En France, le Covid-19 place chaque maillon de la chaîne funéraire sous tension
Empilés, protégés par du carton et emballés de films plastiques, les produits que deux chauffeurs chargent ce jour-là à l’intérieur de leurs camions sont devenus une denrée précieuse dans la France sous coronavirus: des cercueils.
Si l’épidémie a contraint la plupart des entreprises à fermer leurs portes dans le cadre du confinement général mis en place par le gouvernement, l’usine OGF de Jussey, petite bourgade de 1.600 habitants de la Haute-Saône située à deux heures de route à l’ouest de Mulhouse, a du mal à tenir son carnet de commandes.
« La cadence par rapport aux événements devrait passer à 50 cercueils de plus par jour dès la semaine prochaine », explique le directeur du site, Emmanuel Garret. « On devrait passer à 410 cercueils par jour », ajoute-t-il.
Le groupe OGF, qui possède aussi une usine à Reyrieux, dans l’Ain, produit chaque année près de 144.000 cercueils, et se présente comme le premier producteur européen de cercueils en bois massif.
De l’usine de Jussey sortent chaque année 80.000 cercueils de chêne ou de pin destinés au marché français, vendus entre 700 et 5.000 euros. Une forêt adjacente de 60 km2 lui fournit la matière première.
A mi-chemin entre Paris et l’Alsace, deux des foyers les plus virulents de l’épidémie de Covid-19 qui comptent pour plus de la moitié des quelque 5.400 décès enregistrés à ce jour en France, l’usine de Jussey est en première ligne du combat meurtrier engagé contre le SARS-CoV-2.
« Il est clair qu’en terme d’activité, ce sont les régions où on est implanté, le Grand Est et l’Île de France, où la demande est la plus forte », reprend Emmanuel Garret.
Pour faire face à l’afflux de commandes, l’usine va opter pour des modèles plus simples.
A l’intérieur de l’usine, où les espaces de travail sont régulièrement désinfectés, les 120 salariés respectent une distance minimale entre eux. Ils portent tous des masques, que l’entreprise, pénurie oblige, a commandés à des couturières de la région.
« ON REFAIT LES STOCKS DÈS LE LENDEMAIN MATIN »
A 300 km à l’ouest, à Paris, on se prépare à une vague de décès. Plus de 2.200 patients sont en réanimation dans les hôpitaux franciliens.
Au marché d’intérêt national de Rungis, dans le Val-de-Marne, le plus grand marché alimentaire d’Europe, un hall « excentré et isolé » a été réquisitionné et réaménagé en salle mortuaire capable d’accueillir un millier de victimes du coronavirus. Les familles disposeront de salons pour se recueillir une dernière fois auprès de leurs proches disparus.
Ce lieu permettra de conserver « dans les conditions les plus dignes et acceptables du point de vue sanitaire les cercueils des défunts dans l’attente de leur inhumation ou de leur crémation, en France ou à l’étranger », a précisé la préfecture de police de Paris, ajoutant que les premiers cercueils pourraient être pris en charge ce vendredi et que les familles pourraient y avoir accès à partir de lundi.
« Ce n’est pas un jeu vidéo, c’est une réalité », dit le préfet de police de Paris, Didier Lallement
Commerciale à la société Bernier, un des cinq distributeurs de cercueils et d’articles funéraires dans la région parisienne, Nathalie Vounikoglou explique que les demandes ont augmenté de 20% ces deux dernières semaines.
« On a des ruptures de stock ponctuelles de modèles bas de gamme en taille standard car il n’y a plus de présentation ni de cérémonies, donc les familles vont au moins cher », dit-elle.
Elle constate aussi que certains hôpitaux et certains Ehpad, les établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, ne veulent apparemment pas conserver les corps des patients qui ont succombé au Covid-19 et demandent donc une mise en bière immédiate, ce qui exerce une tension supplémentaire sur l’ensemble de la chaîne funéraire.
En temps normal, indique-t-elle, les établissements de pompes funèbres passent commande de cercueils à trois ou quatre jours. « Pour l’instant, on refait les stocks dès le lendemain matin. »
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