Enquête pour « homicide volontaire » après la mort d’un jeune identitaire à Lyon
PARIS, 16 février (Reuters) – Une enquête criminelle pour « homicide volontaire » a été ouverte lundi à Lyon (Rhône) deux jours après la mort d’un militant identitaire, tabassé par « au moins six personnes » en marge d’une manifestation contre une conférence de l’eurodéputée (La France insoumise) Rima Hassan, a annoncé le procureur de la République.
Quentin Deranque, un étudiant de 23 ans qui faisait partie du « service d’ordre » du groupe identitaire Némésis à l’origine du rassemblement devant l’Institut d’études politiques de Lyon, a été agressé jeudi et est décédé à l’hôpital samedi.
L’autopsie pratiquée lundi matin « a permis de déterminer qu’il présentait essentiellement des lésions à la tête, un traumatisme cranio-encéphalique majeur (…) associé à une fracture temporale droite », a précisé le procureur Thierry Dran lors d’une conférence de presse.
En conséquence, ont été ouvertes une enquête criminelle du chef d' »homicide volontaire », une enquête délictuelle pour « violences aggravées par trois circonstances – réunion, masqués et porteurs d’armes – » et du chef d' »association de malfaiteurs » en vue de commettre un délit puni de cinq ans d’emprisonnement.
« Au moment où je vous parle, il n’y a pas eu d’interpellation », a dit le magistrat.
« Plus d’une quinzaine de témoins » ont été entendus et les enquêteurs analysent également des vidéos pour identifier les auteurs directs de l’agression survenue dans le Ve arrondissement de Lyon.
Celle-ci s’est déroulée vers 18h00, a relaté le procureur, quand les jeunes gens chargés de la sécurité du collectif Némésis ont été « pris à partie violemment par un groupe d’une vingtaine d’individus masqués, cagoulés ».
La plupart sont parvenus à s’échapper mais trois d’entre eux, dont Quentin Deranque, se sont retrouvés isolés dans la rue. Ils ont été jetés au sol et frappés, selon le procureur. Deux ont réussi à fuir et « au moins six personnes » ont continué à frapper la victime au sol.
Un camarade de l’étudiant, qui ne faisait pas partie du trio, est revenu sur les lieux et l’a trouvé à terre, conscient, mais ne se souvenant pas de l’agression, a dit Thierry Dran.
« LYNCHAGE »
Le jeune homme a d’abord voulu le raccompagner chez lui, mais Quentin Deranque ne pouvant plus marcher, il l’a allongé sous un abribus et a appelé les secours qui l’ont hospitalisé avec un pronostic vital « très largement engagé ».
Ses « lésions étaient au-delà de toute ressource thérapeutique et mortelles à brève échéance », ont relevé les médecins légistes.
Le procureur de Lyon n’a livré aucune indication sur le groupe d’individus cagoulés et masqués alors que le drame a rapidement pris une tournure politique à l’approche des élections municipales des 15 et 22 mars.
La France insoumise (LFI) a ainsi été mise en cause, la porte-parole du gouvernement estimant lundi que le mouvement classé à l’extrême gauche portait a minima une « responsabilité morale » pour ce que le ministre de l’Intérieur a qualifié de « lynchage ».
Némésis, groupuscule d’extrême droite, accuse la Jeune Garde, un groupe antifasciste dissous en juin 2025, d’avoir tendu un « guet-apens » à ses militants.
La Jeune Garde a été fondée par le militant antifasciste lyonnais Raphaël Arnault, élu député en 2024 dans le Vaucluse sous les couleurs de LFI.
Si l’intéressé a dit ressentir « horreur et dégoût » après la mort de Quentin Deranque, la présence présumée de son assistant parlementaire, Jacques-Elie Favrot, à Lyon au moment des faits a braqué les projecteurs sur l’élu insoumis.
La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a annoncé lundi dans un communiqué avoir « décidé à titre conservatoire et sans préjudice des suites de l’enquête judiciaire, de suspendre les droits d’accès » de l’assistant.
Jacques-Elie Favrot a fait savoir via son avocat qu’il se retirait de ses fonctions « durant le temps de l’enquête » et « dément formellement » être impliqué dans le drame.
« Il y a un affrontement qui se termine par un lynchage (…) Manifestement c’est l’ultra gauche, aucun doute là-dessus, et donc voilà, on pense évidemment tout de suite à la Jeune Garde », a déclaré le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, lundi matin sur France Inter.
« La radicalité dans le discours, ça peut parfois se traduire par de la violence dans la rue. »
(Rédigé par Tangi Salaün et Sophie Louet, avec la contribution de Bertrand Boucey et Claude Chendjou, édité par Blandine Hénault)
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