Le monde fait face à une nouvelle flambée des prix alimentaires, prévient la FAO
FRANCFORT, 5 août (Reuters) – Le monde se dirige vers une nouvelle flambée d’inflation alimentaire, alors que les guerres en Iran et en Ukraine, conjuguées au phénomène El Niño, créent une « tempête parfaite », dans laquelle la hausse des coûts se conjugue à la baisse des rendements agricoles, a déclaré l’économiste en chef de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
Les prix des denrées alimentaires ont été l’un des principaux moteurs de la flambée de l’inflation mondiale en 2022, mais ils sont restés relativement modérés depuis le début de l’année, tempérant même, dans certaines régions, la hausse provoquée par les coûts élevés de l’énergie.
Ce répit devrait toutefois être temporaire, les cours plus élevés du pétrole brut, la réduction des approvisionnements en engrais en provenance de la région du Golfe, les pénuries de diesel dans certaines parties du monde et les conditions météorologiques extrêmes alimentant une hausse des coûts qui finira par se répercuter sur les prix à la consommation, même avec un certain décalage.
ACCÉLÉRERATION DES COÛTS EN VUE D’ICI LA FIN DE L’ANNÉE ET L’AN PROCHAIN
« Je m’attends à ce que les prix des matières premières commencent à augmenter davantage dès maintenant… et que les prix alimentaires commencent à progresser d’ici la fin de l’année. L’an prochain, ils augmenteront à coup sûr encore davantage », a déclaré Maximo Torero à Reuters lors d’un entretien.
« La transmission du prix des matières premières au prix alimentaire final prend environ trois à six mois », a-t-il précisé.
Bien que les prix de certaines matières premières, comme le blé, le maïs et le riz, aient augmenté ces derniers mois, la plupart reflètent encore des récoltes relativement bonnes, plutôt que les difficultés probables de l’année à venir.
« Le détroit d’Ormuz est un problème qui affecte tous les intrants des matières premières agricoles et des systèmes agricoles », a déclaré Maximo Torero. « Le pétrole Brent, car il est utilisé pour le pompage, le conditionnement, la transformation et le transport. Et le gaz naturel, car il sert à la fabrication d’engrais. »
Par ailleurs, les dégâts causés par l’Ukraine aux infrastructures pétrolières et gazières russes réduisent les capacités d’exportation de diesel et de gaz naturel, deux intrants essentiels à la production alimentaire.
Cette situation pèse sur l’ensemble de la planète, même si les pays les plus riches disposent de davantage de ressources pour soutenir leurs producteurs.
« On en entend parler en Europe, aux États-Unis, au Brésil et en Asie », a déclaré Maximo Torero. « Les marges serrées pèsent sur les décisions en matière de semis. »
Même aux États-Unis, qui sont autosuffisants pour la plupart des intrants clés, sans aide fédérale, les agriculteurs cultivant les neuf principales cultures pourraient perdre 32 milliards de dollars (27,73 milliards d’euros) en 2027, a déclaré l’American Farm Bureau Federation, ajoutant que toutes les cultures analysées devraient rester déficitaires par acre en 2027.
Les semis mondiaux de blé et de maïs ont déjà été réduits depuis le début de la guerre en Iran, certains producteurs américains privilégiant le soja, qui nécessite moins d’engrais.
L’Australie, l’un des principaux exportateurs mondiaux de produits agricoles, a récemment indiqué que la production des cultures d’hiver devrait baisser de 21%, en partie en raison d’une hausse significative des prix du carburant et des engrais, ainsi que de l’incertitude quant à la disponibilité des intrants essentiels.
Par ailleurs, le phénomène climatique El Niño de cette année devrait être particulièrement intense, modifiant sensiblement les régimes de précipitations, avec un impact probable sur les prix des matières premières et un risque d’aggraver l’insécurité alimentaire aiguë pour des dizaines de millions de personnes.
En Inde, la mousson accuse déjà un retard et les précipitations devraient rester inférieures à la moyenne ce mois-ci, ce qui pourrait pénaliser la production de riz et alimenter la hausse des prix mondiaux des matières premières.
(Balazs Koranyi, version française Elena Smirnova, édité par Augustin Turpin)
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