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Tensions en banlieue parisienne, des syndicats de police s’inquiètent

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PARIS (Reuters) – Des incidents ont éclaté dans plusieurs communes de la banlieue parisienne dans la nuit de lundi à mardi, pour une troisième nuit consécutive, faisant craindre une escalade des tensions dans un contexte de réduction des effectifs des services de police pour gérer la crise du coronavirus.

Les tensions ont débuté samedi après un accident avec un motocycliste impliquant une voiture de police à Villeneuve-la-Garenne, dans les Hauts-de-Seine. Une cinquantaine de jeunes ont tiré des feux d’artifice et des projectiles en direction des forces de l’ordre qui ont répliqué par des tirs de LBD (lanceur de balles de défense) et des gaz lacrymogènes.

Le conducteur de la moto, qui ne portait pas de casque, a été grièvement blessé à la jambe après avoir heurté violemment la portière ouverte de la voiture de police. Il a reçu les premiers soins de la part des policiers sur place avant d’être hospitalisé. Son pronostic vital n’est pas engagé, a déclaré la préfecture de police de Paris.

Une enquête a été confiée par le parquet de Nanterre à la Sûreté territoriale des Hauts-de-Seine, selon la préfecture de police.

Dans les deux nuits qui ont suivi, plusieurs guet-apens ont été organisés contre les forces de l’ordre, en particulier dans la région parisienne, a déclaré le ministère de l’Intérieur.

Appelés pour des incendies de poubelles ou des rodéos à moto – qui sont interdits -, les policiers ont essuyé des attaques de dizaines de jeunes et ont répondu dans certains cas par des tirs de LBD et de gaz lacrymogène.

Ces violences se sont concentrées dans la nuit de lundi à mardi dans les Hauts-de-Seine, en Seine-Saint-Denis, en Essonne, dans l’Oise ou encore dans les Yvelines.

Dans un communiqué diffusé mardi en début de soirée, la préfecture de police de Paris a annoncé l’interdiction de la vente et de la détention de fusées d’artifice et d’articles pyrotechniques entre le 21 et le 27 avril à Paris et dans ses trois départements limitrophes.

« Ces agissements sont évidemment intolérables et appellent une réponse de fermeté », a estimé de son côté le ministère de l’Intérieur dans un communiqué.

Neuf personnes ont été interpellées dans les Hauts-de-Seine dans la nuit de lundi à mardi et sept la nuit précédente en région parisienne.

RAPPEL DE 2005

« Je crains que ça ne s’embrase dans les banlieues », a dit à Reuters le secrétaire général d’Unité SGP Police, Yves Lefebvre, qui dit redouter une répétition des émeutes de 2005 qui avaient duré plus de trois semaines et s’étaient propagées dans toute la France.

Le détonateur avait été la mort de deux adolescents électrocutés dans l’enceinte d’un poste électrique alors qu’ils cherchaient à échapper à un contrôle de police.

Le syndicaliste s’interroge quant à la capacité des forces de l’ordre à intervenir dans un tel scénario.

L’absentéisme dans les rangs est estimé à 10%, hors Paris, selon Unité SGP Police, entre les policiers atteints du coronavirus, ceux mis en confinement et ceux qui doivent garder leurs enfants.

« Si jamais on se doit, demain, d’être confronté à des violences urbaines, on aura du mal à tenir sauf si on applique un couvre-feu et qu’on le fasse respecter avec le support de l’armée », dit-il.

Le ministère de l’Intérieur explique que les tensions sont exacerbées en cette période de confinement, une minorité de personnes réagissant mal à la présence des forces de l’ordre et aux verbalisations à la suite de contrôles.

Mais il assure qu’il « n’y a pas de problème capacitaire, d’autant plus que la délinquance est (…) en chute libre en raison du confinement ».

Dans les Yvelines, les forces de l’ordre ont pour l’instant pu gérer ces violences, malgré le manque d’effectif, confirme le secrétaire régional d’Alliance Police nationale, Julien Le Cam. L’interruption des enquêtes non prioritaires a permis de redéployer des agents sur le terrain.

Le syndicat réclame en revanche une réponse judiciaire plus ferme pour les fauteurs de troubles dans ces quartiers où le confinement est difficile à faire respecter.

(Camille Raynaud avec Caroline Pailliez, Richard Lough et Sudip Kar-Gupta, édité par Jean-Michel Bélot et Jean-Stéphane Brosse)

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