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Entre ouverture sur les retraites et soutien de Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron sur la corde raide

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L’ancien président Nicolas Sarkozy a annoncé mardi qu’il voterait en faveur d’Emmanuel Macron au deuxième tour de l’élection présidentielle française, un soutien à double tranchant pour le chef de l’Etat au moment où il tente de convaincre les électeurs de gauche et des milieux populaires de faire barrage à l’extrême droite.

La candidate du Rassemblement National (RN), Marine Le Pen, a lancé mardi la contre-offensive au lendemain de l’évocation par Emmanuel Macron de possibles concessions sur son projet de réforme de l’âge de départ à la retraite, disant y voir une « manoeuvre électorale » en vue du second tour.

L’enjeu de la campagne d’entre-deux tours pour les deux finalistes est notamment de capter l’électorat de Jean-Luc Mélenchon, le dirigeant de La France Insoumise (LFI), dont la candidature sous la bannière de l' »Union populaire » a recueilli près de 22% des suffrages exprimés.

Pour rassurer cet électorat, et plus largement des Français inquiets pour leur pouvoir d’achat et leurs conditions de vie, auxquels il s’est confronté lundi dans les Hauts-de-France et mardi dans l’Est dans des villes qui ont voté majoritairement pour ses adversaires, Emmanuel Macron s’est dit prêt à amender ce qui a été vu comme la principale proposition de son programme: la réforme des retraites.

Dans une interview accordée lundi à BFM TV, le président sortant a assuré que le recul de l’âge du départ à la retraite de 62 à 65 ans – auquel les deux-tiers des Français se disent opposés, selon un sondage Elabe réalisé le mois dernier – n’était « pas un dogme », qu’il consulterait largement sur le sujet et qu’il amenderait son projet s’il suscite « trop d’angoisse ».

« Mon projet reste mon projet, je ne vais pas vous dire ici que je change d’avis du jour au lendemain, par contre je suis ouvert à la discussion », a précisé Emmanuel Macron mardi en marge d’un déplacement consacré à l’hôpital à Mulhouse (Haut-Rhin).

« SORTIR DES RÉFLEXES PARTISANS »

Alors que certains de ses adversaires politiques évoquent une « reculade » qui pourrait indisposer certains de ses électeurs du premier tour, venus de la droite, l’entourage d’Emmanuel Macron a assuré mardi que cela démontrait simplement que leur candidat était « à l’écoute des Français ».

« On ne peut pas faire comme si on n’avait pas vu les résultats du premier tour », a fait valoir le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, lui-même ancien élu du parti Les Républicains (LR) dont la candidate, Valérie Pécresse, a obtenu moins de 5% des voix au premier tour.

Dans ce contexte, l’impact du soutien affiché par Nicolas Sarkozy, qui a annoncé sur les réseaux sociaux qu’il voterait pour le chef de l’Etat sortant alors qu’il s’était refusé à soutenir publiquement Valérie Pécresse avant le premier tour, est difficile à évaluer.

« La fidélité aux valeurs de la droite républicaine et à notre culture de gouvernement doit nous conduire à répondre à l’appel au rassemblement d’Emmanuel Macron en vue de l’élection présidentielle », explique Nicolas Sarkozy dans un message.

« Il faudra sortir des habitudes et des réflexes partisans », observe Nicolas Sarkozy en précisant que la « nouvelle époque » qui s’annonce « nécessitera des changements profonds ».

« Cela m’honore et cela m’oblige », a répondu Emmanuel Macron en marge de son déplacement à Mulhouse.

Cette réponse de l’ancien président de la République à la main tendue du chef de l’Etat, qui a dit dimanche soir vouloir réunir « tous ceux qui veulent travailler pour la France », n’est en revanche pas du goût de tous les élus de droite.

« Il dit qu’il veut une grande recomposition. La réponse est non », a rétorqué sur BFM TV le député LR Julien Aubert, qui a dit qu’il ne choisirait pas entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, rompant avec la ligne politique définie par son parti.

LE RN DÉNONCE UNE « MANOEUVRE » SUR LES RETRAITES

Le soutien de Nicolas Sarkozy pourrait aussi être délicat à gérer pour le chef de l’Etat sortant au moment où il cherche à convaincre les électeurs de Jean-Luc Mélenchon de voter pour lui, ou à tout le moins de ne pas donner « une seule voix » à Marine Le Pen, comme le dirigeant Insoumis le leur a demandé dimanche soir.

Face à cette tentative de reconstitution d’un « front républicain » – l’ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin a aussi annoncé mardi qu’il ferait barrage à l’extrême droite -, Marine Le Pen a accusé mardi Jean-Luc Mélenchon de « trahison » envers les classes populaires.

Invitée sur France Inter, la candidate du RN a aussi ironisé sur ce qu’elle a présenté comme une « manoeuvre » d’Emmanuel Macron sur la réforme des retraites, destinée selon elle à « tenter de récupérer ou en tout cas d’atténuer l’opposition des électeurs de gauche ».

« Il n’y a rien à attendre d’Emmanuel Macron dans ce domaine, il ira jusqu’au bout de cette obsession car en réalité la retraite à 65 ans c’est son obsession », a-t-elle assuré.

« Emmanuel Macron a passé son temps à être méprisant et il veut nous faire croire maintenant qu’il est à l’écoute », a raillé de son côté Louis Aliot, maire RN de Perpignan et ancien compagnon de Marine Le Pen.

L’apparente inflexion du chef de l’Etat sortant sur l’âge de départ à la retraite n’a pas convaincu non plus les partisans de Jean-Luc Mélenchon.

« Pour l’instant (…) moi je n’ai pas compris où il était prêt à aller », a commenté sur Public Sénat son directeur de campagne, Manuel Bompard, en appelant Emmanuel Macron à dire « clairement les choses » et à prendre des « engagements » fermes, par exemple sur la question d’un référendum sur la réforme des retraites.

(Rédigé par Tangi Salaün, édité par Sophie Louet)

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