Sous pression, les dirigeants de l’UE envisagent d’agir face à la Chine
par Philip Blenkinsop
BRUXELLES, 14 octobre (Reuters) – Les dirigeants de l’UE se réunissent jeudi à Bruxelles pour examiner l’avenir de leurs relations commerciales avec la Chine, dont les exportations en forte hausse de voitures et d’autres produits manufacturés menace l’industrie locale et risquent de provoquer des licenciements massifs à travers l’Europe.
Les discussions de ce sommet de deux jours porteront également sur l’Ukraine – notamment l’accord sur le diesel conclu par le président américain Donald Trump avec la Russie –, ainsi que sur le Moyen-Orient, la défense, les migrations, le budget à long terme du bloc des 27 et l’élargissement de celui-ci.
Pour certains dirigeants, ce sommet pourrait constituer une répit bienvenu face aux difficultés qu’ils rencontrent dans leur propre pays.
Le président français Emmanuel Macron fait ainsi face à des manifestations lycéennes et à une forte hausse des rendements obligataires, le chancelier allemand Friedrich Merz peine à remettre sa coalition sur les rails après des revers électoraux et le président du gouvernement espagnol Pedro Sanchez est à la traîne dans les sondages avant un scrutin législatif anticipé qu’il a lui-même convoqué.
En outre, les partis politiques traditionnels sont sous pression partout en Europe face à des formations d’extrême droite et nationalistes portées par le sentiment, chez de nombreux électeurs, que l’économie ne génère pas suffisamment de richesses pour financer le niveau de services publics auquel ils s’attendent.
Le double défi que représentent les exportations chinoises à bas prix et la hausse des droits de douane américains exerce une pression supplémentaire sur le tissu industriel des pays de l’UE et entraîne dans certains cas des suppressions d’emplois – comme chez l’Allemand Volkswagen, où 100.000 postes vont disparaître.
UN DÉFICIT COMMERCIAL CROISSANT AVEC LA CHINE
Dans ce contexte, les dirigeants de l’UE commenceront jeudi par se demander si l’accord préliminaire esquissé avec Pékin afin d’endiguer la vague d’importations de voitures hybrides chinoises constitue une première étape suffisante pour poursuivre les discussions en vue d’un accord commercial plus large, plutôt que d’envisager des restrictions plus sévères.
Des propositions franco-allemandes ont déjà été présentées concernant d’éventuelles mesures visant à réduire le déficit commercial avec la Chine, qui a atteint 360 milliards d’euros l’année dernière et s’élevait déjà à 200 milliards à l’issue du premier semestre 2026.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a qualifié un tel déficit d' »insoutenable » et promis que l’UE utiliserait tous les moyens possibles pour le réduire.
L’exécutif européen s’est désormais détourné de l’objectif d’améliorer l’accès des entreprises du bloc au marché chinois pour se concentrer sur la réduction des exportations chinoises au sein de l’UE. Des déficits commerciaux existent dans de nombreux secteurs, notamment ceux des machines, du textile, des métaux de base, des produits chimiques et de l’automobile.
Le commissaire européen au commerce, Maros Sefcovic, a qualifié l’accord UE-Chine conclu la semaine dernière de « très bon résultat », précisant toutefois qu’il ne s’agissait que d’une première étape dans un processus plus vaste de rééquilibrage des échanges.
Les dirigeants de l’UE devraient demander à la Commission de poursuivre son dialogue avec Pékin, tout en déterminant s’il convient de prendre des mesures supplémentaires. Toutefois, un haut fonctionnaire de la Commission a déclaré lundi que le dialogue seul ne suffirait probablement pas à atteindre cet objectif.
Le document franco-allemand publié la semaine dernière souligne l’urgence de prendre des mesures concernant les importations de produits chimiques et de PET, le plastique largement utilisé dans les emballages. Il appelle également à agir pour limiter la dépendance des entreprises à des fournisseurs uniques pour les approvisionnements critiques et à pouvoir riposter rapidement contre les pays portant préjudice à l’UE.
La Commission devrait proposer une première mesure de ce type en décembre, même si les dirigeants décident cette semaine de poursuivre le dialogue avec la Chine d’ici là.
REVIREMENT DE L’ALLEMAGNE
Ce document conjoint marque un revirement de l’Allemagne, qui, il y a seulement deux ans, critiquait ouvertement les projets de l’UE visant à imposer des droits de douane sur les véhicules électriques fabriqués en Chine. Aujourd’hui, Berlin s’est ainsi rallié à la position protectionniste de la France.
« Il est significatif qu’un changement de cap qui couvait à Berlin depuis plusieurs semaines et plusieurs mois soit désormais officiel », a déclaré Sander Tordoir, économiste en chef au Centre for European Reform, un groupe de réflexion basé à Londres.
« Et il est significatif que les deux États membres les plus importants de l’UE soient clairement sur la même longueur d’onde quant à la manière de faire face au deuxième choc chinois. »
Pour Emmanuel Macron, qui est sans majorité depuis 2024, la politique européenne reste l’un des rares leviers pour exercer une influence politique et tenter de façonner son héritage, à sept mois de son départ de l’Elysée.
Pedro Sanchez, qui a plaidé en faveur d’une ligne plus conciliante envers Pékin alors que son pays accueille de nombreux investissements chinois, risque quant à lui de perdre le pouvoir à l’issue des élections du 29 novembre, les sondages indiquant que le centre et l’extrême droite pourraient réunir suffisamment de voix pour former un gouvernement.
À l’inverse, le Premier ministre polonais Donald Tusk et la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni abordent relativement le sommet en position de force, même si la hausse de l’inflation et des coûts de l’énergie pèse sur l’Italie.
En Pologne, l’action du gouvernement est cependant entravée par le président nationaliste, tandis que la lassitude à l’égard des réfugiés et les craintes d’un débordement de la guerre en Ukraine au-delà de la frontière ont poussé davantage d’électeurs vers les partis d’extrême droite.
(Reportage Philip Blenkinsop, avec Michel Rose à Paris, Aislinn Laing à Madrid, Giselda Vagnoni à Rome et Alan Charlish à Varsovie, version française Benjamin Mallet)
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