Cameroun: le pays espère un taux d’industrialisation qui dépasse les 5%
Dans son ouvrage « Le train de vie de l’État, comment les dépenses publiques influent sur l’ambition d’émergence du Cameroun à l’horizon 2035 », l’économiste camerounais Narcisse Palissy Chassem Tchatchum dresse un bilan à mi-parcours de la Vision 2035. Directeur exécutif adjoint n°1 et chef de délégation du Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam) à Yaoundé, il constate un net recul sur le plan de l’industrialisation, pourtant deuxième pilier de cette stratégie nationale. S’appuyant sur des données de la Banque mondiale et ses propres calculs, il estime désormais que le Cameroun devra enregistrer une croissance industrielle de 5,5 % par an, soit plus du double de ce qui était initialement prévu, pour atteindre l’émergence en 2035.
Avec IC/Le Journal Chrétien
L’objectif fixé en 2010 était ambitieux : faire passer la part de la valeur ajoutée manufacturière de 14,5 % du PIB à 19,7 % en 2024, puis à 25 % en 2035. Cet indicateur, qui mesure la richesse créée par les activités de transformation, devait servir de socle à la transformation structurelle du pays. Mais la réalité est tout autre : en 2024, cette part n’est pas en hausse, mais en baisse, à seulement 13,9 % du PIB. En clair, souligne Narcisse Chassem, la base industrielle du Cameroun s’érode au lieu de se consolider.
Ce constat impose une révision des trajectoires. « Pour rattraper le retard, il ne faut plus une croissance de 2,2 % par an, mais de 5,5 % jusqu’en 2035 », précise l’auteur, dont l’ouvrage est préfacé par l’universitaire et spécialiste de la gouvernance Viviane Madeleine Ondoua Biwolé. Autrement dit, l’effort à fournir est désormais plus de deux fois supérieur à celui envisagé il y a quinze ans.
Pour rappel, la Vision 2035 repose sur trois piliers majeurs : devenir un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure (plus de 4 000 dollars de revenu par habitant), atteindre 25 % de part industrielle dans le PIB, et ramener le taux de pauvreté à 10 %. Le recul observé sur le pilier industriel fragilise ainsi l’ensemble de l’édifice et interroge la capacité du Cameroun à tenir son calendrier d’émergence.
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