant la population à descendre dans la rue pour protester contre la junte et pour commémorer l’anniversaire de la mort en 1988 de Phone Maw, tué par balles par les forces de sécurité en 1988.
Sa mort et celle d’un autre étudiant quelques semaines plus tard avaient déclenché un vaste mouvement de contestation du gouvernement de l’époque, dont Aung San Suu Kyi avait été l’une des figures. On estime à 3.000 le nombre de personnes tuées dans la répression de ce mouvement par l’armée, qui dirigeait le pays depuis 1962.
Aung San Suu Kyi avait ensuite été assignée à résidence, une mesure qui n’avait été levée qu’en 2008, lorsque les militaires s’étaient engagés sur la voie de réformes démocratiques très progressives.
Le parti de l’opposante, la Ligue nationale pour la démocratie, a ensuite remporté les élections législatives en 2015 puis l’an dernier, mais cette dernière victoire a été contestée par l’armée, qui a renversé le gouvernement le mois dernier.
Le mouvement déclenché par ce coup d’Etat a fait plus de 70 morts et environ 2.000 personnes ont été arrêtées selon l’Association d’assistance aux prisonniers politiques, une organisation de défense des droits humains.
Les dirigeants des Etats-Unis, de l’Inde, de l’Australie et du Japon se sont engagés vendredi à coopérer pour favoriser la restauration de la démocratie en Birmanie.
Un porte-parole de la junte n’a pas répondu à des appels téléphoniques de Reuters sollicitant un commentaire.
Vendredi, les autorités britanniques ont prié leurs ressortissants de quitter la Birmanie en déclarant que « les tensions politiques et les troubles se propagent depuis la prise du pouvoir par les militaires. »
La Corée du Sud a annoncé de son côté la suspension des accords de défense avec la Birmanie et un réexamen de son aide au développement. Et la Russie s’est dite préoccupée par la montée de la violence, ajoutant analyser » une éventuelle suspension de sa coopération avec l’armée birmane.
(Bureaux de Reuters, Raju Gopalakrishnan; version française Camille Raynaud, Marc Angrand et Matthieu Protard)
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