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Au 62e Salon de l’agriculture, Macron face au boycott et à la colère paysanne

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PARIS, 21 février (Reuters) – Emmanuel Macron est arrivé samedi au Salon international de l’agriculture, à Paris, dans un cadre inédit, sans vaches ni veaux, mais avec pléthore de dossiers éruptifs : colère paysanne, lignes de fracture entre syndicats, contestation de la gestion sanitaire et bras de fer commercial.

Vers 7h20 GMT, le chef de l’Etat a serré de nombreuses mains, saluant chaleureusement plusieurs responsables politiques et syndicaux, avant de prononcer un discours et de procéder à la cérémonie de la coupure ​du ruban bleu-blanc-rouge pour marquer ‌l’inauguration officielle de ce salon.

« On a besoin dans le contexte international de protéger ​notre agriculture. C’est ce qui fait ⁠qu’on défend les clauses sauvegardes, les clauses miroirs », a déclaré Emmanuel Macron.

« On veut, au fond, que les mêmes ‌règles du jeu s’appliquent à ceux ‌qui veulent importer chez nous. C’est ce qui a justifié notre opposition, au Mercosur, c’est ce qui justifie aussi notre constance sur ces débats au niveau européen », a-t-il poursuivi.

En amont de cette déclaration, la Confédération paysanne avait annoncé le boycott de l’inauguration présidentielle, estimant que le discours de ​l’exécutif « ne répond[ait] en rien aux colères du monde paysan ».

Thomas Gibert, porte-parole national de la Confédération paysanne, a renchéri samedi, affirmant que « le seul intérêt d’Emmanuel Macron était de sauver son petit show présidentiel », se démarquant des syndicats comme la FNSEA et Jeunes agriculteurs (JA) qui ont choisi de rencontrer le président de la République.

La Confédération paysanne dit avoir répété à l’Élysée « l’urgence de stopper la politique d’abattage total pour la DNC (dermatose nodulaire contagieuse, NDLR) » et juge que la stratégie gouvernementale a conduit à l’absence de bovins au ⁠Salon cette année.

Emmanuel Macron a cependant estimé au Salon de l’agriculture qu’on pouvait se féliciter des choix sanitaires défendus par le gouvernement, car on est « en train ⁠de gagner durablement contre la dermatose ».

« Depuis le début d’année, on n’a plus de cas de DNC », a-t-il souligné.

APPEL À LA MODERNISATION

La Confédération paysanne a par ailleurs choisi d’ignorer le traditionnel petit-déjeuner du chef de l’Etat, tout en tenant un stand pour « porter la voix des paysannes ».

La Coordination rurale, qui a également choisi de boycotter la visite présidentielle, a toutefois justifié sa présence au Salon par la nécessité de « peser dans le débat public » à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. Elle dénonce ⁠les ‌blocages autour de la loi Duplomb – qui vise à lever une partie des contraintes pesant sur le métier d’agriculteur -, la frilosité ⁠des acteurs de la filière et les promoteurs d’accords commerciaux jugés destructeurs « comme le Mercosur ».

Le syndicat parle d’une ​situation « alarmante » pour les éleveurs ​et voit dans l’absence d’animaux au Parc des expositions de Paris un symbole d’une politique agricole « inefficace » et déconnectée.

La FNSEA livre quant à elle un diagnostic de crise — ​déficit de la balance commerciale agricole, recul de la production dans plusieurs filières, accumulation d’aléas climatiques et sanitaires — et remet l’impératif de production au centre, en plaidant pour une loi d’urgence agricole, la gestion de ‌l’eau comme priorité, le principe de « pas ​d’interdiction sans solution » et un cap stable pour les exploitations.

Emmanuel Macron a souligné samedi que la ferme française devait se moderniser dans beaucoup de domaines, gagner en ​productivité et compétitivité, notant l’importance de la robotique et de l’intelligence artificielle qui devraient changer la vie des éleveurs.

INCERTITUDE POLITIQUE

Sur le front commercial, la colère reste vive dans les milieux agricoles où l’on dénonce la signature par l’Union européenne de l’accord commercial avec le Mercosur en dépit de l’opposition affichée par la France qui dénonçait par la voix d’Emmanuel Macron un texte « d’un autre âge ».

La saisine de la Cour de justice de l’UE par le Parlement européen a certes repoussé la ratification de 12 à 18 mois environ, mais une application provisoire ⁠reste possible en droit européen, ce qui entretient l’incertitude politique autour du dossier.

En toile de fond, la mobilisation des dernières semaines résume les griefs : coûts élevés, lourdeur réglementaire, concurrence jugée déloyale intra‑UE et extra‑UE, inquiétudes sur la DNC et débats sur les ​pesticides à la faveur d’une nouvelle offensive législative au Sénat autour de la loi Duplomb.

(Rédigé par ​Nicolas Delame et Claude Chendjou, édité par Sophie Louet)

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