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Tunisie: Faible participation aux législatives, l’opposition appelle Saïed à la démission

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TUNIS (Reuters) – Seuls 8,8% des électeurs tunisiens se sont rendus aux urnes samedi pour participer aux élections législatives en vue d’élire un nouveau Parlement privé de pratiquement tout pouvoir, dernière étape de la transformation du pays en régime ultra-présidentiel sous la houlette de Kaïs Saïed.

Ouverts à 08h00 (07h00 GMT), les bureaux de vote ont fermé à 18h00 (17h00 GMT).

Le taux de participation a été particulièrement faible. Seuls quelque 803.000 électeurs sur neuf millions, soit 8,8%, ont voté, selon la commission électorale nationale. Des bureaux de vote ont été quasi déserts.

Suite à la faible participation, la coalition d’opposition, « Front du salut national », a appelé samedi Kaïs Saïed à démissionner, estimant qu’il avait perdu toute légitimité.

Après avoir appelé au boycott du scrutin législatif, l’opposition a invité les Tunisiens à des « manifestations et des sit-in massifs » pour exiger une nouvelle élection présidentielle.

« Ce qui s’est passé aujourd’hui est un tremblement de terre », a déclaré Ahmed Néjib Chebbi, le leader de la coalition Front du salut national.

« A partir de ce moment, nous considérons que Saïed est un président illégitime et nous exigeons qu’il démissionne après ce fiasco », a-t-il ajouté.

L’opposition dénonce la dérive autoritaire de Kaïs Saïed, qui avait suspendu le précédent Parlement l’an dernier et qui a fait adopter cet été une nouvelle Constitution entérinant les quasi pleins pouvoirs du chef de l’Etat.

Ironie de l’Histoire, les élections se sont tenues à la date anniversaire de l’immolation de Mohamed Bouazizi, un vendeur de rue dont la mort avait entraîné le soulèvement du pays jusqu’à la chute du régime autocratique du président Zine el Abidine Ben Ali, point de départ des « printemps arabes » en 2011.

Douze ans plus tard, la Tunisie est, selon les contempteurs de Kaïs Saïed, en train de refermer définitivement la parenthèse d’une transition démocratique à laquelle elle a été pendant une décennie le seul des pays arabes concernés à se raccrocher, même de manière chaotique, alors que l’armée a très tôt repris le pouvoir en Egypte et que la Libye, la Syrie et le Yémen se sont enfoncés dans la guerre civile.

Lassés par l’instabilité politique, frappés de plein fouet par la crise économique et l’inflation, la plupart des Tunisiens n’ont guère semblé intéressés par le scrutin, après avoir déjà boudé les urnes lors du référendum constitutionnel cet été.

« Ils ont fait de nos vies un enfer (…) Notre rêve le plus fou est de trouver une bouteille de lait pour nos enfants », a dit à Reuters Mohamed Salmi, ouvrier dans le bâtiment, qui n’a pas l’intention de voter.

Kaïs Saïed, un ancien professeur de droit élu en 2019 sous étiquette indépendante, avait présenté le scrutin comme une étape importante de son projet visant à mettre fin au chaos et à la corruption dans le pays.

Le chef de l’Etat, qui gouverne par décrets depuis qu’il a suspendu l’ancien Parlement à l’été 2021, s’est mis à dos toute l’opposition, des islamistes d’Ennahda aux destouriens issus pour partie de l’ancien parti de Ben Ali.

Ahmed Néjib Chebbi, qui a pris la tête d’une coalition constituée par des opposants, dont Ennahda, avait au préalable qualifié les élections qu’il va boycotter de « farce » et estimé que le résultat n’aurait aucune conséquence sur la vie politique du pays, le président ayant désormais seul le pouvoir de nommer le Premier ministre.

L’autoritarisme de Kaïs Saïed suscite de plus en plus de résistance en Tunisie, y compris de la principale centrale syndicale, l’UGTT, qui avait dans un premier temps soutenu certaines de ses initiatives mais qui l’a vivement critiqué à l’approche des élections.

La situation pourrait encore se compliquer pour le chef de l’Etat si le gouvernement entreprend les réformes impopulaires réclamées par le Fonds monétaire international (FMI) pour débloquer un prêt de 1,9 milliard de dollars qui aiderait la Tunisie à surmonter la crise économique.

(Reportage Tarek Amara, version française Tangi Salaün et Matthieu Protard)

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