La Fed laisse ses taux inchangés, dit attendre de nouvelles données
WASHINGTON, 28 octobre (Reuters) – La Réserve fédérale (Fed) a, comme attendu, laissé mercredi l’objectif de taux des « fed funds » à son niveau actuel, dans une fourchette de 3,75% à 4,00%, choisissant ainsi de reporter toute nouvelle modification des coûts d’emprunt jusqu’après les élections de mi-mandat prévues la semaine prochaine aux Etats-Unis.
La Fed reconnaît toutefois que l’inflation « reste élevée » et laisse entendre que de nouvelles hausses de taux pourraient intervenir en fonction de l’évolution des prix.
« La collecte d’informations supplémentaires aidera le comité à déterminer l’orientation de la politique monétaire appropriée pour garantir un retour en temps opportun de l’inflation vers l’objectif de 2% », déclare le comité de politique monétaire de l’institution, le FOMC, dans son communiqué de politique monétaire publié à l’issue d’une réunion de deux jours.
La décision a été prise à 10 voix contre 2, les voix dissidentes étant celles de la gouverneure Lisa Cook et de la présidente de la Fed de Cleveland, Beth Hammack, qui se sont toutes deux prononcées en faveur d’une hausse des coûts d’emprunt.
La banque centrale a annoncé en septembre sa première hausse de taux depuis 2023, dans un contexte de flambée des cours du pétrole en raison de la guerre au Moyen-Orient.
« Nous avons montré notre volonté d’agir », a déclaré le président de la Fed, Kevin Warsh lors de la conférence de presse qui a suivi la décision, précisant que les informations à venir aideraient la banque centrale à déterminer l’orientation de sa politique monétaire.
Si les données indiquent que l’économie américaine reste solide et que l’inflation accélère plus rapidement que prévu, les responsables de la banque centrale ont récemment laissé entendre qu’ils pourraient opter pour un rythme plus lent dans le relèvement des coûts d’emprunt.
« LA POLITIQUE N’A JOUÉ AUCUN RÔLE »
Cette pause de la Fed intervient par ailleurs quelques jours seulement avant les élections de mi-mandat prévues le 3 novembre et alors que l’inflation se maintient au-dessus de l’objectif de 2% depuis près de six ans.
La hausse du coût de la vie constitue un point faible majeur sur le plan politique pour les républicains, alors que la popularité du président Donald Trump s’effondre.
« La politique n’a joué aucun rôle dans cette décision… Je n’ai entendu aucune allusion à la politique, aux élections ou à ce qui va se passer la semaine prochaine », a déclaré ce responsable de la Fed.
Les chiffres de l’inflation PCE, l’indicateur privilégié par la Fed, ne seront publiés que jeudi, et les analystes interrogés par Reuters s’attendent à une nouvelle accélération des prix en septembre, de 3,6% sur un an et de 0,5% sur le mois.
Selon Karl Schamotta, stratège chez Corpay, « le fait qu’il y ait eu deux voix dissidentes au lieu des trois ou quatre attendues par beaucoup constitue une surprise légèrement accommodante, mais l’amélioration apparente de l’évaluation de l’économie par la Fed elle-même ne devrait laisser aucun doute aux marchés quant à la poursuite du resserrement monétaire ».
Sur les marchés, le rendement des Treasuries à dix ans amplifie légèrement ses gains et avance de plus 5 points de base, s’établissant à 5,0466%. Celui du titre à deux ans a en revanche effacé ses gains et recule de 3 points de base à 4,7057%.
Selon l’outil FedWatch du CME, les marchés financiers tablent désormais sur une probabilité de 87,4% d’une hausse des taux de 25 points de base lors de la prochaine réunion de la Fed en décembre, contre 78,3% la veille.
Le dollar perd 0,17% face à un panier de devises de référence.
PAS DE SIGNES DE SURCHAUFFE
Kevin Warsh a par ailleurs défendu que l’économie américaine ne présentait pas de signes de surchauffe malgré certaines pressions sur la demande liées à l’essor des investissements dans l’intelligence artificielle (IA), ajoutant que l’objectif de la Fed « n’était pas de mettre des bâtons dans les roues » de l’économie.
La banque centrale a relevé mercredi son évaluation de la situation économique, la faisant passer de « solide » à « forte », tout en continuant à qualifier l’investissement de « solide » et estimant que la création d’emplois est conforme à l’évolution de la population active.
Le marché doit connaître jeudi la première estimation sur la croissance au troisième trimestre, qui selon les opérateurs pourrait bondir à 3,2%, contre 2,2% au trimestre précédent.
Le patron de la banque centrale a par ailleurs annoncé une modification du calendrier des réunions, précisant qu’en 2027, l’un des sept rendez-vous prévus serait exclusivement consacré à la stratégie générale, sans vote sur le taux ni déclaration de politique monétaire.
« Je prévois qu’en 2028, nous aurons deux réunions consacrées aux discussions stratégiques et six… à la définition de la politique monétaire », a-t-il ajouté.
(Reportage Howard Schneider, David Lawder et Michael S. Derby, rédigé par Diana Mandiá)
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