Rire de la Bible, le pari osé d’une série israélienne
Rendre l’héritage biblique aux laïcs grâce à l’humour, c’est le projet de la série israélienne «The Jews are Coming» – co-écrite par ailleurs par une Bernoise d’origine. Une désacralisation qui suscite la colère de l’establishment religieux.
Près de deux mille religieux en colère, voilà ce que l’on pouvait voir le 17 août devant les locaux de la chaîne publique israélienne Kan à Jérusalem. Ils venaient protester contre la série satirique The Jews are Coming, diffusée depuis 2014 et qui tourne en dérision tous les thèmes fondateurs de l’identité juive et israélienne, de la Shoah à l’antisémitisme et du sionisme… à la Bible. On peut voir par exemple Moïse assommer une de ses ouailles à coup de Tables de la Loi, excédé par les questions des Hébreux au moment du don des dix commandements.
Ce ton profondément irrévérencieux a irrité plus d’une fois, mais cet été, c’était la première fois qu’une mobilisation publique de cette ampleur se tenait. Les participants y ont dénoncé une tentative de «perturber l’esprit des juifs», une manière de «nous faire oublier qui nous sommes», selon les mots d’un parlementaire israélien issu de la droite religieuse. De nombreuses menaces ont par ailleurs adressées au directeur de la télévision, qui a porté plainte auprès de la police. Le procureur général de l’État d’Israël Avichaï Mendelblit a, de son côté, été saisi pour qu’il interdise le show au nom de l’offense publique à la foi ou aux sentiments religieux, interdite par le code pénal. «Que voulez-vous que je dise à propos de cette série scandaleuse? Je ne perdrai pas mon temps à commenter ce film insultant pour ma foi!» s’est exclamé le juge rabbinique Yossef Carmel lorsqu’on lui a demandé une réaction, avant de boucler le téléphone.
Repli identitaire
Rassembler 1500 manifestants alors que les épisodes de The Jews are Coming ont été visionnés plus de 18 millions de fois sur YouTube et comptent des fans jusqu’en Iran peut sembler anecdotique. L’événement témoigne cependant de la détermination des conservateurs à imposer leur lecture de la Bible aux juifs israéliens. Et avant tout, aux écoliers. C’est ainsi que les liens menant à deux sketches de la série ont disparu du site du Ministère de l’Éducation début août, après les pressions d’un parlementaire du parti religieux Shas. Certains enseignants d’histoire biblique ont dénoncé dans une lettre la «violation de la liberté académique et pédagogique du système éducatif».
L’affaire n’étonne pas Noga Brenner Samia, directrice de l’association Hillel Israel, qui encourage les jeunes à explorer la diversité des modes d’expression de la religion juive. «Le système éducatif israélien tombe aux mains du mouvement religieux sioniste, qui mène une véritable campagne d’endoctrinement. Comme si être un bon juif et un bon citoyen israélien revenait forcément à être un partisan de la colonisation et d’une pratique orthodoxe du judaïsme», s’insurge-t-elle.
Analyste à l’Institut pour la démocratie en Israël, Yaïr Sheleg voit, de son côté, un paradoxe dans les attaques envers la série satirique. «Les mouvements religieux, en Israël comme ailleurs, se perçoivent comme les victimes d’une société toujours plus libérale, alors qu’en réalité leur pouvoir augmente grâce au repli identitaire que l’on observe actuellement un peu partout», observe ce spécialiste du sionisme religieux. En résulte des attaques «toujours plus virulentes contre la société civile, avec l’appui des politiciens», affirme Yaïr Sheleg.
Une Bernoise aux commandes
Mais rien ne saurait décourager les scénaristes Assaf Beiser et Natalie Marcus – d’ailleurs Suissesse par ses parents, originaires du canton de Berne. Avec The Jews are Coming, ils ont fait preuve d’une «houtspa» («insolence» en hébreu) sans limite. «Assaf et moi avons deux passions: les Monthy Pythons… et les histoires bibliques», raconte Natalie Marcus. L’Israélienne raconte que l’idée d’écrire la série leur est venue en échangeant sur ce qui les faisait rire le plus. «On a réalisé que la cerise sur le gâteau, pour nous, c’était quand un sketch parlait de la Bible. Alors pourquoi ne pas s’offrir uniquement les cerises?»
Natalie Marcus a grandi dans une famille laïque mais revendique une bonne connaissance de la Bible. «En Israël, même si tu es athée, tu dois l’étudier dix ans à l’école et tu célèbres les fêtes religieuses avant même de souffler tes bougies d’anniversaire!» Elle qui se définit comme «agnostique mais certainement pas anti-religieuse» a revisité intensément cet héritage au moment d’écrire les sketches. Assaf Beiser et moi avons fait comme les rabbins. On s’est assis dans une pièce, on a ouvert la Bible et on a essayé de comprendre!» À la différence que les deux complices ont choisi de mettre en valeur les contradictions du texte au lieu de les résoudre, et d’en exposer les héros avec une joyeuse irrévérence.
Chacun pour son grade
«Ceux qui nous en veulent, ce sont les leaders, pas le peuple. La majorité des juifs très religieux ne regardent ni Internet, ni la télévision», rappelle Natalie Marcus. Ce qu’elle revendique, c’est une démarche visant à «désacraliser le religieux à travers l’humour. Les Israéliens nous écrivent pour nous remercier: grâce à nous, ils redécouvrent les passages du texte biblique dont on leur avait parlé à l’école. Ils rigolent puis ils vont sur Wikipédia pour en savoir plus. On leur a rendu leur histoire.»
Elle rappelle par ailleurs que le rire fait partie de l’essence même de l’histoire juive: «Le temps et les tragédies ont donné naissance à la comédie.» L’antisémitisme et les criminels nazis ne sont d’ailleurs pas oubliés dans The Jews are Coming. Un sketch montre par exemple l’exécution d’Adolf Eichmann. Excédé par les débats de ses bourreaux israéliens autour de la longueur de la corde qui doit le pendre, il finit par les traiter d’amateurs. Là, de vieux rabbins s’engueulent lors d’une réunion secrète sur le dessin de poulpe censé représenter leur mainmise sur le monde… Un pied de nez doux-amer aux préjugés et à la haine.
Campagne annuelle de financement 2026-2027 du Journal Chrétien
Le Journal Chrétien lance sa campagne de dons 2026-2027 pour financer sa plateforme de médias chrétiens visant à financer le site d'information Chretiens.com, l'application de ressources bibliques Bible.audio, et la chaîne de télévision chrétienne Chrétiens TV diffusée sur le canal 483 de Free en France. La concentration des médias aux mains d'un petit nombre d'acteurs économiques et de milliardaires représente une menace sur le pluralisme et l'indépendance de la presse.
Les dangers de la concentration des médias aux mains des milliardaires
A cause de la crise économique, de nombreux médias en difficulté financière ont été rachetés par des industriels puissants pour assurer leur survie. Les dangers de cette concentration des médias aux mains des milliardaires sont nombreux :
1. Menace sur le pluralisme et la diversité des opinions : En France, une poignée de milliardaires ou de grands groupes industriels (actifs dans le luxe, l'armement, le BTP ou les télécommunications) détiennent l'immense majorité des quotidiens nationaux, des chaînes de télévision et des radios. Cette emprise réduit la variété des points de vue, appauvrit le débat public et favorise les conflits d'intérêts.
2. Perte d'indépendance et autocensure des rédactions : Les journalistes risquent de subir des pressions directes ou indirectes de la part des actionnaires. De plus, les médias appartenant à des groupes industriels peuvent hésiter à enquêter de manière transparente sur les activités de leurs propres propriétaires ou de leurs partenaires économiques.
3. Uniformisation et baisse de la qualité de l'information : Pour des raisons de rentabilité, certains groupes privilégient des contenus à bas coût, comme des plateaux d'experts et des commentaires en continu, au détriment du travail d'investigation et de terrain.
Les églises évangéliques, une cible privilégiée des médias grand public
Le traitement des Églises évangéliques par les médias grand public suscite de vives tensions et est souvent perçu par les chrétiens et les instances représentatives comme un vecteur de stigmatisation ou de caricature.
Les critiques envers les médias traditionnels
1. Les amalgames et le sensationnalisme : Des reportages télévisés (comme celui d' Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » diffusé fin 2025) ont mis en lumière la vulnérabilité des églises évangéliques face à aux médias hostiles à ce courant du protestantisme.
Les institutions comme le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) et la Fédération Protestante de France (FPF) ont dénoncé des méthodes journalistiques contestables et des généralisations hâtives.
2. La méconnaissance du fait religieux : Les grands médias utilisent parfois un vocabulaire inadapté (confondant les pratiques, les rites ou la structure des petites églises locales avec de grandes mega-churches ou des mouvements ultra-minoritaires).
3. Le sentiment de rejet : Pour la majorité des communautés évangéliques, qui sont modestes et ancrées dans le bénévolat, ces portraits médiatiques renvoient une image de « monstres » ou de sectarisme éloignée de leur réalité quotidienne.
Le piège de l’uniformisation de l'information
L’uniformisation de l'information constitue un obstacle à un débat citoyen éclairé sur des sujets de société susceptibles d’intéresser la communauté chrétienne tels que :
1. l’éthique de la vie et de la famille (avortement et fin de vie, sexualité et genre, la place de la famille);
2. l’engagement citoyen et le vivre ensemble (participation civique, action caritative et humanitaire);
3. la sauvegarde de la Création (Ecologie) et l’éco-théologie qui invite les chrétiens à repenser leur style de vie et à agir pour la protection de l'environnement, perçue comme un mandat biblique de « gestion » de la Création confiée par Dieu;
4. les dérives et controverses médiatiques :
- Les dérives sectaires et l'emprise mentale : Les médias séculiers estiment que l’expansion rapide de nouvelles structures de type « méga-églises » suscite l'attention des autorités (comme la Miviludes en France) face aux risques d'emprise psychologique, de pressions financières (la dîme) ou d'abus spirituels.
- Les influences politiques : Certains reportages et enquêtes (notamment menés par des émissions comme Envoyé spécial) interrogent également les liens discrets qui existeraient entre des courants évangéliques radicaux et la sphère politique, y compris l'extrême droite.
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Les instances protestantes et la communauté chrétienne ont vivement réagi contre les amalgames présentés à l'antenne à la suite de la diffusion du numéro d’Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » sur France 2 fin septembre 2025. Il a été reproché à l'émission des méthodes journalistiques qualifiées de contestables : montage à charge, questions orientées et absence d'experts nuancés.
Le reportage est accusé de réduire à des caricatures sectaires ou mercantiles la réalité des églises évangéliques et de généraliser des pratiques observées seulement dans certaines méga-églises.
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