Un accord Trump-Poutine pour faire baisser les prix du pétrole ?
Le président américain Donald Trump étudie un ensemble de mesures destinées à enrayer la flambée des prix mondiaux du pétrole en marge de la guerre en Iran, envisageant d’assouplir les sanctions pétrolières visant la Russie et de recourir aux réserves stratégiques de pétrole, ont rapporté lundi plusieurs personnes informées de la question.
Alors que la guerre déclenchée par la campagne militaire des Etats-Unis et d’Israël en Iran, qui a répliqué par des attaques à travers la région, est entrée lundi dans son dixième jour, les discussions actuelles à la Maison blanche reflètent l’inquiétude que le bond des prix du pétrole pèse sur les entreprises et les consommateurs américains en amont des élections de mi-mandat au Congrès (« midterms ») en novembre prochain.
Les pairs républicains de Donald Trump ambitionnent de conserver leur majorité dans les deux chambres du Congrès.
S’exprimant lundi au cours d’une conférence de presse en Floride, le président américain a déclaré que son administration levait des sanctions contre certains pays dans le cadre d’efforts pour stabiliser le marché pétrolier.
« Nous avons des sanctions contre certains pays. Nous allons retirer ces sanctions jusqu’à ce que le détroit (d’Ormuz) » soit utilisable, a-t-il dit, refusant de donner des précisions.
Assouplir les sanctions américaines contre la Russie pourrait permettre d’accroître les livraisons mondiales de pétrole, alors que l’acheminement d’or noir depuis les pays du Golfe est perturbé par la guerre.
Mais cela pourrait également avoir pour conséquence de nuire aux efforts destinés à assécher les revenus de Moscou, à même alors de financer son effort de guerre en Ukraine.
Donald Trump a déclaré au cours d’une conférence de presse distincte, plus tard dans la journée, qu’il avait eu un « très bon » échange téléphonique avec son homologue russe Vladimir Poutine à propos de la guerre en Ukraine.
Selon des analystes et des représentants industriels, la Maison blanche dispose de peu d’outils lui permettant d’endiguer la hausse des prix du pétrole en l’absence de circulation des pétroliers dans le détroit d’Ormuz.
L’annonce par la Maison blanche d’un projet d’escorte navale et de garantie financière aux pétroliers traversant le détroit d’Ormuz n’a pour l’heure pas entraîné de réel regain du fret.
« Le problème, c’est que les options vont de marginales à complètement déraisonnables, en passant par symboliques », a déclaré l’une des sources, qui est impliquée dans les démarches de la Maison blanche.
D’après trois sources, un potentiel assouplissement des sanctions visant la Russie pourrait revêtir différentes formes – une vaste suspension ou une mesure plus restreinte qui autoriserait certains pays à acheter du pétrole russe sans risquer d’être sanctionnés par Washington, ont-elles dit.
L’Union européenne refuse de son côté l’idée de tout assouplissement du régime de sanctions visant Moscou et elle l’a fait savoir mardi en exhortant les États‑Unis à appliquer strictement le plafond de prix du G7 sur le pétrole russe.
« Il est très important d’appliquer strictement le plafond de prix du G7 et de passer potentiellement à une interdiction totale des services maritimes pour limiter les revenus de guerre de la Russie, car l’inverse serait contre‑productif », a déclaré le commissaire européen à l’Économie, Valdis Dombrovskis, lors d’une conférence de presse.
« Cela renforcerait la capacité de la Russie à faire la guerre, affaiblirait l’Ukraine, saperait notre soutien à l’Ukraine, et compromettrait aussi les objectifs que les États‑Unis et Israël cherchent à atteindre en Iran, sachant que la Russie soutient également l’effort de guerre de l’Iran », a-t-il ajouté.
Le Kremlin a déclaré mardi que l’idée de lever les sanctions pétrolières n’avait pas été discutée en détail avec Washington, mais que l’impact des sanctions sur l’économie mondiale était compris tant par Vladimir Poutine que par Donald Trump.
Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré que les mesures prises par les États‑Unis pour lever certaines restrictions sur le pétrole visaient à stabiliser la « situation sur les marchés mondiaux de l’énergie sur fond de situation dans le golfe Persique ».
(Jarrett Renshaw, Vladimir Soldatkin et Guy Faulconbridge, avec la contribution de Nandita Bose; version française Jean Terzian et Nicolas Delame, édité par Blandine Hénault)
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