Les nouveaux robots IA se déploient mais ne plaisent pas aux jeunes
par Adam Jourdan
LONDRES, 20 mai (Reuters) – La révolution de l’IA est bien là, ce qui n’empêche pas les critiques de se faire de plus en plus virulentes.
Alors que l’intelligence artificielle redessine les industries et les marchés à travers le monde, un sentiment d’appréhension s’installe chez les jeunes « nés avec numérique » et faisant leur entrée sur le marché du travail.
Ils craignent en effet l’impact de l’IA sur l’emploi et la vie quotidienne à mesure que ChatGPT, Claude et Gemini deviennent des noms de plus en plus familiers.
Dans un discours prononcé cette semaine, l’ancien PDG de Google, Eric Schmidt, a dit devant des étudiants de l’université d’Arizona que l’impact de l’IA serait « plus important, plus rapide et aurait plus de répercussions » que tout ce qui avait précédé.
« Elle touchera toutes les professions, toutes les salles de classe, tous les hôpitaux, tous les laboratoires, chaque personne et toutes vos relations », a-t-il alors ajouté, s’attirant quelques huées dans l’assemblée.
Les craintes exprimées par les jeunes ont été confortées par l’annonce faite mardi par la banque Standard Chartered, qui prévoit de supprimer plus de 7.000 emplois avec le déploiement de l’IA, cette dernière devant remplacer, selon la banque, « le capital humain à faible valeur ajoutée ».
De nombreuses entreprises de technologie réduisent également leurs effectifs au nom de l’IA.
Meta, qui installe un logiciel de suivi sur les ordinateurs de ses employés basés aux États-Unis pour entraîner son modèle d’IA, prévoit de licencier 10% de ses effectifs à l’échelle mondiale à partir de ce mois-ci.
Amazon.com a supprimé quelque 30.000 emplois ces derniers mois dans le cadre de sa stratégie axée sur l’IA et l’efficacité, tandis qu’en février, la société de fintech Block a réduit ses effectifs de près de moitié.
La guerre en Iran freine également les embauches.
Eric Schmidt a reconnu les craintes de la jeune génération et les a qualifiées de « rationnelles », mais tout comme les dirigeants actuels, il a présenté les changements et les bouleversements apportés par l’IA comme inévitables, auxquels tout le monde doit s’adapter.
GÉNÉRATION Z : PLUS EN COLÈRE ET ANXIEUSE FACE À L’IA
Cependant, alors même que les PDG adoptent l’IA avec enthousiasme, des signes de résistance se manifestent un peu partout : dans des tribunaux chinois, au sein syndicats des constructeurs automobiles sud-coréens, ou encore parmi les scénaristes hollywoodiens et l’industrie cinématographique indienne.
Le signe le plus évident du malaise face à la vision du monde proposée par les entreprises de technologie est peut-être à chercher du côté du mécontentement croissant parmi la jeunesse américaine.
Un rapport publié en avril par Gallup a montré qu’un nombre de plus en plus élevé de membres de la génération Z – ceux nés entre 1997 et 2012 – se disaient anxieux ou en colère face à l’IA, tandis que la part de ceux qui se disaient optimistes ou enthousiastes à son égard a fortement diminué par rapport à la même enquêté de l’année précédente.
Près de la moitié des personnes interrogées ont déclaré que les risques liés à l’IA l’emportaient sur ses avantages, tandis que 15% ont estimé qu’elle était globalement positive, une vision bien plus sombre qu’il y a un an.
La plupart des personnes interrogées ont reconnu la nécessité de maîtriser l’IA, mais ont déclaré qu’elle entravait l’apprentissage approfondi et la créativité.
« Les sentiments négatifs se sont intensifiés au cours de l’année écoulée », ont écrit les auteurs du rapport, qui ont également noté que l’utilisation de l’IA commençait à stagner.
« Les jeunes adultes actifs sont nettement plus susceptibles de considérer l’IA comme un risque que comme un avantage ».
Les données ont toutefois montré que les opinions positives sur l’IA augmentaient avec le niveau d’utilisation et diminuaient chez ceux qui l’utilisaient moins.
L’accueil glacial réservé à Eric Schmidt fait suite à d’autres manifestations récentes de colère à l’égard de l’IA. Le 8 mai, à l’université de Floride centrale, Gloria Caulfield, une dirigeante du secteur immobilier, a été chahutée et huée de la même manière lors d’un discours sur l’IA.
« L’essor de l’intelligence artificielle est la prochaine révolution industrielle », avait-elle déclaré alors que des huées retentissaient, la prenant au dépourvu.
« Que s’est-il passé ? Bon, j’ai touché une corde sensible (…) Il y a seulement quelques années, l’IA n’était pas un facteur dans nos vies ».
La salle a éclaté en acclamations.
(Rédigé par Adam Jourdan, Version française Rihab Latrache, édité par Benoit Van Overstraeten)
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