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Le projet allemand de satellites militaires fait craindre une fragmentation de l’UE

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par Maria Rugamer et Gianluca Lo Nostro

24 mars (Reuters) – Le projet allemand d’un réseau satellitaire militaire, indépendant du programme européen IRIS², suscite des inquiétudes chez certains eurodéputés quant au risque d’un programme double doublon, fragmentant les efforts et menant à des coûts excessifs.

Des députés européens ont déclaré à Reuters que l’initiative nationale allemande à 10 milliards d’euros, menée de concert avec Rheinmetall, OHB et Airbus, risquait de compromettre les efforts de l’Union européenne (UE) visant à renforcer les capacités de défense collective.

« Si ​l’Allemagne met désormais en ‌place une architecture purement nationale qui n’est pas intégrée à IRIS², cela risque d’affaiblir ​les structures européennes », a déclaré Marie-Agnes ⁠Strack-Zimmermann, présidente de la sous-commission Sécurité et Défense au Parlement européen.

L’Allemagne envisage de déployer 100 satellites en orbite ‌basse (LEO) exclusivement destinés aux communications militaires, ‌tandis que le projet de l’UE, d’un montant de 10,6 milliards d’euros et visant à déployer 290 satellites d’ici 2029, est conçu pour établir un système de communication spatial unifié.

Un porte-parole a déclaré que Berlin suivait de près le projet IRIS², qui « a le potentiel, le cas échéant, de compléter ​les initiatives nationales dans l’accomplissement de missions souveraines ».

Le système proposé par l’Allemagne répondait spécifiquement aux besoins particuliers de son armée, avec des exigences en matière de capacités et des paramètres de performance « totalement différents » de ceux d’IRIS², a déclaré le porte-parole à Reuters.

DOUBLON OU SOUVERAINETÉ ?

Marie-Agnes Strack-Zimmermann a déclaré que des systèmes parallèles pourraient entraîner « des structures redondantes, des normes fragmentées et, en fin de compte, un impact stratégique moindre pour un coût plus élevé », citant l’escalade des menaces sécuritaires liées à la guerre en Ukraine.

« Le point décisif est la ⁠compatibilité, la connectivité et l’intégration européenne », a déclaré Marie-Agnes Strack-Zimmermann à Reuters, ajoutant que les projets nationaux devaient rester alignés sur les cadres de l’UE.

L’Italie étudie ⁠la mise en place d’un réseau de satellites LEO, à usage militaire et civil, mais le projet est moins avancé que le plan allemand.

Le porte-parole de la Commission européenne, Thomas Regnier, a déclaré que l’exécutif européen ne commentait pas les investissements individuels des États membres relevant de la responsabilité nationale.

« En investissant dans IRIS², les États membres peuvent s’inscrire dans un effort européen commun qui tire parti de ressources et d’une expertise partagées. Cela permet de développer des technologies de communication par satellite ⁠de ‌pointe de manière plus efficace et à plus grande échelle », a-t-il ajouté.

LE PROJET VAUT-IL LE COÛT ?

Certains députés européens et allemands s’interrogent ⁠également sur la rentabilité du projet.

« C’est le contribuable (allemand) qui finira par payer la facture », a déclaré à Reuters ​Jeanne Dillschneider, rapporteuse des ​Verts au sein de la commission de la Défense du Bundestag.

Christophe Grudler, eurodéputé français membre de Renew Europe et spécialisé dans les politiques de défense et spatiale, ​met quant à lui en garde contre les inefficacités.

« La fragmentation est rarement la manière la plus efficace d’utiliser les ressources publiques », a-t-il déclaré à Reuters, ajoutant qu' »une constellation plus petite et isolée s’accompagnerait de limites en ‌termes de couverture et d’évolutivité ».

Le parti ​Alternative pour l’Allemagne (AfD) a toutefois déclaré soutenir l’initiative de Berlin.

« Compte tenu de la capacité des adversaires potentiels à perturber, voire à détruire des satellites, la redondance – en ​termes militaires, les réserves – n’est pas un gaspillage d’argent, mais une exigence d’une politique de sécurité nationale responsable », a déclaré Ruediger Lucassen, porte-parole de l’AfD pour la politique de défense.

Marco Fuchs, directeur général d’OHB, a déclaré qu’IRIS², qui repose sur des partenariats public-privé, ne présentait pas la spécificité requise pour un réseau à vocation militaire.

Si Airbus a déclaré attendre avec impatience de recevoir un appel d’offres de Berlin, un porte-parole a refusé de commenter les craintes concernant les doublons.

Bien que les partisans d’IRIS² affirment que ce projet réduira la dépendance de l’UE vis-à-vis ⁠d’acteurs non européens et garantira l’interopérabilité entre les systèmes militaires des États membres, les analystes soulignent que son déploiement complet n’est pas prévu avant les années 2030.

« L’Europe doit accélérer le mouvement », a déclaré Christophe Grudler, ajoutant que les systèmes nationaux ne permettraient probablement pas ​de combler le déficit plus rapidement.

(Rédigé par Maria Rugamer à Gdansk et Gianluca Lo Nostro ​à Paris; version française Coralie Lamarque, édité par Augustin Turpin)

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