Blanquer annonce des recrutements après une forte mobilisation enseignante
par Myriam Rivet et Marc Angrand
PARIS (Reuters) – Le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a annoncé le recrutement de 3.300 contractuels et la mise à disposition de 5 millions de masques FFP2 dans les écoles jeudi à l’issue d’une journée de grève et de forte mobilisation du corps enseignant contre la gestion de la crise sanitaire dans le système éducatif par leur ministre de tutelle.
Des dizaines de milliers d’enseignants ont défilé dans les rues de nombreuses villes de France après plusieurs semaines marquées par l’envolée du nombre de cas de contaminations et par la montée de la grogne face aux modifications à répétition du protocole sanitaire les concernant.
Quelque 15.000 personnes ont manifesté à Paris, selon le SNES. La préfecture de police a fait état de 8.200 manifestants.
Cette colère, exacerbée par une communication gouvernementale jugée erratique, a conduit le Premier ministre, Jean Castex, à prendre le dossier en main, en présidant en fin d’après-midi une réunion avec une délégation de syndicalistes, au ministère de l’Education nationale, en présence de Jean-Michel Blanquer.
« C’était un moment très important après cette journée de forte mobilisation (…). Ça a été un moment de bonne discussion pour aller de l’avant sur des points concrets », a déclaré Jean-Michel Blanquer à la presse à l’issue de plusieurs heures de réunion.
Le ministre de la Santé, Olivier Véran, à l’isolement après un test positif de détection du coronavirus, a participé aux discussions en téléconférence.
Jean-Michel Blanquer a promis une meilleure concertation sur les protocoles sanitaires, avec une réunion bimensuelle avec les organisations syndicales et le ministère de la santé.
« Cinq millions de masques FFP2 seront diffusés dans le système scolaire pour répondre aux besoins », notamment pour les enseignants en maternelle », a-t-il ajouté.
« Il est exact que le Covid crée des absences de professeurs, de personnels administratifs. J’ai annoncé que nous recruterions 3.300 contractuels de plus, que nous allons avoir recours aux listes complémentaires, c’est-à-dire des personnes qui sont sur des listes de concours et rentrent ainsi dans la fonction, notamment à l’école primaire. »
Jean-Michel Blanquer a aussi promis le recrutement d’assistants d’éducation et de personnels d’appui administratif pour les directeurs d’école.
Le ministre de l’Education nationale a également décidé de reporter les évaluations des élèves de CP prévues la semaine prochaine et d’examiner l’opportunité de reporter les épreuves d’enseignement de spécialité du baccalauréat, prévues en mars.
DES SLOGANS CONTRE LE « MÉPRIS »… ET BLANQUER
À la mi-journée, le ministère de l’Education nationale a fait état d’une moyenne de 31% de grévistes, primaire et secondaire confondus, en France métropolitaine, des chiffres bien inférieurs aux premières estimations fournies par les syndicats à l’occasion d’une journée de mobilisation inédite.
Les chiffres officiels ont fait également état d’un taux de participation à la grève de 27,34% en moyenne pour l’ensemble des personnels de l’Education nationale.
Le syndicat SNUipp-FSU avait annoncé mardi une participation de 75% dans le primaire en évoquant la fermeture d’une école sur deux. Dans le secondaire, le Snes-FSU a évoqué une grève « majoritaire » avec 62% de grévistes dans les collèges et les lycées.
Les données sur la participation aux mouvement de grève dans l’éducation sont souvent très divergents selon qu’ils émanent du ministère ou des syndicats, les modes de calcul étant différents.
La majorité des syndicats de l’Education nationale, toutes catégories de personnels confondues, plusieurs associations de lycéens et même une fédération de parents d’élèves avaient appelé à la mobilisation, une alliance sans précédent.
« Stop au mépris », « De qui se moque-t-on ? », « On en a marre des tests »: les pancartes brandies dans le cortège parisien jeudi après-midi sous un soleil hivernal traduisaient la fatigue et le malaise des grévistes, qui réclament des moyens supplémentaires et une clarification du protocole.
Le slogan « Blanquer démission » était quant à lui très présent, le ministre de l’Education nationale étant la cible numéro un de nombreux manifestants, tout comme de plusieurs responsables politiques de gauche venus se joindre aux cortèges.
« RAS-LE-BOL »
« C’est ça qu’a réussi Blanquer: il a à moitié démoli l’école mais il a réussi à mettre tout le monde d’accord à l’école, c’est pas mal », a raillé Jean-Luc Mélenchon, candidat à l’Élysée soutenu par la France insoumise (LFI) à Paris.
« Je pense qu’un crétin pareil est utile », a-t-il ajouté sans aller jusqu’à demander son départ, estimant que « faut laisser leur chance aux bons à rien ».
Pour l’écologiste Yannick Jadot, en déplacement à Grenoble, « il faut que le président de la République entende ce ras-le-bol, change son ministre, ne serait-ce que pour renouer le dialogue avec la communauté enseignante mais surtout fasse ce qu’il faut pour que nos élèves, leurs parents et les enseignants vivent ce moment avec un peu de stabilité. »
La maire de Paris, Anne Hidalgo, dont la présentation du programme pour la présidentielle a été en partie éclipsée par la grève, a quant à elle été chahutée lors de son arrivée dans le défilé parisien.
(Rédigé par Myriam Rivet et Marc Angrand, édité par Sophie Louet et Jean-Stéphane Brosse)
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