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Le message du prophète Amos pour nous aujourd’hui

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  1. Introduction

Quiconque souhaite discuter du message social des prophètes pense, sans aucun doute, aux oracles du prophète Amos. Il est en effet l’un des prophètes les plus cités lorsqu’il s’agit de revendiquer le droit des plus faibles, exploités par les plus puissants. Cependant, réduire le message d’Amos à cette seule dimension sociale serait le priver de son véritable sens, car il s’inscrit dans un cadre divin. Il serait illusoire de vouloir saisir avec pertinence le message d’Amos sans le restituer dans le cadre des alliances que Dieu a conclues : d’abord avec Adam, puis avec Noé après le déluge (alliance créationnelle), et ensuite avec son peuple élu (alliance de rédemption). Que ce soit Amos ou les autres prophètes, ils annoncent tous leurs messages dans ce cadre bien défini : celui de l’alliance des œuvres et de l’alliance de rédemption.

  1. Amos et son époque

Amos est un prophète du Sud envoyé par Dieu pour prophétiser dans le Nord. Il a vécu au VIIIe siècle av. J.-C., à l’époque du roi Jéroboam II. C’était une période de paix et de prospérité tant pour le Nord (Israël) que pour le Sud. La Syrie, qui menaçait Israël et Juda, avait été réduite au silence par la puissance croissante de l’Assyrie. Jéroboam en a profité pour récupérer les territoires jusqu’alors occupés par les ennemis. Pourtant, dans cette situation de paix et de prospérité, les Israélites n’ont pas marché dans la voie de Dieu, selon le contrat d’alliance conclu entre eux et leur Dieu, le Suzerain. Depuis la séparation d’avec Juda, Jéroboam avait introduit le syncrétisme par le culte des veaux d’or dans le royaume du Nord. C’est ainsi qu’Israël a commencé à s’éloigner du culte du vrai Dieu qui l’avait fait sortir d’Égypte.

  1. Le cadre de l’alliance créationnelle

Dieu a créé Adam et Ève à son image (Gn 1,26-28) et leur a confié une mission que l’on appelle le mandat culturel (Gn 1,28 ; 2,15). L’être humain a été créé pour vivre en relation avec son ultime vis-à-vis : Dieu. Il n’était pas destiné à vivre pour ses propres fins ; son bonheur résidait dans sa dépendance à son Créateur. Mais l’homme, ayant choisi d’écouter Satan plutôt que son Créateur, a fait entrer le mal dans le monde par la chute. Les prophètes font allusion à cette chute (Osée 6,7), de même que le livre de Job (31,33). Même après la chute, l’homme a continué d’assumer son mandat culturel, malgré les conséquences du péché (Gn 4).

Après le déluge, Dieu a renouvelé son alliance avec Noé et sa famille dans cette nouvelle situation marquée par le péché. Dans cette alliance noahique, Dieu introduit notamment la peine capitale (Gn 9,6). Cette alliance est appelée « éternelle » (Gn 9,16) et est établie entre Dieu et tous les êtres vivants. Amos fait référence à Dieu comme Créateur de toute la création (Am 5,8) : il est le Dieu de toutes les créatures et non d’Israël seulement ; il est donc en plein droit de leur demander des comptes. C’est un temps de patience introduit par Dieu en attendant le jugement final, au sein duquel s’inscrit l’alliance de rédemption. C’est dans ce cadre que les prophètes s’adressent aux autres peuples et les rendent responsables de leurs agissements. Amos dénonce ainsi avec force les actes barbares de Damas, de Gaza, de Tyr, d’Édom et de Moab (Am 1,3 – 2,3).

  1. L’alliance de rédemption

Après avoir fustigé les nations avoisinantes dans le cadre de l’alliance noahique, Amos s’adresse avec véhémence à Juda et à Israël. Contre eux, il prononce ses oracles de jugement dans le cadre de l’alliance mosaïque. Israël et Juda ont été les bénéficiaires du choix divin et de tous ses bienfaits. Ils ont goûté combien le Seigneur est bon : il les a tenus par la main dans le désert après leur sortie d’Égypte et leur a donné sa Loi. Amos déclare que les Judéens ont méprisé la Loi de l’Éternel (Am 2,4-5) : ils ont préféré leurs propres lois à la Loi divine. Ce mépris de la Loi les a conduits à de mauvais agissements envers leurs semblables.

Le châtiment et la destruction de Jérusalem, qui s’abattront en 587 av. J.-C., sont ainsi annoncés. Les Israélites du Nord sont à déplorer sur tous les plans (social, politique et religieux). Amos affirme qu’ils ont vendu le juste pour de l’argent et le pauvre pour une paire de sandales ; qu’ils aspirent à voir la poussière de la terre sur la tête des misérables et violent le droit des malheureux ; que le fils et le père vont vers la même jeune fille, afin de profaner le saint nom de Dieu (Am 2,6-8). Par la bouche de son prophète, Dieu leur rappelle l’acte de délivrance et sa conduite pendant quarante ans dans le désert (Am 2,10).Israël est coupable de syncrétisme et de formalisme. Les lieux de pèlerinage (Béthel, Guilgal, Beer-Shéba) sont devenus des lieux de fausse sécurité, au lieu de se tourner vers l’Éternel pour vivre (Am 5,4-5). Les prophètes Jérémie et Ésaïe dénonceront eux aussi le formalisme des Judéens (Jr 7 et 26). Les Israélites sont tombés dans un tel formalisme que l’Éternel refuse désormais d’agréer leurs holocaustes (Am 5,21-23).

Les paroles d’Amos sont dures et irrévocables, car elles annoncent la destruction d’Israël (Am 7,8-9). Amazia dénonce le prophète auprès du roi, mais Amos affirme qu’il est le porte-parole de Dieu (Am 7,14-15). Israël et Juda ont donc failli à leur mission de porter le message de rédemption aux nations. Coupables d’avoir négligé l’alliance mosaïque, ils devaient subir le jugement. Dans Amos 4,9, nous trouvons une référence claire aux stipulations de l’alliance mosaïque (Dt 28,22) : « Je vous ai frappés par la rouille et par la nielle ; vos nombreux jardins, vos vignes, vos figuiers et vos oliviers ont été dévorés par les sauterelles. Malgré cela, vous n’êtes pas revenus à moi, dit l’Éternel. » Pourtant, malgré ce tableau sombre, l’espoir n’est pas absent du message d’Amos. Dans le Nouveau Testament, Jacques cite Amos 9,11 pour parler du salut en Jésus-Christ qui concerne aussi les païens (Actes 15,16-17). De même, pour dénoncer l’abus des riches et des puissants, Jacques fait référence à Amos dans son épître.

  1. Le message d’Amos pour nous aujourd’hui 

Le message d’Amos demeure d’une grande actualité pour nous qui vivons un temps d’individualisme et de formation de deux classes sociales : les riches d’un côté et les pauvres de l’autre, comme au temps d’Amos. Nous sommes fortement interpellés par ce message et tenons à agir en faveur des pauvres et des démunis. L’Église est appelée à dénoncer les injustices et les atteintes aux droits de l’homme. Par le message d’Amos, nous comprenons notre double vocation dans le cadre de l’alliance noahique et de l’alliance de rédemption. Nous sommes appelés à agir sur le plan social envers tous les êtres humains et à leur annoncer le message du salut.

Ce message nous aide aussi à éviter une confusion fréquente dans l’Église contemporaine : il nous permet de discerner la différence entre le salut des âmes et le combat pour la condition sociale des hommes.Nous comprenons ainsi que le problème du péché doit être traité en priorité, sans pour autant négliger la condition sociale. L’homme doit croire en Jésus-Christ pour être sauvé de sa condition pécheresse et pouvoir pleinement remplir sa mission dans le cadre de l’alliance noahique. Nous apprenons enfin que l’élection ne nous met pas à l’abri du jugement, mais nous rend responsables dans notre marche de chaque jour. Nous sommes appelés à la persévérance.

 




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