France/Retraites: Bayrou annonce des mesures en faveur des mères et espère un accord sur la pénibilité
PARIS (Reuters) – Le « conclave » sur les retraites a accepté de ne pas modifier les « décisions d’âge » de la réforme de 2023 et il a permis de déboucher sur des accords, notamment pour la carrière des femmes, a déclaré jeudi le Premier ministre, François Bayrou.
Lors d’une conférence de presse à Matignon, le chef du gouvernement a salué « les progrès » issus du travail « remarquablement utile » accompli par les partenaires sociaux pendant quatre mois.
Le Premier ministre nommé en décembre a rappelé que les objectifs premiers étaient de garantir le système par répartition, de tendre vers un équilibre des comptes à l’horizon 2030, de permettre davantage de justice, le tout sans alourdir le coût du travail – autant de points sur lesquels les participants au « conclave » se sont, selon lui, accordés.
« Tous les participants ont accepté le principe d’un équilibre des comptes en 2030 », et ils se sont accordés pour ne pas modifier « les décisions d’âge » de la réforme de 2023, a dit François Bayrou, qui a salué « le courage » des négociateurs sur ce point de crispation majeur.
La question de l’âge de départ à la retraite, que la réforme a fait passer de 62 à 64 ans, a été beaucoup contestée dans la rue et au Parlement.
Selon le Premier ministre, les partenaires sociaux se sont toutefois entendus pour abaisser l’âge permettant d’accéder à une retraite à taux plein – même sans avoir tous les trimestres requis – à 66 ans et demi, contre 67 ans actuellement.
Autre point d’accord à destination des mères qui travaillent : leur retraite serait calculée sur les 24 meilleures années pour celles ayant eu un enfant au lieu de 25 ans actuellement. Quant à celles en ayant eu deux, elle serait calculée sur les 23 meilleures années.
La question de la pénibilité, chère à des syndicats comme la CFDT, fera l’objet d’autres discussions.
François Bayrou a suggéré de laisser encore quelques semaines aux partenaires sociaux pour s’entendre, notamment en terme de financement, faute de quoi « le gouvernement proposera des compromis ».
TEXTE AU PARLEMENT À L’AUTOMNE
Toutes ces modifications seront incluses dans un texte « qui sera soumis au Parlement à l’automne dans le cadre du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale », a assuré le Premier ministre.
L’intervention de François Bayrou répond aux incertitudes qui prévalent depuis la fin, sans accord, des discussions du conclave, lundi soir.
Patronat et syndicats se sont renvoyés la responsabilité de l’impasse, conduisant Matignon à reprendre la main en recevant une à une les organisations représentatives restées engagées dans le « conclave »: CFDT, CFTC, CFE-CGC côté salariés, Medef et CPME côté patronat.
Quatre autres entités – Force ouvrière, la CGT, l’U2P et le syndicat des artisans – ont quitté le « conclave » en cours de route.
Sans attendre l’issue des discussions de Matignon, le groupe socialiste de l’Assemblée nationale a déposé, seul, une motion de censure contre le gouvernement, qui devrait être votée par les autres groupes de gauche – France insoumise, communistes et écologistes. Elle devrait être examinée mardi.
Dans le texte de cette motion consulté par Reuters, le PS reproche à François Bayrou d’avoir renié sa parole donnée, rappelant que le Premier ministre avait assuré en janvier que le Parlement aurait « en tout état de cause le dernier mot » à l’issue du « conclave ».
Il dénonce un « échec du dialogue social (…) dû à l’intransigeance des organisations patronales » et un échec de la « méthode » Bayrou « dont les différentes déclarations sont venues successivement contraindre les travaux du conclave et contredire sa propre parole », en excluant notamment en mars tout retour à l’âge légal de départ à la retraite à 62 ans.
La motion de censure contre le gouvernement n’a guère de chance d’aboutir dans la mesure où le Rassemblement national, premier groupe d’opposition, n’a pas l’intention de la voter.
(Elizabeth Pineau, Jean-Stéphane Brosse)
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