Russie et Ukraine discutent à Abou Dhabi des territoires, pas de compromis en vue
KYIV/MOSCOU, 23 janvier (Reuters) – Les négociateurs ukrainiens et russes ont mis un terme vendredi à Abou Dhabi à la première journée de négociations qui doivent aborder l’hypothèse d’éventuelles concessions territoriales, mais aucun des deux camps ne semble disposé à céder sur ce point crucial pour mettre un terme au conflit qui dure depuis près de quatre ans.
La première journée de discussions, auxquelles sont associés des représentants américains, s’est terminée vendredi soir, selon une source proche du dossier. Une deuxième et dernière journée de négociations doit s’ouvrir samedi.
Les discussions ont porté sur les paramètres pour mettre fin à la guerre et sur « la logique future du processus de négociation », a déclaré Roustem Oumerov, le chef de la délégation ukrainienne.
Kyiv fait face à une pression accrue de la part de Washington afin de conclure un accord de paix avec Moscou. La Russie exige que l’Ukraine cède la totalité de la région du Donbass, dans l’est du pays, contrôlée à 90% par les troupes russes, avant même que ne cessent les combats.
« La question du Donbass est cruciale. La manière dont les trois parties envisagent la situation sera discutée aujourd’hui (vendredi) et demain (samedi) à Abou Dhabi », a déclaré le président ukrainien lors d’un échange avec des journalistes sur WhatsApp.
Le président russe Vladimir Poutine exige une cession totale de l’oblast de Donetsk, zone du Donbass contrôlée à 20% par les forces ukrainiennes, ce à quoi s’oppose Volodimir Zelensky.
Vendredi, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a déclaré que l’insistance de la Russie pour une cession du Donbass par l’Ukraine était « une condition essentielle ».
Selon une source proche du Kremlin à Reuters, Moscou estime que les négociations doivent s’appuyer sur la « formule d’Anchorage » convenue entre Donald Trump et Vladimir Poutine lors de leur sommet en Alaska en août dernier. Cette dernière implique le contrôle par la Russie de l’ensemble du Donbass et le gel des lignes de front actuelles ailleurs dans l’est et le sud de l’Ukraine.
GARANTIES SÉCURITAIRES POUR KYIV
La réunion à Abou Dhabi intervient alors que Volodimir Zelensky a rencontré jeudi Donald Trump en marge du Forum économique mondial de Davos, en Suisse.
Le dirigeant ukrainien a indiqué, au terme de la réunion, que les détails des garanties sécuritaires pour l’Ukraine dans le cadre d’un accord de paix avec la Russie avaient été finalisés, mais que la question des territoires restait à résoudre.
L’Ukraine a demandé à ses alliés de solides garanties de sécurité en cas d’accord de paix afin d’empêcher la Russie d’envahir à nouveau son territoire. Selon Kyiv, un accord sur les garanties de sécurité américaines est prêt et il ne manque plus que la signature de Donald Trump.
Volodimir Zelensky a assuré vendredi que les partenaires européens de Kyiv seraient informés à l’issue de la réunion à Abou Dhabi.
Vladimir Poutine a reçu jeudi soir à Moscou trois émissaires américains pour des discussions sur le plan de paix chapeauté par l’administration de Donald Trump.
Ces discussions, qui ont duré près de quatre heures, ont été utiles et très franches, a déclaré le conseiller diplomatique du président russe, Iouri Ouchakov.
« Il a été rappelé durant ces discussions entre notre président et les Américains que sans résoudre la question territoriale selon la formule convenue à Anchorage, il n’y a aucun espoir de parvenir à un règlement à long terme », a-t-il dit.
La Russie est « sincèrement intéressée » par une solution diplomatique, a-t-il assuré, ajoutant toutefois que Moscou continuerait de « poursuivre sans relâche les objectifs de son opération militaire spéciale » d’ici là.
(Anna Pruchnicka à Kyiv, Dmitry Antonov à Moscou, rédigé par Mark Trevelyan à Londres, avec Maxim Rodionov et Filipp Lebedev à Londres, Anastasia Lyrchikova à Moscou et Ron Popeski à Winnipeg; version française Camille Raynaud et Claude Chendjou, édité par Blandine Hénault et Kate Entringer)
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