Mère Teresa, sans Dieu ni foi
Le 4 décembre sort en salles «Mother Teresa & Me», un film magistral sur la femme derrière le mythe, en proie au doute et à la solitude extrême. Rencontre avec la comédienne suisse Jacqueline Fritschi-Cornaz, par ailleurs productrice de ce long-métrage.
Le film s’ouvre sur un épilogue des plus saisissants. Sous la pluie, face caméra, le cadrage serré, Mère Teresa s’adresse à Dieu dans un cri de colère et de désespoir: «Tu m’as tout pris. Ton amour… Ton amour n’était qu’une illusion. Je ne crois pas en toi. Tu n’existes pas. Âme, paradis, Dieu.. ces mots ne veulent plus rien dire.»
Signé par le réalisateur suisse-indien Kamal Musale, «Mother Teresa & Me» part à la rencontre de cette infatiguable combattante, tantôt habitée, tantôt abandonnée par sa foi. Un destin de femme qui se mêle, par la fiction, à celui d’une jeune Indo-Britannique d’aujourd’hui, également en proie au doute face à une grossesse non-désirée et qui s’enfuit à Calcultta pour se retrouver. La comédienne suisse-allemande Jacqueline Fritschi-Cornaz, qui y incarne le rôle-titre, revient sur son désir fou de produire ce long-métrage. Interview.
Pourquoi ce film? Y a-t-il eu un déclic en particulier?
Le projet de ce film est né lors de mon premier voyage en Inde, il y a treize ans, pour visiter des studios de Bollywood. C’était la première fois de ma vie que je rencontrais des enfants de la rue. J’ai été bouleversée. Et surtout convaincue qu’il fallait faire quelque chose pour eux. Mais quoi? Dans le bureau du directeur des studios, il y avait un portrait de Mère Teresa. J’ai été saisie alors par l’envie de faire un film sur elle, non pas sur la sainte, mais la personne réelle derrière le mythe, avec toute sa compassion. Chaque matin, elle se levait pour retourner au chevet des plus pauvres. Je désirais comprendre où elle trouvait cette force.
Connaissiez-vous déjà, à ce moment-là, le fait que Mère Teresa avait perdu la foi?
Non, nous ne l’avons appris que pendant la recherche biographique que nous avons menée avec le réalisateur Kamal Musale. On a alors découvert ses lettres qui ont été publiées en 2007. Et il s’est avéré évident, pour nous, qu’il fallait raconter ces doutes et cette perte de foi. Cela rendait, à mes yeux, la poursuite de son engagement jusqu’à la fin de sa vie encore plus impressionnant. On espère que ce film pourra inspirer d’autres personnes, surtout les jeunes, à continuer à poursuivre les buts qu’ils se sont donnés, même s’ils connaissent des périodes de doute. Notre monde et notre époque ont encore besoin de personnes convaincues qu’on peut vraiment changer les choses sur cette terre, si on s’y engage pleinement.
Justement, comment comprenez-vous le fait qu’elle ait eu la force de poursuivre son engagement malgré tout?
En devenant sœur, elle a fait le vœu de s’engager jusqu’à la fin de la vie. Elle considérait sa mission auprès des plus pauvres comme un autre appel dans ce premier appel. Je crois que c’est aussi pour cela qu’elle a tant cherché à cacher qu’elle avait perdu la foi. Elle n’en a parlé qu’à son confesseur. En menant ces recherches sur Mère Teresa, j’ai été extrêmement touchée de découvrir la solitude dans laquelle elle vivait finalement. Elle ne pouvait pas se confier aux autres sœurs, elle devait tout garder pour elle, car elle était consciente qu’elle avait le devoir de continuer à endosser ce rôle de modèle.
Que vous inspire précisément ce modèle?
J’ai eu la possibilité de travailler avec les sœurs de Calcutta, dans un asile pour enfants handicapés. J’ai été impressionnée par ce modèle d’humilité et de dévouement. Une forme de renoncement aussi. Elles se donnent jour et nuit, dans une unité parfaite. Et tout d’un coup, elles reçoivent un appel de leur organisation les informant qu’elles doivent changer de site. Elles n’ont pas le droit de rester plus de trois ans au même endroit, pour éviter qu’elles ne soient émotionnellement trop attachées aux personnes dont elles prennent soin.
Quel impact a eu sur votre vie spirituelle le fait d’interpréter ce rôle?
Beaucoup de comédiens, à l’instar d’Isabelle Huppert par exemple, disent qu’ils n’accepteront jamais d’interpréter le rôle-titre d’un biopic, parce qu’ils disent avoir trop peur de ne pas être à la hauteur. Alors, en effet, j’étais habitée par un immense respect et je me sentais comme au bas d’une montagne à escalader. Endosser pareil rôle, ce n’est pas comme mettre un manteau et puis l’enlever. Cela demande un grand travail, je dirais même, dans ce cas précis, un travail spirituel. Je crois que cela n’a pas changé qui je suis, dans le sens où je ne suis pas devenue plus pratiquante pour autant. Mais je pense que j’ai appris à croire en mes objectifs. Grâce au travail d’équipe exceptionnel avec Kamal et ces centaines de personnes devant et derrière a caméra, j’ai eu la force de réaliser ce film magnifique. Cela m’a donné la conviction qu’on peut faire toujours beaucoup plus que ce que l’on pense au départ.
Le dossier de presse parle d’un «film caritatif». Qu’est-ce que cela signifie?
Le film a été entièrement financé par des fondations et des donations privées. Cela nous a pris dix ans pour réunir la somme nécessaire. Pour ce faire, nous avons créé la Fondation Zariya. Les bénéfices du film seront également entièrement reversés à des institutions et fondations qui œuvrent auprès des plus démunis en Inde, notamment en soutenant les enfants pauvres dans leur éducation et leur santé. J’espère que ce film puisse inspirer les gens à être plus dans le respect, la tolérance et la compassion.
La compassion de Mère Teresa émanait, au départ de sa foi. La Fondation Zaria s’enracine-t-elle également dans les valeurs chrétiennes?
Non, elle est plutôt basée sur les valeurs humanitaires de Mère Teresa, si nécessaires aujourd’hui, avec tous les conflits, les guerres et les crises que nous connaissons. J’aime cette parole du Dalaï-Lama: «L’éthique est plus importante que la religion». A mon sens, respecter son prochain vaut plus que le fait de respecter simplement des dogmes.
A voir
«Mother Teresa & Me»
De Kamal Musale
Avec Jacqueline Fritschi-Cornaz et Banita Sandhu
www.mother-teresa-and-me.film
Campagne annuelle de financement 2026-2027 du Journal Chrétien
Le Journal Chrétien lance sa campagne de dons 2026-2027 pour financer sa plateforme de médias chrétiens visant à financer le site d'information Chretiens.com, l'application de ressources bibliques Bible.audio, et la chaîne de télévision chrétienne Chrétiens TV diffusée sur le canal 483 de Free en France. La concentration des médias aux mains d'un petit nombre d'acteurs économiques et de milliardaires représente une menace sur le pluralisme et l'indépendance de la presse.
Les dangers de la concentration des médias aux mains des milliardaires
A cause de la crise économique, de nombreux médias en difficulté financière ont été rachetés par des industriels puissants pour assurer leur survie. Les dangers de cette concentration des médias aux mains des milliardaires sont nombreux :
1. Menace sur le pluralisme et la diversité des opinions : En France, une poignée de milliardaires ou de grands groupes industriels (actifs dans le luxe, l'armement, le BTP ou les télécommunications) détiennent l'immense majorité des quotidiens nationaux, des chaînes de télévision et des radios. Cette emprise réduit la variété des points de vue, appauvrit le débat public et favorise les conflits d'intérêts.
2. Perte d'indépendance et autocensure des rédactions : Les journalistes risquent de subir des pressions directes ou indirectes de la part des actionnaires. De plus, les médias appartenant à des groupes industriels peuvent hésiter à enquêter de manière transparente sur les activités de leurs propres propriétaires ou de leurs partenaires économiques.
3. Uniformisation et baisse de la qualité de l'information : Pour des raisons de rentabilité, certains groupes privilégient des contenus à bas coût, comme des plateaux d'experts et des commentaires en continu, au détriment du travail d'investigation et de terrain.
Les églises évangéliques, une cible privilégiée des médias grand public
Le traitement des Églises évangéliques par les médias grand public suscite de vives tensions et est souvent perçu par les chrétiens et les instances représentatives comme un vecteur de stigmatisation ou de caricature.
Les critiques envers les médias traditionnels
1. Les amalgames et le sensationnalisme : Des reportages télévisés (comme celui d' Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » diffusé fin 2025) ont mis en lumière la vulnérabilité des églises évangéliques face à aux médias hostiles à ce courant du protestantisme.
Les institutions comme le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) et la Fédération Protestante de France (FPF) ont dénoncé des méthodes journalistiques contestables et des généralisations hâtives.
2. La méconnaissance du fait religieux : Les grands médias utilisent parfois un vocabulaire inadapté (confondant les pratiques, les rites ou la structure des petites églises locales avec de grandes mega-churches ou des mouvements ultra-minoritaires).
3. Le sentiment de rejet : Pour la majorité des communautés évangéliques, qui sont modestes et ancrées dans le bénévolat, ces portraits médiatiques renvoient une image de « monstres » ou de sectarisme éloignée de leur réalité quotidienne.
Le piège de l’uniformisation de l'information
L’uniformisation de l'information constitue un obstacle à un débat citoyen éclairé sur des sujets de société susceptibles d’intéresser la communauté chrétienne tels que :
1. l’éthique de la vie et de la famille (avortement et fin de vie, sexualité et genre, la place de la famille);
2. l’engagement citoyen et le vivre ensemble (participation civique, action caritative et humanitaire);
3. la sauvegarde de la Création (Ecologie) et l’éco-théologie qui invite les chrétiens à repenser leur style de vie et à agir pour la protection de l'environnement, perçue comme un mandat biblique de « gestion » de la Création confiée par Dieu;
4. les dérives et controverses médiatiques :
- Les dérives sectaires et l'emprise mentale : Les médias séculiers estiment que l’expansion rapide de nouvelles structures de type « méga-églises » suscite l'attention des autorités (comme la Miviludes en France) face aux risques d'emprise psychologique, de pressions financières (la dîme) ou d'abus spirituels.
- Les influences politiques : Certains reportages et enquêtes (notamment menés par des émissions comme Envoyé spécial) interrogent également les liens discrets qui existeraient entre des courants évangéliques radicaux et la sphère politique, y compris l'extrême droite.
Agissez avec notre plateforme de médias chrétiens !
Les instances protestantes et la communauté chrétienne ont vivement réagi contre les amalgames présentés à l'antenne à la suite de la diffusion du numéro d’Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » sur France 2 fin septembre 2025. Il a été reproché à l'émission des méthodes journalistiques qualifiées de contestables : montage à charge, questions orientées et absence d'experts nuancés.
Le reportage est accusé de réduire à des caricatures sectaires ou mercantiles la réalité des églises évangéliques et de généraliser des pratiques observées seulement dans certaines méga-églises.
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