Le Pakistan bombarde l’Afghanistan, se dit en « guerre ouverte »
par Mohammad Yunus Yawar et Asif Shahzad
KABOUL/ISLAMABAD, 27 février (Reuters) – Le Pakistan a bombardé au cours de la nuit de jeudi à vendredi plusieurs grandes villes d’Afghanistan, ont dit des responsables pakistanais et taliban, Islamabad se disant désormais en « guerre ouverte » contre les taliban au pouvoir à Kaboul.
Pour la première fois, l’armée pakistanaise a directement pris pour cible des sites liés au pouvoir des taliban, et non plus seulement les groupes armés islamistes que le Pakistan accuse l’Afghanistan d’héberger, ce qui marque une rupture brutale dans les relations entre les anciens alliés.
Selon des sources sécuritaires au Pakistan, les frappes aériennes ont visé des casernes et des postes militaires à Kaboul, Kandahar et Paktia et des affrontements au sol ont eu lieu en plusieurs endroits le long de la frontière de 2.600 kilomètres entre les deux pays.
Les taliban disent avoir attaqué en riposte des installations militaires pakistanaises.
Les deux camps ont fait état de lourdes pertes, avançant des bilans fortement contradictoires que Reuters n’a pas été en mesure de vérifier.
« Notre patience est épuisée. Il s’agit maintenant d’une guerre ouverte entre nous (et l’Afghanistan) », a déclaré vendredi le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Muhammad Asif.
Les tensions entre les deux pays, qui ne cessent de s’aggraver, se nourrissent des accusations portées de longue date par le Pakistan sur la présence en Afghanistan de groupes islamistes armés menant des attaques transfrontalières sur son sol.
Les taliban rejettent ces accusations et considèrent les violences au Pakistan comme un problème de sécurité intérieure chez son voisin.
Zabihullah Mujahid, porte-parole des taliban, a confirmé que l’armée pakistanaise avait mené des frappes aériennes sur Kaboul, la capitale, Kandahar et Paktia, sans fournir de précisions.
Kandahar est le siège du pouvoir taliban où réside leur chef spirituel, Haibatullah Akhundzada.
COLONNES DE FUMÉE ET INCENDIE À KABOUL
Sur une vidéo partagée par des responsables de la sécurité pakistanaise, on peut voir des éclairs dans le ciel nocturne provoqués par les tirs à la frontière entre les deux pays et entendre des détonations de l’artillerie lourde.
Dans une autre vidéo montrant les frappes contre Kaboul, dont Reuters a pu vérifier la localisation, on voit d’épaisses colonnes de fumée noire s’élever de deux endroits différents ainsi qu’un important incendie.
Tamim, chauffeur de taxi à Kaboul, raconte qu’il dormait lorsqu’il a entendu le vrombissement d’un avion suivi d’explosions dans ce qui semble être un dépôt d’armes.
« Nous nous sommes réveillés, l’avion est arrivé et a largué deux bombes, puis est reparti. Après, nous avons entendu des explosions », dit-il. « Tout le monde à l’étage est descendu en panique. Les munitions dans le dépôt n’arrêtaient pas d’exploser d’elles-mêmes. »
Des journalistes de Reuters à Kaboul ont entendu les sirènes de nombreuses ambulances après les fortes explosions et le passage des avions de chasse.
Mosharraf Zaidi, porte-parole du gouvernement pakistanais, a déclaré sur X que cette offensive constituait des représailles aux « attaques afghanes injustifiées ». Il a fait état de 133 taliban afghans tués et plus de 200 autres blessés, et de 27 postes détruits et neuf autres passés aux mains pakistanaises.
Zabihullah Mujahid, porte-parole des taliban, a dit que 55 soldats pakistanais avaient été tués et 19 postes militaires pris tandis que huit combattants taliban sont morts et 11 ont été blessés, ainsi que 13 civils, dans la province de Nangarhar.
Le pouvoir taliban a aussi dit avoir frappé avec succès des cibles militaires au Pakistan à l’aide de drones. Le gouvernement à Islamabad a dit que des taliban pakistanais avaient tenté d’utiliser des drones pour frapper le Pakistan mais que ces appareils avaient été abattus sans faire de victimes.
LE PAKISTAN CRAINT DES ATTENTATS
L’armée pakistanaise dispose de capacités nettement supérieures à celles des taliban mais ces derniers sont adeptes de méthodes de guérilla perfectionnées par des décennies de lutte contre les forces soviétiques puis américaines jusqu’à leur retour au pouvoir en 2021.
De précédents affrontements en octobre ont déjà fait des dizaines de morts jusqu’à un arrêt des hostilités à la suite d’une médiation de la Turquie, du Qatar et de l’Arabie saoudite.
Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a eu vendredi des échanges séparés avec ses homologues du Pakistan, d’Afghanistan, du Qatar et d’Arabie saoudite, a-t-on appris de source diplomatique turque.
Les ministres pakistanais et saoudien des Affaires étrangères se sont entretenus vendredi pour discuter d’un apaisement, ont dit les services diplomatiques de Ryad, sans fournir de détails.
La Russie, seul pays à reconnaître officiellement le pouvoir taliban, appelle à un arrêt des hostilités et elle est prête à envisager une médiation si les deux parties le réclament, a dit le ministère russe des Affaires étrangères cité par les médias officiels.
La Chine fait oeuvre de médiation via ses propres canaux et elle est profondément préoccupée par cette escalade militaire, a dit le ministère chinois des Affaires étrangères.
Le Pakistan est en état d’alerte élevée depuis de précédentes frappes cette semaine contre ce qu’il présente comme des camps du Tehreek-e-Taliban (TTP), les taliban pakistanais, et des hommes de l’organisation Etat islamique dans l’est de l’Afghanistan.
Ces frappes ont tué 13 civils, selon Kaboul et les Nations unies, et l’Afghanistan, tout en réitérant qu’il refusait la présence de groupes armés étrangers sur son sol, a promis de puissantes représailles.
Le gouvernement de la province du Punjab, au Pakistan, a dit craindre des attaques vendredi et a mené une série d’opérations aboutissant au placement de 90 Afghans dans des centres de rétention en vue de leur expulsion.
Un média officiel de la province afghane de Nangarhar, Bakhtar News Agency, a diffusé une image montrant ce qu’il présente comme un bataillon de kamikazes et a cité une source sécuritaire afghane disant que ces hommes étaient équipés de gilets explosifs, disposaient de voitures piégées et s’apprêtaient à attaquer des cibles de premier plan.
(Mohammad Yunus Yawar et Sayed Hassib à Kaboul, Asif Shahzad à Islamabad, Ariba Shahid à Karachi, Mubasher Bukhari à Lahore, Mushtaq Ali à Peshawar et Saud Mehsud à Dera Ismail Khan, rédigé par Saad Sayeed; version française Camille Raynaud et Bertrand Boucey, édité par Blandine Hénault)
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