Présidentielle 2022: Comment appréhender le vote des chrétiens?
Alors que le Conseil constitutionnel vient de publier la liste officielle des 12 candidats à la présidentielle, comment appréhender le vote des chrétiens? Existe-t-il en France, comme aux États-Unis, une «droite chrétienne»? Et pourrait-elle influencer les prochaines élections? Analyses.
«Je ne prends que très rarement position sur les débats de société et la politique » annonce sur Facebook le pasteur Ivan Carluer, à la tête d’une megachurch pentecôtiste très métissée en région parisienne. «La dernière fois, c’était pour exprimer mon indignation sur le meurtre de George Floyd. Hier soir (23 février, ndlr), une grande majorité de députés, de mon pays, ont décidé d’autoriser le meurtre d’enfants jusqu’à la 14ème semaine dans le ventre de leur mère. Que dire? C’est abominable.» À titre personnel, Ivan Carluer ne votera pas pour un député qui a approuvé cette loi.
Son suffrage et celui d’autres chrétiens, catholiques et protestants, y compris évangéliques, pèsera-t-il suffisamment lourd pour influencer les élections présidentielles d’avril et législatives de juin? Existe-t-il en France une «droite chrétienne»? Selon le sociologue Claude Dargent, chercheur à Sciences-Po, «les catholiques pratiquants français votent massivement à droite», alors que les protestants sont réputés ancrés à gauche.
Pourquoi un tel clivage? Pour le diacre catholique Guillaume Houdan, chargé de mission auprès du monde politique et des élus pour le diocèse de Rouen, «un catholique convaincu trouvera ses convictions mieux défendues à droite, notamment sur les questions de bioéthique, de famille et de propriété. La pensée sociale de l’Église estime qu’une personne propriétaire de ses biens est plus libre de ses actes.» A contrario, du côté des protestants, l’importance de «l’écologie, l’attention portée à l’accueil des réfugiés et à la pauvreté» les font pencher à gauche, selon le pasteur réformé François Clavairoly, président de la Fédération Protestante de France.
Vote protestant divisé
Néanmoins, cette coloration du vote protestant s’est récemment estompée: «Le protestantisme français est de plus en plus constitué de personnes qui votent dans le sens de l’ensemble du corps électoral français», poursuit François Clavairoly. Ainsi, depuis une vingtaine d’années, les protestants français ne se différencient plus du reste des Français dans leur manière de voter.
En cause, l’importance des différences, aujourd’hui, à l’intérieur du protestantisme. Selon Claude Dargent, «les évangéliques ne sont pas historiquement structurés par un attachement à la gauche comme le protestantisme réformé. Au contraire, leurs valeurs les orientent plutôt vers la droite.» Ainsi, un récent sondage des associations familiales protestantes indique que 36 % des évangéliques votent à droite, 22% au centre et 5% à gauche.
Avec une inconnue de taille, précise François Clavairoly: les évangéliques issus des migrations sont «conservateurs sur les questions éthiques et morales» et en même temps très sensibles aux questions de pauvreté, d’exclusion» et «soucieux d’hospitalité». Comme l’incarnent d’ailleurs les deux prises de position politiques du pasteur Ivan Carluer, révolté contre le racisme lors de l’assassinat de George Floyd et contre l’avortement.
«Conservateurs» versus «Insoumis»
Comment expliquer la préférence des évangéliques pour la droite? Pour le pasteur Thierry Le Gall, directeur du service pastoral du Conseil national des évangéliques de France (CNEF) auprès des parlementaires, les chrétiens sont majoritairement conservateurs parce que, pour eux, «l’héritage du christianisme a façonné la société française ; cet héritage est bon et il faut le conserver car il est porteur de cohésion sociale, notamment à travers la protection de la famille, de l’autorité parentale et de la souveraineté nationale. »
Cela ne veut nullement dire que les chrétiens votant pour un candidat très à gauche comme Jean-Luc Mélenchon sont rares. Au contraire, Jean-Luc Mélenchon s’appuie sur un héritage chrétien certain dans son propre parcours, et en connaît bien l’histoire. Néanmoins, sa «posture « insoumise » un peu agressive vis-à-vis des religions et ses propositions économiques considérées comme peu viables» n’en font pas un candidat majoritaire chez les protestants, estime François Clavairoly.
Libéral, sur le plan économique et des mœurs
À toutes ces considérations, il faut ajouter un élément complètement nouveau dans le paysage politique français: l’émergence du mouvement «En Marche» d’Emmanuel Macron, qui a tenté de dépasser les clivages traditionnels droite/gauche en créant un parti au centre. Un pari réussi, qui a séduit de nombreux chrétiens, catholiques et protestants, dont des évangéliques. Thierry Le Gall fait remarquer à ce titre que les quatre députés évangéliques que compte la France sont tous affilés à la République en Marche. Guillaume Houdan en connaît aussi chez les catholiques. Le diacre analyse: «L’orientation politique d’Emmanuel Macron est libérale, tant au niveau économique que des mœurs. La question bioéthique a été très tendue au sein de la majorité, et certains députés catholiques ont mangé leur chapeau.»
Certains chrétiens ne sont-ils pas, alors, tentés par la création d’un parti politique qui leur soit propre? Deux tentatives ont émergé au début des années 200 : le Parti Chrétien-Démocrate fondé en 2001 par Christine Boutin, et le Parti Républicain Chrétien fondé en 2005 par Patrick Giovanonni. Aucun n’a réussi à percer dans l’arène politique. «En France, il n’y a pas de parti qui incarne les chrétiens», observe Guillaume Houdan. «Ils se dispersent dans les partis existants, et c’est tant mieux..
Comment leur vote pèsera-t-il lors des élections du printemps? Verdict le 24 avril pour les présidentielles et le 19 juin pour les législatives.
Les chrétiens face à la tentation zemmourienne
Le candidat d’extrême-droite Eric Zemmour, qui cherche à valoriser les «racines chrétiennes de la France», saura-il gagner les suffrages des chrétiens de droite en France? Selon Claude Dargent, «son positionnement séduit fatalement les nostalgiques d’une France où le christianisme était triomphant». Il dispose donc d’une oreille particulièrement attentive chez «une partie des catholiques, en désarroi vis-à-vis de leur identité», commente Guillaume Houdan. Mais le diacre rappelle qu’Eric Zemmour a clairement reconnu être «pour l’Église» mais « contre le Christ ». Sa posture ne serait donc qu’une «instrumentalisation», car «derrière le cadre identitaire, ne se trouve pas l’Évangile». Thierry Le Gall reconnaît également un risque d’instrumentalisation chez les évangéliques, mais François Clavairoly se veut rassurant: «L’attachement des évangéliques au Christ» est trop important, «plus le temps passe, plus ils exerceront leur discernement».
Campagne annuelle de financement 2026-2027 du Journal Chrétien
Le Journal Chrétien lance sa campagne de dons 2026-2027 pour financer sa plateforme de médias chrétiens visant à financer le site d'information Chretiens.com, l'application de ressources bibliques Bible.audio, et la chaîne de télévision chrétienne Chrétiens TV diffusée sur le canal 483 de Free en France. La concentration des médias aux mains d'un petit nombre d'acteurs économiques et de milliardaires représente une menace sur le pluralisme et l'indépendance de la presse.
Les dangers de la concentration des médias aux mains des milliardaires
A cause de la crise économique, de nombreux médias en difficulté financière ont été rachetés par des industriels puissants pour assurer leur survie. Les dangers de cette concentration des médias aux mains des milliardaires sont nombreux :
1. Menace sur le pluralisme et la diversité des opinions : En France, une poignée de milliardaires ou de grands groupes industriels (actifs dans le luxe, l'armement, le BTP ou les télécommunications) détiennent l'immense majorité des quotidiens nationaux, des chaînes de télévision et des radios. Cette emprise réduit la variété des points de vue, appauvrit le débat public et favorise les conflits d'intérêts.
2. Perte d'indépendance et autocensure des rédactions : Les journalistes risquent de subir des pressions directes ou indirectes de la part des actionnaires. De plus, les médias appartenant à des groupes industriels peuvent hésiter à enquêter de manière transparente sur les activités de leurs propres propriétaires ou de leurs partenaires économiques.
3. Uniformisation et baisse de la qualité de l'information : Pour des raisons de rentabilité, certains groupes privilégient des contenus à bas coût, comme des plateaux d'experts et des commentaires en continu, au détriment du travail d'investigation et de terrain.
Les églises évangéliques, une cible privilégiée des médias grand public
Le traitement des Églises évangéliques par les médias grand public suscite de vives tensions et est souvent perçu par les chrétiens et les instances représentatives comme un vecteur de stigmatisation ou de caricature.
Les critiques envers les médias traditionnels
1. Les amalgames et le sensationnalisme : Des reportages télévisés (comme celui d' Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » diffusé fin 2025) ont mis en lumière la vulnérabilité des églises évangéliques face à aux médias hostiles à ce courant du protestantisme.
Les institutions comme le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) et la Fédération Protestante de France (FPF) ont dénoncé des méthodes journalistiques contestables et des généralisations hâtives.
2. La méconnaissance du fait religieux : Les grands médias utilisent parfois un vocabulaire inadapté (confondant les pratiques, les rites ou la structure des petites églises locales avec de grandes mega-churches ou des mouvements ultra-minoritaires).
3. Le sentiment de rejet : Pour la majorité des communautés évangéliques, qui sont modestes et ancrées dans le bénévolat, ces portraits médiatiques renvoient une image de « monstres » ou de sectarisme éloignée de leur réalité quotidienne.
Le piège de l’uniformisation de l'information
L’uniformisation de l'information constitue un obstacle à un débat citoyen éclairé sur des sujets de société susceptibles d’intéresser la communauté chrétienne tels que :
1. l’éthique de la vie et de la famille (avortement et fin de vie, sexualité et genre, la place de la famille);
2. l’engagement citoyen et le vivre ensemble (participation civique, action caritative et humanitaire);
3. la sauvegarde de la Création (Ecologie) et l’éco-théologie qui invite les chrétiens à repenser leur style de vie et à agir pour la protection de l'environnement, perçue comme un mandat biblique de « gestion » de la Création confiée par Dieu;
4. les dérives et controverses médiatiques :
- Les dérives sectaires et l'emprise mentale : Les médias séculiers estiment que l’expansion rapide de nouvelles structures de type « méga-églises » suscite l'attention des autorités (comme la Miviludes en France) face aux risques d'emprise psychologique, de pressions financières (la dîme) ou d'abus spirituels.
- Les influences politiques : Certains reportages et enquêtes (notamment menés par des émissions comme Envoyé spécial) interrogent également les liens discrets qui existeraient entre des courants évangéliques radicaux et la sphère politique, y compris l'extrême droite.
Agissez avec notre plateforme de médias chrétiens !
Les instances protestantes et la communauté chrétienne ont vivement réagi contre les amalgames présentés à l'antenne à la suite de la diffusion du numéro d’Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » sur France 2 fin septembre 2025. Il a été reproché à l'émission des méthodes journalistiques qualifiées de contestables : montage à charge, questions orientées et absence d'experts nuancés.
Le reportage est accusé de réduire à des caricatures sectaires ou mercantiles la réalité des églises évangéliques et de généraliser des pratiques observées seulement dans certaines méga-églises.
Dans ce contexte, deux médias chrétiens, qui fonctionnent sans actionnaires milliardaires et sans subvention de l’Etat, offrent une information alternative fiable, en collaboration avec des agences de presse internationales.
1. Le Journal Chrétien, un service de presse en ligne reconnu par l’Etat
Le Journal Chrétien est historiquement le premier pure-player chrétien francophone dont le but est d’offrir au quotidien une information fiable et de qualité avec un regard chrétien.La ligne éditoriale du Journal Chrétien est généraliste, s’intéressant particulièrement aux actualités politiques, économiques, sportives et religieuses.
Il est le média chrétien le plus ancien et le plus lu dans Google actualités, principal canal de visibilité et d'audience pour les médias d'information en ligne.
Lorsqu’une église ou un pasteur doit faire face à des accusations calomnieuses dans le paysage médiatique ou devant les tribunaux français, les publications du Journal Chrétien sont toujours accueillies avec beaucoup de considération.

