Feu vert des Vingt-Sept pour signer l’accord commercial avec le Mercosur
par Philip Blenkinsop
BRUXELLES, 9 janvier (Reuters) – Les États membres de l’Union européenne (UE) ont approuvé vendredi la signature de l’accord de libre-échange avec le bloc sud-américain Mercosur, après plus de 25 ans de négociations et malgré l’opposition de plusieurs pays, dont la France.
Les ambassadeurs des Vingt-Sept réunis à Bruxelles ont donné leur feu vert à cette signature, décision confirmée par la suite par les pays de l’UE.
Ces autorisations ouvrent la voie à la signature de l’accord par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, avec le Marché commun du Sud, qui regroupe l’Argentine, la Bolivie, le Brésil et le Paraguay, à Asunción. Le ministère argentin des Affaires étrangères a annoncé que la cérémonie de signature aurait lieu le 17 janvier.
Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a salué « une journée historique pour le multilatéralisme ».
« Dans un contexte international marqué par la montée du protectionnisme et de l’unilatéralisme, cet accord est un signal en faveur du commerce international comme moteur de la croissance économique, avec des avantages pour les deux blocs », a-t-il écrit sur X.
La Commission européenne, qui a conclu les négociations il y a un an, et des pays tels que l’Allemagne et l’Espagne soutiennent que cet accord constitue un élément clé de la stratégie de l’UE visant à ouvrir de nouveaux marchés afin d’atténuer l’impact des droits de douane américains et de réduire la dépendance à l’égard de la Chine, particulièrement pour les minerais comme le lithium pour batteries.
Les détracteurs de l’accord commercial, au premier rang desquels la France – premier producteur agricole de l’UE -, s’inquiètent pour leur part d’une hausse des importations de produits alimentaires bon marché, notamment de bœuf, de volaille et de sucre, au détriment de l’agriculture locale.
En colère, les agriculteurs ont lancé des manifestations dans toute l’Europe. En France, ils ont notamment mené jeudi des opérations de blocage dans et autour de Paris. Vendredi, une opération « escargot » a perturbé le trafic sur le périphérique parisien à l’initiative de la Confédération paysanne.
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Paris a voté contre l’accord mais au moins 15 pays représentant 65% de la population totale du bloc européen ont voté pour, assez pour approuver le traité controversé, ont indiqué les sources et diplomates européens.
Selon un diplomate et le ministre polonais de l’Agriculture, 21 pays ont voté en faveur de l’accord. La France, l’Autriche, la Hongrie, l’Irlande et la Pologne s’y sont opposés et la Belgique s’est abstenue.
Dans un communiqué, le chancelier allemand Friedrich Merz a salué une « étape importante ».
« Mais 25 ans de négociations, c’est beaucoup trop long. Il est essentiel que les prochains accords de libre-échange soient conclus rapidement », a-t-il ajouté.
L’accord avec le Mercosur, sur lequel le Parlement européen devra également se prononcer avant qu’il n’entre en vigueur, s’annonce comme le plus important signé par l’UE en termes d’allègement douanier puisqu’il supprimerait quatre milliards d’euros de surtaxes sur les exportations.
Les pays du Mercosur appliquent des droits de douane élevés, tels que 35% sur les pièces détachées automobiles, 28% sur les produits laitiers et 27% sur les vins.
Les exportations de l’UE sont dominées par les machines, les produits chimiques et les équipements de transport, tandis que celles du Mercosur sont axées sur les produits agricoles, les minéraux, la pâte à papier et le papier.
Le commerce de marchandises entre l’UE et le Mercosur a représenté 111 milliards d’euros en 2024.
Pour convaincre les sceptiques, la Commission européenne a mis en place des mesures de sauvegarde permettant de suspendre les importations de produits agricoles sensibles.
« PAS LA FIN DE L’HISTOIRE », DIT MACRON
Elle a aussi renforcé les contrôles des importations et proposé le déblocage anticipé de certains fonds alloués à l’agriculture dans le prochain budget pluriannuel de l’UE.
Ces concessions, insuffisantes pour la Pologne ou la France, ont convaincu l’Italie, longtemps réticente et dont le soutien à l’accord commercial a été décisif.
« Il me semble que l’équilibre trouvé est durable », a déclaré vendredi la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni lors d’une conférence de presse.
Jeudi, le président français Emmanuel Macron avait confirmé que la France voterait contre le traité avec le Mercosur et affirmé que « l’étape de la signature de l’accord ne constitue pas la fin de l’histoire », s’engageant à continuer de protéger les agriculteurs.
L’accord UE-Mercosur pourrait ouvrir un nouveau front politique en France, où le gouvernement est déjà engagé depuis plusieurs mois dans de difficiles négociations budgétaires.
Le Rassemblement national (RN) et La France insoumise (LFI) ont annoncé le dépôt d’une motion de censure contre le gouvernement du Premier ministre Sébastien Lecornu à l’Assemblée nationale, les deux partis dénonçant « l’hypocrisie » de la position française sur l’accord UE-Mercosur.
Sur X, le locataire de Matignon a défendu vendredi une « position claire » de Paris sur l’accord commercial et dénoncé des motions de censure qui conduisent à « affaiblir la voix de la France » et retardent encore les discussions sur le budget.
En fin de journée, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a annoncé lors d’une conférence de presse une série de mesures pour aider les agriculteurs et simplifier leur travail, représentant « un effort de la nation de plus de 300 millions d’euros », qui incluent un doublement – à 22 millions – du fonds d’indemnisation des éleveurs touchés par la dermatose nodulaire bovine (DNC).
La ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, a cependant mis en garde lors du même événement contre une censure de l’exécutif qui pourrait être discutée mercredi : « S’il n’y a pas de gouvernement, il n’y aura pas de solution pour les agriculteurs. »
(Rédigé par Philip Blenkinsop, version française Blandine Hénault et Benjamin Mallet, édité par Kate Entringer)
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