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L’impossible valorisation de Renault… jusqu’à ce jour

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par Gilles Guillaume et David Dolan

PARIS/LONDRES (Reuters) – La forte baisse de la participation de Renault dans Nissan peut théoriquement doper la capitalisation du groupe au losange en remédiant enfin au mystère de l’impossible valorisation du constructeur automobile français pendant de longues années, selon des sources et des analystes.

Dans le cadre de leur nouvelle alliance, dont les modalités ont été dévoilées lundi à Londres, Renault va réduire sa participation dans Nissan à 15% contre environ 43% actuellement.

Nissan va de son côté investir jusqu’à 15% dans Ampère, la future entité électrique du groupe français qui doit être à terme introduite en Bourse, et acquérir les droits de vote pour sa participation de 15% dans Renault, afin de rééquilibrer leur partenariat vieux de plus de vingt ans.

Cette nouvelle alliance devrait permettre à Renault d’opérer comme une « entreprise normale », a déclaré lundi le directeur général de Renault, Luca de Meo, lors de la présentation de l’alliance, aux côtés du directeur général de Nissan, Makoto Uchida, et de Takao Kato, son homologue chez Mitsubishi Motors.

Les marchés financiers peinent depuis longtemps à estimer la juste valeur de Renault, divisée entre ses actifs automobiles, sa présence au capital de Nissan et ses actifs bancaires. Ils avaient prôné à de nombreuses reprises, soit une fusion Renault-Nissan, soit une séparation entre deux pure players, afin de simplifier leurs modèles d’analyse.

« Cette difficulté a conduit à des situations aberrantes à au moins deux reprises », se souvient une source du secteur.

Après la crise financière de 2008 et l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, la chute de l’action Renault a fait tomber la capitalisation du groupe en dessous de la valeur de sa participation dans son partenaire Nissan.

Cela revenait à dire qu’une entreprise employant plus de 100.000 personnes dans 38 pays et vendant plusieurs millions de véhicules par an valait en fait intrinsèquement moins que zéro.

Cette anomalie fait partie des cas d’école enseignés dans les formations sur l’économie des entreprises. « Outre la complexité de son alliance, Renault a longtemps été victime de la décote appliquée aux conglomérats ou aux holdings, où le tout est souvent inférieur à la somme de ses parties », explique un analyste.

Mi-2008, Morgan Stanley estimait la valeur intrinsèque de l’action Renault – hors participations dans Nissan et Daimler – à zéro, et à -17 euros pièce celle du coeur automobile du groupe français une fois enlevée la valeur estimée de son activité de financement RCI Banque.

Rebelote en 2022, quand la valorisation du groupe au losange est redevenue inférieure à la valeur de sa participation dans Nissan.

« En théorie, la décote de valorisation devrait bénéficier de la stabilisation de la performance opérationnelle de Renault », commente Philippe Houchois, analyste automobile chez Jefferies.

Renault espère aussi faire coup double, en simplifiant la lecture de l’alliance sans se priver pour autant du bénéfice de ses actions dans son partenaire Nissan.

Le groupe a ainsi prévu de placer les 28,4% de Nissan – valorisés à quelque 3,8 milliards d’euros – qu’il compte céder dans une fiducie, avec un droit de « première offre » pour le groupe japonais lorsque son partenaire français décidera de vendre des titres.

Des sources estiment par ailleurs qu’Ampère, qui a vocation à être mis en Bourse au quatrième trimestre, pourrait être valorisé jusqu’à 10 milliards d’euros. Mais pour Luca de Meo, ce sera au marché de décider de la valorisation, « pas à moi ».

« Tout le monde nous reprochait d’avoir une quantité d’argent bloquée dans un système où on ne pouvait rien décider, cet accord nous permettra de monétiser à un moment donné, à notre gré, à notre rythme, une énorme masse d’argent (…) tout en gardant l’alliance en marche », a dit une source proche du constructeur automobile français.

S’il doit par ailleurs prendre une dépréciation pour perte de valeur en raison de l’écart entre la valorisation boursière de Nissan et sa valeur à l’actif de la situation financière de Renault Group, il ne le fera que lorsque la décision de vendre des titres sera prise, ont précisé deux autres sources de Renault.

La situation semble d’ores et déjà s’éclaircir depuis le début de l’année et l’équation de Renault est redevenue positive. L’action du groupe au losange a pris plus de 20% en deux mois et l’entreprise vaut aujourd’hui 11 milliards d’euros en Bourse, ses 43,4% dans Nissan environ 6 milliards.

Malgré les incertitudes de marché, la concurrence accrue dans l’électrique et une stratégie à première vue compliquée par la création de cinq entités, les marchés financiers semblent donc vouloir croire à une simplification du cas Renault.

A Ampère, entité regroupant les activités électriques et logiciels du groupe au losange, s’ajouteront le développement de l’entité de motorisations thermiques grâce à l’arrivée du chinois Geely – estimée à plusieurs milliards – et le reste du groupe.

« Dans ce cas, les mathématiques reprendront leurs droits: en additionnant Ampère, projet Horse et les autres actifs de Renault, le tout pourrait enfin égaler la somme de ses parties, voire faire davantage », a ajouté la source.

Pour l’agence de notation Moody’s, la perspective d’une cession d’une participation dans Nissan et celle d’un investisseur du groupe japonais dans Ampère, pourraient libérer une valeur considérable pour permettre à Renault de sa désendetter et d’améliorer l’allocation de son capital. Selon les données de Refinitiv, la dette nette du constructeur français s’élève à environ 39 milliards d’euros.

Son rendement des capitaux propres, une mesure phare de rentabilité, n’est que d’environ 2%, contre 5% pour Nissan et 11% pour Toyota Motor Corp.

(Reportage Gilles Guillaume, David Dolan et Daniel Leussink, édité par Matthieu Protard)

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